Strasbourg: Elisabeth Borne
Closing of the "Assises des Departements" de France in the presence of French Prime Minister Elisabeth Borne at the European Parliament in Strasbourg. November 10, 2023//CEGARRAELYXANDRO_cegarra.0004/Credit:Elyxandro CEGARRA/SIPA/2311101527

Décentralisation : les départements s’opposent fermement à l’idée de la suppression d’une « strate » de collectivité territoriale

Réunis à Strasbourg pour le 92e congrès des départements de France, les présidents des conseils départementaux ont affiché leur opposition à la volonté du président de la République de remettre en cause l’actuel « millefeuille territorial ». Une antienne qui généralement fait du département l’échelon à supprimer.
Henri Clavier

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

La remise d’une lettre de mission sur la décentralisation à Éric Woerth par Emmanuel Macron, le 5 novembre, a mis le feu aux poudres. La lettre évoque une organisation territoriale devenue « trop complexe » et une action publique qui doit « gagner en efficacité ». La référence à un « nombre de strates décentralisées, aujourd’hui trop nombreuses », a profondément irrité les élus départementaux. Heureusement, Élisabeth Borne a assuré le service après-vente et rassuré tout le monde en rappelant que le département, qui gère un pan important de la politique sociale, est « un échelon indispensable pour l’action publique locale ».

 « Quand je vois se rouvrir un débat sur la décentralisation en se posant la question du nombre de strates, je pense qu’on va droit dans le mur », a déclaré François Sauvadet (UDI), président de Départements de France pour qui la vraie réforme de la décentralisation c’est le changement des pratiques de l’Etat ».

Sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, dans la continuité de la révision générale des politiques publiques, la création d’un mandat de « conseiller territorial » remplaçant les conseillers généraux et régionaux avait été envisagée avant d’être abandonnée. Une idée régulièrement revisitée par le président de la République. En 2014, Manuel Valls avait proposé, dans le cadre de la réforme territoriale, de supprimer les conseils départementaux.

 « Tarte à la crème » : les élus fustigent l’absence de cap pour la décentralisation

 « Alors que nous étions au départ dans une démarche ascendante de responsabilisation des collectivités, nous sommes devenus des agences d’exécution avec une somme de contrôles et un étranglement financier », fustige Jean-Louis Dupont, président centriste du conseil départemental du Calvados.

 « Après un nombre délirant de réformes institutionnelles depuis 2010, avec la création des métropoles puis des régions, cantons, intercommunalités XXL, les élus souhaitent aujourd’hui une pause », note Arnaud Duranthon maître de conférences à l’Université de Strasbourg et auteur d’une étude sur la décentralisation. Pour ce dernier, la référence aux « strates » dans la lettre de mission n’est pas innocente et renvoie à une approche « très technicienne » et « très instrumentale » avec pour objectif d’encourager la croissance économique » face à la globalisation des échanges. Cette inclinaison, au détriment des départements, pourrait s’avérer « nocive », estime Arnaud Duranthon.

Au fur et à mesure des réformes territoriales, de la montée en puissances des régions et des métropoles, les compétences du département se sont considérablement réduites, jusqu’à en faire « la variable d’ajustement de la décentralisation », considère Nelly Ferreira, maître de conférences à l’Université de Cergy-Pontoise.

 « Soit c’est une provocation, soit c’est un énième coup d’épée dans l’eau avec cette tarte à la crème du nombre des strates qui réapparaît », juge Stéphane Troussel, président PS du conseil départemental de Seine-Saint-Denis. Ce dernier rappelle également que « quand les préfets sont allés taper à la porte des départements pour les aider à lutter contre le covid-19, on ne parlait pas du niveau de strates ». 

« Il y a cette petite musique qui monte qu’il faudrait nous contrôler parce que l’Etat fait mieux que nous, nous sommes des responsables publics ! Ce que nous demandons, c’est de faire confiance », scande François Sauvadet. 

Surtout, la forme d’une réforme institutionnelle et d’une nouvelle étape de décentralisation demeure floue. « On nous a annoncé une réforme de la décentralisation, un chamboulement pouvant aller jusqu’à la suppression d’un échelon », souligne Arnaud Duranthon, avant d’ajouter qu’il manque un « cap » notamment idéologique pour savoir à quoi pourrait ressembler une décentralisation idéale.

(Avec AFP)

 

Ressource téléchargeable

Télécharger

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Paris: French Weekly Cabinet Meeting At The Elysee Palace
9min

Territoires

Après la canicule, Sébastien Lecornu appelle les maires à aller plus vite sur l’adaptation climatique : « Un exercice de communication », tancent les élus

Dans un courrier, le Premier ministre remercie les maires de France qui ont été en première ligne durant la canicule, mais adresse aussi quelques critiques sur l’insuffisance des investissements consacrés par les élus à l’adaptation climatique des bâtiments. S’il les appelle à accélérer, la question des moyens reste largement en suspens avec des enveloppes budgétaires à la baisse.

Le

Décentralisation : les départements s’opposent fermement à l’idée de la suppression d’une « strate » de collectivité territoriale
3min

Territoires

« Il faut que, tous ensemble, on mette l'aide à la rénovation d'écoles en priorité absolue », appelle François Gatel

Interrogée sur les coupes à répétition dans le Fonds Vert, mobilisable pour les investissements climatiques des communes, la ministre de l'Aménagement du territoire et de la Décentralisation rappelle qu’il existe une autre dotation, réservée aux petites communes. Elle encourage à faire de la rénovation des écoles une priorité dans l’affectation de cette enveloppe.

Le

Les mesures du projet de loi sur le logement, au menu du Conseil des ministres du 24 juin
6min

Territoires

Les mesures du projet de loi sur le logement, au menu du Conseil des ministres du 24 juin

Le gouvernement présentera officiellement le projet de loi sur le logement lors du dernier conseil des ministres de juin. Porté par le ministre Vincent Jeanbrun, le texte prévoit une série de mesures de simplification, de décentralisation ou encore d’allègement des contraintes. Il pourrait notamment permettre le retour de certaines passoires énergétiques sur le marché locatif.

Le