5G : un amendement du gouvernement « pour préserver les intérêts de la sécurité nationale »
Craignant de voir l’équipementier chinois Huawei intervenir dans le déploiement du réseau mobile de nouvelle génération, le gouvernement veut instaurer un nouveau régime d’autorisation préalable dans le secteur des télécoms.

5G : un amendement du gouvernement « pour préserver les intérêts de la sécurité nationale »

Craignant de voir l’équipementier chinois Huawei intervenir dans le déploiement du réseau mobile de nouvelle génération, le gouvernement veut instaurer un nouveau régime d’autorisation préalable dans le secteur des télécoms.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Ce pourrait être un nouvel obstacle pour le géant chinois Huawei et ses ambitions en France dans le déploiement de la future 5G, la nouvelle génération de réseau mobile ultrarapide dont il est un des grands acteurs, sinon le leader mondial. Dans la foulée d’autres États occidentaux inquiets de la montée en puissance de la technologie chinoise et d’une éventuelle utilisation des infrastructures par les autorités de Pékin à des fins d’espionnage, la France prend ses précautions.

Sans citer évidemment le constructeur asiatique, le gouvernement a déposé le 25 janvier au Sénat un amendement au projet de loi pour la croissance et la transformation des entreprises (loi Pacte), dont l’examen débute en séance ce mardi. L’amendement met en place un régime d’autorisation préalable (délivrée par Matignon) à toute entreprise voulant exploiter des équipements de réseaux radioélectriques. Les infrastructures déjà installées sont également concernées.

Il s’agit pour l’État de «  s’assurer que les équipements exploités sur le territoire français ne sont pas de nature à porter atteinte à l’ordre public et aux intérêts de la sécurité et de la défense nationales ». Les modalités de ce dispositif seraient précisées dans un décret, et des sanctions pénales seraient prévues en cas de « manquement » de la part de l’entreprise concernée. Le gouvernement considère la 5G comme une « technologie de rupture », qui permettra de développer « de nombreux usages critiques où le doute sur la sécurité, la fiabilité ou l’intégrité des communications ne peut être permis ».

L’amendement, qui crée un article additionnel après l’article 55 dans ce projet de loi de taille importante, devrait être débattu par la Haute assemblée la semaine prochaine. La commission n’a pas encore exprimé sa position.

Un fabricant exclu aux États-Unis

Le texte avait été présenté le 16 janvier lors d’une réunion à Bercy avec des opérateurs, le régulateur du secteur et l’Anssi, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information, placée sous l’autorité du Premier ministre.

Plusieurs États ont exclu l’an dernier Huawei dans la construction d’infrastructures nécessaires au déploiement de la 5G : l’Australie, la Nouvelle-Zélande et plus récemment le Japon. Les États-Unis ont depuis longtemps exclu le constructeur des chantiers. Dès 2012, un rapport du Congrès estimait que les technologies du groupe pouvaient saper la sécurité nationale. Il y a un an, une lettre de parlementaires estimait que les équipements de Huawei, dont le fondateur est un ancien ingénieur de l’armée chinoise, constituaient une « menace pour la sécurité américaine ».

Le gouvernement français « tout à fait conscient des risques »

D’autres pays en Europe, comme le Royaume-Uni ou la Pologne ont aussi exprimé de vives inquiétudes. Au niveau de la Commission européenne, Andrus Ansip (marché unique numérique) avait exprimé ses craintes face à la loi sur le renseignement adoptée en Chine en 2017, texte qui obligerait notamment les entreprises à aider les agences d’espionnage chinoises. « Quand c'est écrit dans la loi, nous devons comprendre que ces risques sont plus élevés. Nous ne pouvons plus être naïfs », a averti le 25 janvier le commissaire européen.

Paris n’est pas en reste. Auditionné le 23 janvier devant la commission des Affaires étrangères du Sénat, le ministre Jean-Yves le Drian avait indiqué que le gouvernement français était « tout à fait conscient » des «  risques que peut entraîner le fait que Huawei intervienne largement sur la 5G ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Glucksmann
6min

Politique

Le sénateur Place Publique Bernard Jomier appelle à créer « un intergroupe » rassemblant les pro-Glucksmann au Sénat

« Il va y avoir un travail en commun des sénateurs qui soutiennent Raphaël Glucksmann », soutient le sénateur de Paris, après la victoire écrasante de Raphaël Glucksmann à la primaire de la gauche sociale-démocrate. Il tend notamment « la main » aux sénateurs écologistes, qu’il a rejoints. Mais du côté du groupe PS, l’initiative laisse pour l’heure plus dubitatif.

Le

Bram: Raphael Glucksmann at Les Rencontres de la Gauche
8min

Politique

Présidentielle : de quels moyens va bénéficier Raphaël Glucksmann, désormais candidat du PS, pour faire campagne ?

Officiellement investi pour la campagne présidentielle, Raphaël Glucksmann va pouvoir bénéficier de l’expertise technique et militante du Parti socialiste pour la course à l’Elysée. Du fait de son poids politique, le parti à la rose devrait également être le premier contributeur financier de sa campagne. Le Canard enchaîné évoque un plafond à 2,4 millions d’euros, loin toutefois de ce qui avait été déboursé pour Anne Hidalgo ou Benoît Hamon.

Le

Paris: Weekly session of questions to the government at the Senate
8min

Politique

Modernisation de la radio : la proposition de loi de Laurent Lafon pour assouplir la réglementation et soutenir le secteur

Déposée le 16 juin 2026 à l’initiative du sénateur Laurent Lafon, la proposition de loi relative à la modernisation de la radio sera débattue demain en séance publique. Adoptée largement par la Commission de la culture le 7 octobre 2026 et soutenue par les acteurs de la radio, la proposition de loi vise à assouplir la règlementation et favoriser le développement de la radio numérique terrestre dans un contexte de relatif déclin de la radio française.

Le

Paris Students and Police face to face
6min

Politique

Mobilisation lycéenne : le recours aux gardes à vue est-il justifié ?

Depuis le début du mouvement, 6 877 personnes ont été placées en garde à vue, dont une très grande majorité de mineurs. Une mesure de contrainte injustifiée selon plusieurs avocats, qui y voient plutôt une volonté de la part des forces de l’ordre de sanctionner les manifestants.

Le