Budget 2022 : la majorité sénatoriale confirme la baisse des impôts de production
Dans le cadre du budget 2022, le Sénat examinait ce vendredi la réduction de moitié de la CVAE décidée par le gouvernement pour augmenter la compétitivité des entreprises. Face à une gauche vent debout contre une mesure vue comme injuste, inefficace et dépensière, la majorité sénatoriale a tout de même confirmé la trajectoire de baisse des impôts de production proposée par le gouvernement.

Budget 2022 : la majorité sénatoriale confirme la baisse des impôts de production

Dans le cadre du budget 2022, le Sénat examinait ce vendredi la réduction de moitié de la CVAE décidée par le gouvernement pour augmenter la compétitivité des entreprises. Face à une gauche vent debout contre une mesure vue comme injuste, inefficace et dépensière, la majorité sénatoriale a tout de même confirmé la trajectoire de baisse des impôts de production proposée par le gouvernement.
Louis Mollier-Sabet

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

« On ne vous entend pas beaucoup ce soir » ironise Éric Bocquet, sénateur communiste du Nord, en s’adressant aux bancs de la majorité sénatoriale. Peut-être a-t-il deviné que son amendement, et ceux de ses collègues de gauche, Thierry Cozic (PS) et Sophie Taillé-Polian (écologiste), allaient réveiller les débats en ce vendredi soir d’examen budgétaire. Les débats tournent un peu court depuis le début de l’examen jeudi, parce que ce n’est un secret pour personne que la mouture budgétaire du Sénat va faire long feu, et qu’il est donc un peu vain d’amender le texte.

>> Pour mieux comprendre les ressorts du futur rejet du budget par le Sénat, lire : Des airs de faux départ pour le coup d’envoi de l’examen du budget au Sénat

Depuis le début de ce marathon budgétaire, qui se transformera selon toute vraisemblance en 10km, rares sont donc les moments de « vrais débats politiques de fond » comme l’a souligné Éric Bocquet au moment d’aborder les impôts de production. Si aucun des amendements de la gauche sénatoriale n’a été adopté, ils ont au moins eu le mérite de rappeler qu’une discussion budgétaire est faite de choix politiques et, sur la forme, de réveiller l’hémicycle.

« Si c’est pour distribuer des dividendes, que vous avez par ailleurs également moins taxés »

C’est donc le sénateur communiste du Nord qui a eu l’honneur d’ouvrir le bal des critiques sur la baisse de la « CVAE » (cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises), un impôt de production dû par les entreprises aux collectivités locales à partir d’un certain niveau de chiffre d’affaires, que le budget 2022 propose de réduire de moitié. Si le gouvernement se retrouve souvent pris en étau au Sénat entre la gauche et la majorité sénatoriale, sur ce sujet, on a très vite vu « l’Ancien monde » bipartisan se matérialiser dans l’hémicycle à mesure que les différents groupes de gauche détaillaient leur critique d’une baisse des impôts de production. Éric Bocquet détaille plusieurs études montrant « que la fiscalité locale n’est pas prioritaire dans le choix d’implantation des PME par rapport au cadre de vie, qui a besoin de ces impôts pour être amélioré. » 

Rémi Féraud, sénateur socialiste, rejoint largement son collègue communiste, colorant simplement légèrement son intervention de tonalités sociales-démocrates : « Tant mieux que certaines entreprises fassent des bénéfices, mais si c’est pour distribuer encore plus de dividendes, que vous avez par ailleurs également moins taxés, on perd des ressources pour les politiques que nous avons à mener et nous faisons peser sur les générations futures les déficits d’aujourd’hui. » Au groupe écologiste, Sophie-Taillé Polian, embraye et dénonce la duplicité d’une politique présentée comme un soutien aux entreprises pendant la crise sanitaire devenue une réforme fiscale pérenne : « Le gouvernement a profité de la crise pour mettre en place des réformes structurelles et pas assumées vis-à-vis des Français, ce qui est dommageable pour le débat démocratique. »

« On dirait que certains ne veulent pas que la production revienne en France »

À droite, Jean-François Husson, en tant que rapporteur général du budget, assume la position de la majorité sénatoriale qui consiste à « restaurer la compétitivité de nos entreprises », ce qui « passe par la baisse des impôts de production » d’après le sénateur LR. Michel Canévet, sénateur centriste, conteste même que cela entraînerait une perte de recettes pour l’Etat : « La baisse des impôts de production entraîne une augmentation des recettes. Que veut-on ? Que nos entreprises puissent travailler et créer des emplois ou que l’on importe des produits qui dégradent la balance commerciale ? On dirait que certains ne veulent pas que la production revienne en France. »

« Pas de faux procès entre nous » lui répond Rémi Féraud. Le sénateur socialiste appelle la majorité sénatoriale à « ne pas caricaturer » la position des sénatrices et sénateurs des groupes de gauche : « Nous ne sommes pas contre les entreprises. Nous ne proposons même pas d’augmenter les impôts de production, mais simplement d’en diminuer la baisse. Nous proposons une politique plus équilibrée, qui creuse moins le déficit public en sortie de crise, en mettant à contribution ceux qui le peuvent. » Il est vrai que prendre la majorité sénatoriale par les sentiments de la rigueur budgétaire n’est pas malhabile. Mais cela ne semble pas avoir suffi pour cette fois, puisque les amendements ont été, sans surprise, rejetés par la majorité sénatoriale, qui a ainsi validé la trajectoire de baisse des impôts de production proposée par le gouvernement dans ce PFL 2022.

Partager cet article

Dans la même thématique

Heat Wave in the North
5min

Politique

La justice ordonne le démantèlement de « mégabassines » en Charente-Maritime : les agriculteurs condamnés invoquent la loi d’urgence agricole et font appel

Neuf agriculteurs ont été condamnés par la justice, jeudi 23 juillet, à démanteler quatre retenues d’eau qu’ils utilisent illégalement depuis dix-sept ans. Ils ont annoncé faire appel et se fondent sur le prétendu « décalage » entre cette décision et la loi d’urgence agricole tout juste adoptée, très favorable au développement de ces « bassines ».

Le

PARIS, Conseil constitutionnel, Constitutional Council, Palais Royal
7min

Politique

Le Conseil constitutionnel est-il devenu un arbitre sursollicité ?

Longtemps perçu comme le gardien discret de la Constitution, le Conseil constitutionnel s’impose aujourd’hui comme l’un des acteurs incontournables de la vie politique. Jamais autant saisi sur les lois votées par le Parlement depuis une quinzaine d’années, il est devenu le passage obligé des textes les plus sensibles. Loin d'un dysfonctionnement, cette hyper-activité traduit les nouvelles dynamiques du pouvoir sous l'ère de la « majorité relative ».

Le

France Wildfires
2min

Politique

La France a demandé l’activation du mécanisme de protection civile de l’UE : en quoi consiste ce dispositif ?

Face à la multiplication des feux en France, en particulier en Gironde et dans les Landes, le président de la République Emmanuel Macron a demandé l’activation du mécanisme de protection civile européen hier soir. Déjà utilisé par le passé à Mayotte ou en Ukraine, ce dispositif permet « de proposer une réponse d’urgence » face aux incendies sur le sol européen.

Le

France Extreme Weather Heat
3min

Politique

Incendie au Cap-Ferret : 10 000 hectares parcourus, 80 maisons brûlées et 40 000 personnes évacuées, « le feu continue de progresser », annonce Laurent Nuñez

Le ministre de l’Intérieur a fait un point de situation, ce vendredi matin, sur « le plus feu gros de la saison » qui menace dangereusement le Cap-Ferret, en Gironde. « Le feu n’est pas maitrisé et continue de progresser », alerte Laurent Nuñez. Au total, 50 000 hectares ont brûlé depuis le début de l’année, « quasiment trois fois » plus que l’an dernier.

Le