Guerre d’Algérie : l’ouverture des archives saluée au Sénat
Au lendemain du rejet au Sénat d’une proposition de loi pour faire reconnaître la responsabilité de la France dans la répression de manifestants algériens, le 17 octobre 1961, le gouvernement annonce l’ouverture des archives sur les enquêtes judiciaires en lien avec la guerre d’Algérie. Cette demande a été plusieurs fois formulée par les élus de la chambre haute, jeudi.

Guerre d’Algérie : l’ouverture des archives saluée au Sénat

Au lendemain du rejet au Sénat d’une proposition de loi pour faire reconnaître la responsabilité de la France dans la répression de manifestants algériens, le 17 octobre 1961, le gouvernement annonce l’ouverture des archives sur les enquêtes judiciaires en lien avec la guerre d’Algérie. Cette demande a été plusieurs fois formulée par les élus de la chambre haute, jeudi.
Public Sénat

Temps de lecture :

6 min

Publié le

« Roselyne Bachelot a visiblement écouté les débats au Sénat ». C’est la première réflexion du sénateur LR, Olivier Paccaud lorsqu’il apprend que la ministre de la Culture va ouvrir « avec 15 ans d’avance, les archives sur les enquêtes judiciaires de gendarmerie qui ont rapport avec la guerre d’Algérie ».

« Je veux que sur cette question qui est troublante, irritante, où il y a des falsificateurs de l’Histoire à l’œuvre, je veux qu’on puisse la regarder en face. On ne construit pas un roman national sur un mensonge », a-t-elle argué vendredi sur BFM TV.

Les documents relatifs aux enquêtes réalisées par les services de la police judiciaire sont en effet classifiés pendant soixante-quinze ans.

17 octobre 1961 : « Nous sommes dans l’incapacité de dire combien il y a eu de morts »

L’annonce de la ministre qui résonne avec les débats tenus au Sénat jeudi, où était examinée une proposition de loi pour faire reconnaître la responsabilité de la France dans la répression de manifestants algériens, le 17 octobre 1961. « Ça fait consensus dans cet hémicycle, il faut absolument permettre aux historiens de faire leur travail […] A ce titre, je remarque que nous sommes dans l’incapacité de dire combien il y a eu de morts » a mis en avant le sénateur communiste, Pierre Ouzoulias en pressant par trois fois le gouvernement d’ouvrir les archives sur la répression du 17 d’octobre 1961, sans obtenir de réponse de la part de la secrétaire d’Etat à l’enseignement supérieur, Nathalie Elimas, présente dans l’hémicycle.

>> Lire notre article: Massacre du 17 octobre 1961 : droite et gauche s’écharpent sur l’enjeu mémoriel

« Je ne pense pas que mon interpellation est un lien avec l’annonce de la ministre. Ce devait être prévu de longue date. Par contre, ce que la ministre de la Culture a entendu, c’est l’opposition du Sénat à un article de la loi de juillet 2021 (relatif à la prévention des actes de terrorisme et au renseignement) qui restreint considérablement l’accès aux archives », estime ce vendredi, Pierre Ouzoulias, archéologue de formation.

En effet, cet été, « dénonçant un recul historique », cinq groupes parlementaires s’étaient opposés (à l’exception de la majorité présidentielle et des Républicains), à cet article modifiant le régime d’accès aux archives secret-défense. Une disposition qui généralise l’accès aux archives classées secret-défense au bout de cinquante ans, mais élargit le champ des exceptions (voir notre article).

« Ce texte était porté par la ministre des Armées et il n’était pas normal que la ministre de la Culture soit mise de côté alors que le Service interministériel des archives de France (Siaf) est rattaché à son ministère. J’assume politiquement mon soutien à Roselyne Bachelot quand elle agit en ministre des archives » se félicite Pierre Ouzoulias.

« Il nous faut attendre maintenant le périmètre exact et les conditions d’accès à ces archives »

Rachid Temal, sénateur socialiste, auteur de la proposition de loi pour faire reconnaître la responsabilité de la France dans la répression du 17 octobre 1961 « salue la démarche du ministère sur le principe ». « Même s’il nous faut attendre maintenant le périmètre exact et les conditions d’accès à ces archives ». « Sur le 17 octobre 1961, les historiens n’ont toujours pas accès aux archives de la préfecture de Paris. Je l’ai dit hier soir lors de mon intervention, mon texte n’avait pas pour but une quelconque repentance, une demande de pardon ou de condamnation. C’est l’honneur de notre pays que de regarder notre histoire en face, c’est comme ça qu’on pourra rassembler ».

« Cela permettait de lever un certain nombre d’ambiguïtés »

Du côté de la majorité sénatoriale LR, on voit également d’un bon œil cette décision de la ministre de la Culture. « Sur le fond, je n’y vois pas d’inconvénient. Cela permettait de lever un certain nombre d’ambiguïtés. Il y a des fantasmes sur le nombre de manifestants tués », estime Gérard Longuet, sénateur LR. L’ancien ministre de la Défense préconise que cette tâche soit confiée « à une mission d’historiens mandatée par le Parlement. Après tout, il s’agit pour le Parlement d’exercer sa mission de contrôle de l’exécutif de 1961 » justifie-t-il, avant de prévenir : « Le problème, c’est l’utilisation politique de ces archives ».

« J’ai voté contre la proposition de loi de Rachid Temal mais ce n’est pas pour ça que je considère qu’il ne s’est rien passé le 17 octobre 1961 », insiste Olivier Paccaud, par ailleurs agrégé d’histoire. « L’historien rapporte des faits et donne des explications. Le politique est dans une autre démarche. Ce qui est malsain, c’est de stigmatiser le peuple français pour des faits qui se sont déroulés en 1961. Le pire piège, c’est l’anachronisme qui consiste à juger à l’aune d’aujourd’hui, des faits d’hier. L’ouverture de ces archives est une bonne chose. Nous n’avons jamais intérêt à dissimuler la vérité ou en donner l’impression », appuit-il.

Cette décision prise par Roselyne Bachelot s’inspire du rapport de Benjamin Stora sur la question mémorielle entre l’Algérie et la France. Il préconise notamment une ouverture et un partage des archives coloniales sensibles entre Algériens et Français, conservées aux Archives nationales d’outre-Mer à Aix-en-Provence.

Cette requête est restée sans réponse du côté des historiens algériens qui, en avril, ont appelé dans une lettre le chef d’Etat algérien à ouvrir les archives nationales sur cette période.

>> Lire notre article: Répression du 17 octobre 1961 : « J’espère que le mot crime sera utilisé », demande Benjamin Stora

Partager cet article

Dans la même thématique

Guerre d’Algérie : l’ouverture des archives saluée au Sénat
8min

Politique

François-Xavier Bellamy : "Rétablir [des relations normales] avec le régime de Poutine serait une forme de trahison"

Au sortir d'un été marqué notamment par une intensification du conflit entre la Russie et l'Ukraine, et une crise migratoire dans l'enclave espagnole de Ceuta, François-Xavier Bellamy, vice-président des Républicains et du groupe du PPE au Parlement européen, est l'invité de Caroline de Camaret dans Ici l’Europe sur France24, LCP et Public Sénat.

Le

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027
7min

Politique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027

Les groupes engagés dans l’ancien socle commun attendent que le gouvernement sorte du bois, s’agissant des pistes pour les prochains textes budgétaires. Cette année, ils n’ont pas adressé de propositions précises au gouvernement mais des grandes orientations, laissant à Matignon le point de départ des discussions. Alors que l’équation budgétaire se complique avec le ralentissement de la croissance, les rapporteurs généraux craignent le pire dans les prochains mois.

Le

Illustration in India.
2min

Politique

Cabinet de conseils : le parquet national financier annonce une saisie de 65 millions d’euros dans l’enquête pour fraude fiscale autour de McKinsey

Le parquet national financier a annoncé vendredi la saisie, avec la justice belge, d’une somme de 65 millions d’euros dans le cadre de l’enquête pour blanchiment aggravé de fraude fiscale autour du cabinet de conseil McKinsey. L’enquête avait été ouverte en mars 2022 dans le prolongement de la commission d’enquête du Sénat sur l’influence des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017.

Le

FRA – GARCHES – HOPITAL RAYMOND-POINCARRE – PMR
6min

Politique

Fauteuils roulants, prestations sociales, école inclusive, accessibilité : quel est le bilan d’Emmanuel Macron en matière de handicap ?

Après deux quinquennats, la situation pour les personnes handicapées est mitigée. Des progrès sont là, avec le remboursement des fauteuils roulants, une hausse des aides sociales ou une présence accrue des élèves en situation de handicap à l’école. Mais les difficultés d’emploi, le manque de places dans le secteur médico-social ou des problèmes d’accessibilité rendent encore la vie des personnes handicapées difficile.

Le