Municipales : six maires sur 10 veulent briguer un nouveau mandat

Une étude menée par l’Association des maires de France (AMF) et le Centre d’études politiques de Sciences po (CEVIPOF) éloigne le spectre d’une crise de vocation chez les élus locaux. En effet, 57,8 % des maires se déclarent prêts à se représenter aux prochaines élections municipales, malgré un mandat 2020-2026 marqué par les crises à répétition.
Romain David

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La plupart sont prêts à rempiler : près de six maires sur 10 disent vouloir se représenter pour les élections municipales de mars 2026. Un chiffre en nette augmentation si on le compare à la fin de la mandature précédente : en 2019, seuls 49 % des édiles souhaitaient repartir, ils sont désormais 57,8 %, selon une enquête AMF/CEVIPOF -Sciences Po sur « l’état d’esprit des maires », publiée le 14 novembre dernier*. Inversement, 26 % des élus ne veulent pas se représenter, contre 28 % six ans plus tôt. Ils sont 16 % à ne pas s’être encore décidés (23 % en 2019).

« Du point de vue du genre, aucune différence significative n’apparaît entre hommes et femmes. En revanche, l’âge joue un rôle très net : plus le maire est âgé, plus l’intention de se représenter diminue. Ainsi, 73 % des moins de 35 ans déclarent vouloir repartir, contre seulement 30 % des plus de 75 ans », lit-on dans cette étude, qui fait état d’un « âge pivot » autour de 65 ans. Le nombre de mandats effectués influe également la décision des édiles ; au-delà de trois, ils ne sont plus que 38 % à vouloir poursuivre leur engagement.

« Le volontarisme des maires a souvent pris le pas sur leur résignation »

Ces chiffres viennent battre en brèche l’idée d’une « crise des vocations » chez les maires. Ils viennent également contrebalancer les résultats d’une précédente étude du CEVIPOF, faisant état de 2 189 démissions depuis 2020, un chiffre multiplié par quatre sur une quinzaine d’années. Comment expliquer ce décalage ? « Le volontarisme des maires a souvent pris le pas sur leur résignation », constate l’étude. « J’ai le sentiment que les maires ont passé le stade des récriminations et que quand vient le temps de l’élection, ils se remobilisent », analyse auprès de l’agence France-Presse Martial Foucault, professeur des universités à Sciences Po, et co-auteur de cette enquête. Le chercheur admet qu’il « ne s’attendait pas » à de tels chiffres.

79 % des élus qui souhaitent repartir évoquent la volonté de poursuivre ce qui a déjà été engagé pour leur commune, 78 % l’intérêt général et 60 % le désir de construire de nouveaux projets.

Conjuguer engagement public et vie privée

Cet enthousiasme est d’autant plus surprenant que le mandat 2020-2026 aura certainement été l’un des plus agités de la Ve République. Il a été percuté dès l’entre-deux tours des municipales 2020 par la crise sanitaire, obligeant à une reprise en main inédite de la part de l’Etat sur de nombreux dossiers. Puis, deux ans plus tard, la guerre en Ukraine, la crise énergétique et la poussée inflationniste sont venues mettre à mal les trésoreries de nombreuses collectivités. Ajoutons encore à cette liste les émeutes urbaines de juin 2023 et la hausse des agressions contre les élus.

Sur ce point, 65 % des maires indiquent avoir déjà été victimes d’incivilités, un chiffre en hausse de 12% par rapport à 2020. 36 % ont subi des injures et insultes et 28% ont été menacés sur les réseaux sociaux. 8% des maires font état d’agressions physiques.

Dans une moindre mesure, le statut socioprofessionnel offre aussi quelques pistes d’explication sur ce désir de rempiler. Ainsi, 63 % des maires qui se disent « satisfaits de leur vie » souhaitent briguer un nouveau mandat, contre seulement 23 % parmi ceux qui se déclarent insatisfaits. 63 % des candidats à leur propre succession estiment que leur fonction a eu un « impact positif » sur leur vie professionnelle et familiale, 50 % de ceux qui ne repartent pas considèrent, au contraire, que le mandat a eu un « impact négatif » sur leur vie privée. Par ailleurs, 79 % de ceux qui renoncent invoquent la nécessité de se recentrer sur leur vie privée et familiale.

L’échelon local, une fabrique du consensus ?

En marge des débats budgétaires très agités au Parlement, dans un contexte de forte fracturation politique et d’instabilité, cette étude met également en avant la capacité des élus locaux à dépasser leurs divergences, pour travailler de manière transpartisane et bâtir des compromis. Ainsi : 68 % des votes en conseils municipaux aboutissent à « des décisions unanimes », contre 26 % de votes « partagés de temps à autre » et seulement 6 % de votes « souvent ou systématiquement partagés ».

32 % des maires interrogés disent faire face « à une opposition structurée », et seulement 8 % évoquent des séances de conseil marquées par une agressivité « au-dessus de la moyenne ». Mais la recherche d’équilibre alimente aussi les tabous et les non-dits : « Certains maires reconnaissent renoncer à mettre à l’ordre du jour, ou repousser indéfiniment, des sujets susceptibles de raviver des conflits internes », observe l’étude.

*Méthodologie

Enquête menée par le CEVIPOF entre le 1er octobre et le 29 octobre 2025 sur la base d’un questionnaire en ligne envoyé auprès de 33 345 maires, dont 3 774 l’ont entièrement complété, soit un taux de réponse de 11 %. Ces résultats ont été pondérés afin de les rendre plus représentatifs des communes de moins de 30 000 habitants, soit 99 % des communes du territoire national. « Le faible nombre de communes de plus de 30 000 habitants empêche toute analyse statistique robuste. De plus, les dynamiques des plus grandes communes, plus politisées avec plus d’enjeux, sont différentes », avertit le CEVIPOF.

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