Affaire Benalla : « C’est X-Files, la vérité est ailleurs »
La seconde audition d’Alexandre Benalla devant la commission d’enquête du Sénat a été marquée par son refus de répondre à plusieurs reprises. Muriel Jourda, co-rapporteure de la commission, note qu’« on a eu deux versions totalement contradictoires entre Patrick Strzoda et Alexandre Benalla ». « Il nous a pris quand même pour des imbéciles » selon Esther Benbassa.

Affaire Benalla : « C’est X-Files, la vérité est ailleurs »

La seconde audition d’Alexandre Benalla devant la commission d’enquête du Sénat a été marquée par son refus de répondre à plusieurs reprises. Muriel Jourda, co-rapporteure de la commission, note qu’« on a eu deux versions totalement contradictoires entre Patrick Strzoda et Alexandre Benalla ». « Il nous a pris quand même pour des imbéciles » selon Esther Benbassa.
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Au lendemain de la nouvelle audition d’Alexandre Benalla, l’intensité est redescendue d’un cran au Sénat. Devant l’entrée de la salle où se réunit le groupe LR, chaque mardi, les collègues saluent les membres de la commission. Inconnus du grand public il y a six mois, ils se sont de nouveau retrouvés sous les feux des projecteurs lundi.

« Il est possible que nous n’arrivions pas à établir totalement la réalité des faits »

« Tu es devenu le héros de mon marchand de légumes » rigole Christian Cambon, président de la commission des affaires étrangères et sénateur du Val-de-Marne, quand il voit arriver Philippe Bas, président de la commission d’enquête. « Tu lui serres la main ? » lui a même demandé son marchand. Celui qui a placé Alexandre Benalla sur le grill ne peut qu’apprécier. Il se retrouve aujourd’hui invité sur les plateaux télé.

Juste à côté, tout le monde salue aussi Muriel Jourda, co-rapporteure LR de la commission d’enquête, avec le socialiste Jean-Pierre Sueur. « Bravo pour la commission » lui lance un sénateur. Les auditions terminées, les membres de la commission entrent maintenant dans la dernière ligne droite. « On a eu deux versions totalement contradictoires entre Patrick Strzoda (directeur de cabinet d’Emmanuel Macron) et Alexandre Benalla et il faudra tenter de les départager, car elles ne sont pas compatibles » explique Muriel Jourda. Elle ajoute : « Il est possible que nous n’arrivions pas à établir totalement la réalité des faits. Mais nous essayerons de nous approcher le plus possible de la vérité ».

« Dysfonctionnements »

Face aux refus, répétés, d’Alexandre Benalla de répondre aux questions hier, s’abritant derrière l’information judiciaire ouverte, la sénatrice LR estime qu’il en a « une vision extensive… » « Il y avait une volonté de ne pas répondre, y compris sur des questions qui ne sont pas touchées, de près ou de loin, par l’enquête ». A l’inverse, « Alexandre Benalla a commencé son propos introductif par un long développement sur les faits du 1er mai. Pourtant, ça fait l’objet d’une enquête judiciaire. En réalité, c’est quand ça l’arrange ». Muriel Jourda note que « des dysfonctionnements ont été reconnus par l’Elysée ». Ils sont d’autant plus visibles « quand des mois après son licenciement, Alexandre Benalla dispose encore de ses outils de travail et s’en sert ».

Après « l’analyse » des auditions et des documents reçus – « il manque encore des réponses sur les éléments demandés par écrit » précise la co-rapporteure – viendront les « conclusions ». « Et là, nous évaluerons la possibilité d’une enquête (en saisissant le procureur, ndlr), sur le refus de répondre et l’éventuelle fausse déclaration ».

« Il y a une espèce de gigantesque foutoir… ou pas »

Pour la sénatrice PS Marie-Pierre de la Gontrie, membre de la commission des lois et donc de la commission d’enquête, « l’affaire du passeport, qui va, qui vient, est abracadabrantesque ». Après ces deux séries d’auditions, Marie-Pierre de la Gontrie constate que « tout ça dessine un paysage » par petites touches impressionnistes successives. « C’est au final un tableau qui met une confusion. Il y a une espèce de gigantesque foutoir… ou pas ». Elle précise :

« On a un tableau de la présidence qui montre que ça dysfonctionne de manière sévère, soit de façon inopinée, soit de façon volontaire ».

Mais la sénatrice de Paris reste « très prudente ». « Je n’ai pas pris pour argent comptant ce qu’a dit le directeur de cabinet du Président » dit-elle.

« Alexandre Benalla n’a pas beaucoup changé » pense de son côté Esther Benbassa, sénatrice écologiste (groupe CRCE) et membre de la commission, « il était un peu plus insolent. Il s’est caché derrière l’enquête judiciaire et n’a pas répondu aux questions essentielles. Il nous a pris quand même pour des imbéciles ! » La sénatrice de Paris s’étonne aussi de l’histoire « rocambolesque » des passeports. « Ça montre qu’il n’en faisait qu’à sa tête et que l’Elysée est dans une sorte de désorganisation » conclut de manière identique Esther Benbassa.

« L’affaire Benalla, c’est OSS 117 »

Le sénateur socialiste Rachid Temal préfère encore rire de la situation. « Si on considère qu’il y a une série de maladresses, dans ce cas, ils sont nombreux à être mauvais et pendant très longtemps. Après le 1er mai, les choses auraient dû être d’équerre. L’affaire Benalla, c’est OSS 117 » lâche le sénateur du Val-d’Oise. « Alexandre Benalla a pris pour cible Patrick Strzoda. Mais il y a quasiment autant de versions que d’intervenants. C’est X-Files, la vérité est ailleurs », raille encore Rachid Temal, pas avare en formules. Il ajoute :

« On voit bien qu’on se fout de notre gueule. Mais les contre-pouvoirs sont utiles car quand on tire les fils, il y a des choses : téléphone crypté, les passeports ».

Pour Marie-Pierre de la Gontrie, la commission d’enquête a montré son utilité : « Elle a levé beaucoup de sujets. Au final, il y a deux institutions remarquables dans cette affaire, c’est la presse (qui a révélé l’affaire, ndlr) et le Sénat ».

« J’en peux plus de ce truc »

Il y en a que l’affaire ne fait pas rire. Ce sont les membres de la majorité. « J’en peux plus de ce truc » lance un haut responsable de La République en marche. Il ne craint pas les effets de la nouvelle audition de l’ancien chargé de mission. « Les dégâts sont déjà faits ». Ce responsable de la majorité minimise même l’affaire : « Pour moi, cette histoire est l’histoire d’un cowboy qui n’a pas suffisamment été sanctionné ». La commission des lois de son côté, et la justice du sien, diront ce qu’il en est.

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