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Entre C8/ Cnews et la ministre de la Culture, rien ne va plus

En laissant planer le doute sur le renouvellement de l’autorisation de diffusion des chaînes appartenant au groupe Vivendi par l’Arcom, la ministre de la Culture s’est attiré les foudres de l’empire médiatique de Vincent Bolloré.  
Henri Clavier

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Depuis un peu plus de deux mois, le groupe Vivendi - détenu majoritairement par Vincent Bolloré -, s’oppose à Rima Abdul Malak, la ministre de la Culture. L’origine du conflit ? Une interview de la ministre dans les colonnes du Parisien où elle appelle la justice et l’Arcom (l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique) à se « prononcer » sur les débordements réguliers de l’émission « Touche pas à mon poste ». Une référence explicite à l’altercation verbale entre le député Louis Boyard (la France Insoumise) et le présentateur de l’émission, Cyril Hanouna. Le soir même l’animateur star de C8 lançait les premières banderilles contre Rima Abdul Malak. Le 16 janvier, la ministre repart à la charge dans Le Monde en déclarant : « Lorsqu’on arrivera, en 2025, au moment de l’analyse de leur bilan pour la reconduction de leurs autorisations de diffusion, l’Arcom saura regarder comment elles ont respecté ces obligations ». Le soir même, dans « Touche pas à mon poste », l’animateur star de C8 lance les premières banderilles contre Rima Abdul Malak. La ministre confirme ses propos au micro de France Inter le 9 février en déclarant qu’elle « ne fait que rappeler la loi » et qu’il y a eu une « vingtaine d’interventions de l’Arcom depuis 2019 pour C8 et CNews ». Le même jour, l’Arcom inflige une amende record de 3,5 millions d’euros à C8 pour les propos de Cyril Hanouna contre Louis Boyard.

Mobilisation générale

La goutte d’eau qui fait déborder le vase pour le groupe de Vivendi, qui se mobilise pour manifester son indignation contre cette « atteinte » à la liberté d’expression. Vivendi, la société propriétaire de Canal +, publie deux communiqués et CNews organise plus de vingt débats sur le sujet. Rapidement, Le Journal du dimanche (JDD) et Paris Match entrent dans la danse et ajoutent leur pierre à l’édifice. Selon Le Monde, trois articles sont publiés dans le JDD du 12 février, en plus de deux tribunes sur le site internet et d’un éditorial dans Paris Match. La société des journalistes (SDJ) du JDD et de Paris Match a regretté cette cabale coordonnée qui nuit à la réputation du groupe Lagardère et de son principal actionnaire… le groupe Vivendi. Une « risposte concertée », selon Raphaël Garrigos journaliste pour Les Jours et fin connaisseur des rouages du groupe Vivendi. Avec ces assauts répétés, « Bolloré joue à un jeu très dangereux » affirme Raphaël Garrigos tout en rappelant que la Commission européenne « enquête pour savoir si Vivendi agit déjà comme le propriétaire du groupe Lagardère ». L’exécutif européen mène actuellement des investigations pour déterminer si l’acquisition du groupe Lagardère par Vivendi ne pose pas un problème par rapport au droit de la concurrence.

Une ministre doit-elle dire ça ?

Alors que beaucoup s’insurgent des propos de la ministre, peut-on vraiment considérer que ses prises de paroles cherchent à influencer l’Arcom ? Une critique « logique », pour Basile Ader, avocat spécialisé dans le droit des médias, qui affirme que « le principe de l’Arcom c’est que c’est une autorité administrative indépendante, avec des pouvoirs juridictionnels. Avec ces déclarations, la ministre ne rend pas justice à la crédibilité de l’Arcom ». Une prise de position que l’on « n’imagine pas venant du garde des Sceaux par exemple. Imaginez que le ministre de la justice menace un justiciable avant son passage devant une juridiction ! » s’agace Basile Ader. Dans ses interventions, Rima Abdul Malak « est dans son rôle de rappeler la loi, elle a voulu taper du poing sur la table et je trouve ça salutaire », affirme la sénatrice socialiste d’Ille-et-Vilaine et membre de la commission d’enquête sur la concentration des médias, Sylvie Robert. Une vision contestée par plusieurs sénateurs, notamment Roger Karoutchi (LR) et Stéphane Ravier (non-inscrit), lors des questions au gouvernement du 15 février. Une position partagée par le sénateur LR de l’Essonne, Jean-Raymond Hugonet, qui estime que la ministre est « clairement sortie de son rôle ». Si, la ministre se défend de toute tentative d’influence sur l’Arcom en rappelant les sanctions de C8 et CNews, la « vraie question c’est de savoir comment ces sanctions vont jouer sur l’attribution des autorisations de diffusion en 2025, le signal ne peut pas être positif lorsqu’on ne respecte pas les règles de base de l’Arcom » souligne Raphaël Garrigos.

« Le fond du sujet c’est d’avoir une vraie qualité de l’information »

Dans ces conditions, on peut s’interroger sur la présence ou non de C8 et CNews parmi les chaînes gratuites de l’audiovisuel français. Un non-renouvellement en forme de « disparition totale des chaînes » estime Basile Ader. L’Arcom peut suspendre définitivement une autorisation de diffusion si le renouvellement de l’autorisation porte atteinte à l’impératif de pluralisme ou si les sanctions prononcées à l’encontre de la chaîne justifient l’absence de renouvellement de l’autorisation. Un argument souvent oublié par les défenseurs de C8 et CNews estime Raphaël Garrigos, qui considère qu ' « ils ne parlent jamais de la récurrence des infractions et du non-respect de l’Arcom, alors que c’est un point essentiel. » En creux, se pose « la question de la confiance accordée aux médias » note Jean-Raymond Hugonet, « le rôle de l’Arcom aujourd’hui n’est pas clair, on a voulu en faire un grand régulateur, mais l’institution peine encore à trouver son positionnement, ce qui alimente la défiance à son égard » continue le sénateur LR.

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