« Ces faits dessinent la trame de pratiques mafieuses », dénonce Gilles Simeoni, après plusieurs assassinats en Corse

Le président du Conseil exécutif de Corse s’est exprimé sur Public Sénat au sujet d’une suite de drames sur l’île, dont celui d’une figure du nationalisme corse, abattu lors des obsèques de sa mère le 12 janvier. Il a appelé notamment l’Etat à mobiliser les forces et de l’ordre et la justice, mais également à ne pas perdre de vue une solution politique.
Rédaction Public Sénat

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L’événement a choqué la population. Pendant qu’il assistait aux obsèques de sa mère à Vero (Corse-du-Sud), Alain Orsoni, ancien du Front de libération nationale corse, et ex-président du club de foot d’Ajaccio, a été abattu le 12 janvier. Pour le président du Conseil exécutif de Corse, Gilles Simeoni, invité de Public Sénat ce 30 janvier, ces circonstances ont « légitimement choqué ».

D’autres drames ont également secoué l’île l’an dernier. On pense à cette jeune femme de 19 ans tuée par balle, visiblement par méprise, alors qu’elle roulait à bord de la voiture de son compagnon. Sans compter de « multiples » exactions, comme des destructions. Même si ces faits sont « de natures différentes », ils « dessinent malheureusement la trame de pratiques mafieuses qui existent en Corse, contre lesquels il faut s’élever avec sérénité mais également avec détermination », a estimé le dirigeant autonomiste de l’île.

Gilles Simeoni considère que ces crimes nécessitent une « réponse multiple », sécuritaire certes mais aussi une « réponse sociale ». « Cela passe aussi par des choix qui sont clairs, notamment en matière de sécurisation des marchés publics, de lutte contre le trafic de stupéfiant, également par exemple des choix économiques forts ». « Il est évident que les logiques de spéculation, de pression foncière, viennent alimenter les logiques de surprofits, dans lesquels les réseaux mafieux et de criminalité organisée peuvent prospérer. »

« Aujourd’hui, il faut en quelque sorte redonner une perspective »

Il en a également appelé au ministère de l’Intérieur et de la Justice. « Il revient à l’Etat, dans le cadre de l’exercice de ses compétences régaliennes, de mobiliser les services de police, de justice, dans le respect de l’Etat de droit, des libertés individuelles et des textes applicables, mais avec une politique pénale qui soit claire, lisible, inscrite dans la durée », a-t-il insisté. Le respect des libertés publiques est essentiel, car « la Corse a trop connu, y compris ces dernières décennies, des dérives de justice d’exception, de police parallèle », selon lui. « Il y a un véritable travail à faire pour reconstruire la relation de confiance entre l’institution judiciaire et plus globalement l’État, et la société corse », a-t-il plaidé.

Dix ans après l’accession au pouvoir des nationalistes corses, Gilles Simeoni a également fait le lien avec le dialogue actuel avec l’État et l’avenir institutionnel de l’île, qui ont conduit à une forme de « désenchantement » et de « déception ». « Je suis persuadé que le fait que cette solution politique ne soit pas encore intervenue jusqu’à aujourd’hui […] a fragilisé la logique de paix publique, la logique de démocratie […] Aujourd’hui, il faut en quelque sorte redonner une perspective. Je crois qu’en redonnant cette perspective politique, économique, sociale, en étant dans une logique de développement, une dynamique de confiance, on fera reculer de façon mécanique les logiques mortifères et les logiques mafieuses », a-t-il espéré.

Au sujet des actions violentes de ce grand banditisme, le numéro un de la collectivité a indiqué que cette situation « n’a pas commencé hier », et que « l’Etat lui-même n’a pas été irréprochable lors des dernières décennies ». « Notamment parce qu’il a concentré l’essentiel des moyens répressifs contre les nationalistes et qu’il a laissé prospérer – d’ailleurs quelques fois à travers des convergences objectives qui ont été relevées y compris dans des rapports parlementaires – il a laissé prospérer le grand banditisme », a-t-il dénoncé.

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