Violences sexuelles dans le sport : «Il faut parler afin que la honte change de camp»

Violences sexuelles dans le sport : «Il faut parler afin que la honte change de camp»

La vague de témoignages de plusieurs athlètes abusés sexuellement dans leur jeunesse par leurs entraîneurs est symptomatique des failles dans le milieu du sport. C’est d'ailleurs ce qu’avait relevé, l’année dernière, la mission d’information du Sénat sur les violences sexuelles sur mineurs.
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Une « omerta » dans le milieu du sport autour des violences sexuelles sur mineurs. Mercredi, le quotidien L’Équipe, a relayé des témoignages de plusieurs sportives – nageuses, patineuses, joueuses de tennis. Toutes accusent leurs anciens entraîneurs de les avoir agressées sexuellement dans leur jeunesse. La patineuse, Sarah Abitbol y accuse son ancien coach, Gilles Beyer d’agressions sexuelles et de viols entre 1990 et 1992, alors qu’elle avait 15 ans. Elle sort d’ailleurs un livre sur ce sujet : « Un si long silence » Plon.

« Tout le monde prend conscience que c’est un véritable sujet aujourd’hui dans le sport […] On doit parler aussi de ces sujets-là qui dérangent » a salué la ministre des Sport, Roxana Maracineanu, interrogée par Public Sénat, parlant d’une véritable « onde de choc ».

Un mois plus tôt le magazine Envoyé spécial et le média d’investigation Disclose avaient pourtant déjà travaillé sur 77 affaires d'abus sexuels ayant fait 276 victimes dans 28 disciplines différentes (athlétisme, gymnastique, judo, natation, ping-pong...).

« Nous savions déjà, avant de lancer cette mission, que le milieu du sport était concerné »

L’année dernière, une mission d’information du Sénat sur les violences sexuelles sur mineurs avait également travaillé sur ce sujet. « Nous savions déjà, avant de lancer cette mission, que le milieu du sport était concerné. C’est un milieu propice car l’entraîneur peut avoir une emprise mentale très forte sur un enfant et même sur ses parents, surtout quand il promet qu’il va l’emmener à un niveau de performance extraordinaire » relate Catherine Deroche, présidente LR de la mission d’information.

Consulter fichier des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes : le FIJAISV

Parmi les 38 préconisations de cette mission de contrôle, les sénateurs demandaient, avant chaque recrutement d’une personne travaillant en contact avec des mineurs, la consultation du fichier des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes : le FIJAISV. Une préconisation reprise à son compte par Roxana Maracineanu. Pour le moment, seule la fédération de football a lancé une expérimentation en ce sens dans la région du Centre-Val-de-Loire. « Nous souhaitions également que le FIJAISV soit enrichi en y intégrant les personnes condamnées pour consultation habituelle d’images pédopornographiques, ce qui n’est pas le cas actuellement » rappelle Catherine Deroche.

« Ça fait 7 ans qu’on interpelle les ministres des Sports successifs »

« Mais pour que l’agresseur soit inscrit dans ce fichier, il faut qu’elle soit condamnée et pour qu’elle soit condamnée, il faut que les victimes parlent » résume Sébastien Boueilh, ancien rugbyman et président de l’association « Le Colosse aux pieds d’argile ». De 11 à 16 ans, Sébastien Boueilh a été violé par le mari de sa cousine qui l’emmenait chaque vendredi à son entraînement. À la tête de son association, il parcourt la France pour donner des formations aux professionnels de l’enfance. « Ça fait 7 ans qu’on interpelle les ministres des Sports successifs pour installer ce filtrage des bénévoles » rapporte celui qui se donne jusqu’au JO 2024 pour « assainir » le milieu du sport. « Ça doit passer également par la condamnation des présidents de club qui cachent ou déplacent le problème pour ne pas entacher leur discipline ». Malgré un signalement en interne et une enquête du parquet de Créteil, Gilles Beyer, l’agresseur présumé de Sarah Abitbol a enchaîné les postes prestigieux d’entraîneur national, de directeur des équipes de France ou encore de responsable des tournées de gala de l'équipe de France. Le président de la Fédération des sports de glace, Didier Gailhaguet a été convoqué par Roxana Maracineanu.

« Le directeur de cabinet de Laura Flessel s’est endormi sur sa chaise »

Et la ministre des Sports qui vient de lancer une convention nationale sur la prévention des violences sexuelles dans les Sports n’a d’ailleurs pas hésité à prendre ses distances avec sa prédécesseure, Laura Flessel. « La ministre précédente, quand on lui avait posé la question, elle avait dit non, non, ça n’existe pas », a-t-elle reproché sur Public Sénat. « Nous avons été reçus par le directeur de cabinet de Laura Flessel et pendant l’entretien, il s’est endormi sur sa chaise » témoigne Sébastien Boueilh.

Laurence Rossignol veut une nouvelle incrimination pénale : « Le crime de violence sexuelle sur enfant »

Violences sexuelles dans le sport: Laurence Rossignol veut une nouvelle incrimination pénale : « Le crime de violence sexuelle sur enfant »
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Pour l’ancienne ministre de l’Enfance et du droit des Femmes, l’actuelle sénatrice PS, Laurence Rossignol, le témoignage « bouleversant » de Sarah Abitbol pose, une nouvelle fois, la question du seuil d’âge du consentement sexuel des mineurs. « Ce qui m’a marqué, c’est la difficulté qu’elle a à prononcer le mot viol pour désigner ce qui lui est arrivé. Ce qui renforce, à mon sens, l’idée qu’il faut parler de viol dès lors qu’il y a une relation sexuelle entre un adulte et un mineur de moins de 15 ans (…) C’est un phénomène d’emprise qui révèle qu’elle a intériorisé une partie de ce qui lui arrivait ». Laurence Rossignol annonce qu’elle va déposer une proposition de loi visant à créer une nouvelle incrimination pénale : le crime de violence sexuelle sur enfant, puni de 20 ans de réclusion criminelle. Dans son viseur, plusieurs affaires récentes, comme un procès pour « atteinte sexuelle » devant le tribunal correctionnel de Pointoise et non pour « viol » dans une affaire impliquant un homme de 28 ans poursuivit pour avoir eu une relation sexuelle avec une enfant de 11 ans.

Si la loi du 3 juillet 2018 rallonge le délai de prescription de 20 à 30 ans pour les crimes sexuels pour mineurs, sur France Inter, Sarah Abitbol s’est déclarée quant à elle favorable à une imprescriptibilité. « Nous ne nous sommes pas étendus sur le volet pénal dans nos travaux au sein de cette mission d’information. Mais la loi Schiappa mérite une évaluation afin de voir comment ses avancées se traduisent dans les jugements » demande Catherine Deroche. C’est d’ailleurs ce qu’a proposé la secrétaire d'État à l'égalité femmes-hommes qen confiant cette mission d'évaluation à la députée, Alexandra Louis, la rapporteure LREM du texte

« Ce qui est positif, c’est que les sportifs de haut niveau commencent à parler. Ça va peut-être libérer la parole de beaucoup d’enfants. Je veux leur dire qu’on peut s’en sortir, j’en suis la preuve. Mais pour s’en sortir, il faut parler afin que la honte change de camp » conclut Sébastien Boueilh.

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