La ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation était auditionnée sur le budget 2022 par la commission de la culture et de l’éducation du Sénat.
Budget 2022 : la condition étudiante, « absolue priorité du ministère », selon Frédérique Vidal
La ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation était auditionnée sur le budget 2022 par la commission de la culture et de l’éducation du Sénat.
Comme l’an dernier, le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation retrouvera un peu vigueur en 2022. Le projet de loi de finances (PLF) pour 2022 va lui injecter 717 millions d’euros supplémentaires, qui porteront l’enveloppe à 24,8 milliards d’euros, en excluant les fonds de France Relance et de ceux du Programme d’investissements d’avenir.
C’est la conséquence notamment de la deuxième année d’application de la loi de programmation de la recherche votée en 2020. Cette « LPR » doit « réarmer » un secteur en sous-investissement chronique, à hauteur de 25 milliards d’euros sur dix ans. La « deuxième marche » de cette trajectoire représente 472 millions euros en 2022, une somme destinée à revaloriser les personnels de recherche, redonner de nouvelles marges de manœuvre à l’Agence nationale de la recherche ou encore soutenir le budget des universités et des laboratoires.
Dans le cadre des auditions budgétaires, la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation était auditionnée au Sénat. « Jamais un gouvernement n’avait déployé de tels moyens pour son enseignement supérieur, sa recherche et son innovation », a affirmé Frédérique Vidal. Avant de rappeler que les moyens de son ministère avaient augmenté de 2,4 milliards d’euros sur le quinquennat.
La ministre a notamment insisté sur la condition étudiante. « Nos étudiants ont été tout particulièrement affectés par cette crise. Ils ont été l’absolue priorité du ministère », a-t-elle indiqué. En 2022, 179 millions d’euros supplémentaires leur seront consacrés, 151 pour la revalorisation des bourses sur critères sociaux (hausse de 1 % à la rentrée 2021). Plusieurs dispositifs nés pendant la crise seront reconduits : les 20 000 emplois étudiants pour assurer des missions de tutorat, le financement de consultations chez les psychologues (une mission sénatoriale l’avait plaidé), le gel de l’indexation des loyers en résidence universitaire, ou encore les repas à 1 euro, pour les étudiants boursiers et les étudiants en situation de précarité.
« L’attente était beaucoup plus importante que cela » : Pierre-Antoine Lévi déçu sur le sort des étudiants
Sur ce point, le sénateur (Union centriste) Pierre-Antoine Lévi a émis une objection. « Il serait malhonnête de dire que votre ministère n’a rien fait […] Financièrement parlant, de gros moyens y sont mis, c’est une réalité, mais l’attente était beaucoup plus importante que cela. Ce budget était l’occasion de démontrer à tous les étudiants que leur précarité, leur souffrance avait été entendue. Je trouve qu’à titre personnel, ce n’est pas suffisamment le cas. » Le sénateur avait par exemple poussé pour la création d’un ticket-restaurant universitaire pour les étudiants éloignés des restaurants universitaires. Sa proposition de loi a été, selon lui, « dénaturée à l’Assemblée nationale ». La ministre a précisé que des conventions pourraient être passées avec les lycées et que des cartes repas préremplies constituent également une solution.
Entre les problèmes de recrutement ou l’attractivité de ce repas à 1 euro (deux millions de repas servis en septembre), le rapporteur Stéphane Piednoir (LR) s’est fait le relais du terrain. « J’ai été alerté, au cours des auditions budgétaires, par les difficultés que rencontrent actuellement les CROUS, particulièrement sur la partie restauration. » « On compense évidemment intégralement le coût du repas à 1 euro », s’est engagée Frédérique Vidal, qui ne souhaite aucune remise en cause de la qualité des repas.
Au sein du groupe socialiste, quelques voix ont souhaité tempérer le tableau dépeint par la ministre en début d’audition. Dans le prolongement de sa première question au gouvernement le 6 octobre, le sénateur Yan Chantrel a ainsi épinglé le retard « colossal » de notre recherche « par rapport à d’autres pays ». Une critique du verre à moitié vide que n’a pas voulu reprendre la droite. « Je ne ferai pas le procès de ne pas tenter le rattrapage du retard passé […] La responsabilité est largement partagée », est intervenu le sénateur LR Max Brisson. Frédérique Vidal a argué qu’aucun gouvernement n’avait « commencé à se rapprocher » de l’objectif de 3 % du PIB alloué à la recherche, fixé en 2000.
Sylvie Robert (PS) a, quant à elle, exprimé ses inquiétudes sur l’augmentation du nombre d’étudiants. « Les budgets qui ont été alloués aux établissements de l’enseignement supérieur, hors plan de relance, augmentent mais la dépense par étudiant à l’université baisse. » La ministre a répliqué que ce paramètre n’était plus un moyen de pilotage et qu’il pouvait avoir des effets pervers. « On est en train de passer une bosse. Je ne souhaite pas dans 5, 6, 7 ou 10 ans, entendre des ministres dire : nous avons passé la bosse, nous avons 150 000 étudiants de moins dans telle université, donc on baisse les budgets de cette université. C’est un tout petit peu dangereux de calculer comme ça. »
Un an après l’adoption de la loi de programmation, le gouvernement n’a pas été en mesure de prendre tous les décrets d’applications nécessaires au déploiement de certaines dispositions. La sénatrice LR Laure Darcos a demandé quelques précisions. « Nous tiendrons l’objectif de 100 % de publication d’ici la fin de l’année », s’est engagée la ministre. « Tout est dans les tuyaux. Les tuyaux ne sont pas bouchés, je vérifie régulièrement la sortie. »
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