Budget 2022 : le groupe écologiste veut « réhabiliter l’impôt » par une fiscalité juste et écologique
Alors que les Républicains s’apprêtaient à rejeter le budget 2022 ce mardi 23 novembre, le groupe écologiste, frustré de l’arrêt des débats, ont souhaité détailler leurs propositions budgétaires en présence Yannick Jadot, leur candidat à l’élection présidentielle. Ils ont fustigé un budget 2022 faisant la part belle aux dépenses fiscales avantageant les grandes entreprises et le capital, tout en proposant de conditionner la dépense publique à des objectifs écologiques et de justice sociale.

Budget 2022 : le groupe écologiste veut « réhabiliter l’impôt » par une fiscalité juste et écologique

Alors que les Républicains s’apprêtaient à rejeter le budget 2022 ce mardi 23 novembre, le groupe écologiste, frustré de l’arrêt des débats, ont souhaité détailler leurs propositions budgétaires en présence Yannick Jadot, leur candidat à l’élection présidentielle. Ils ont fustigé un budget 2022 faisant la part belle aux dépenses fiscales avantageant les grandes entreprises et le capital, tout en proposant de conditionner la dépense publique à des objectifs écologiques et de justice sociale.
Louis Mollier-Sabet

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

« Est-ce l’absence de projet alternatif, pour une droite sénatoriale trop proche de la droite présidentielle ? Est-ce pour masquer des incohérences très fortes, ou un retard dans la désignation de leur candidat ? » Guillaume Gontard, président du groupe écologiste au Sénat, « ne sait pas » pourquoi le Sénat a finalement rejeté prématurément le budget 2022, mais, avec ces questions rhétoriques, il semble quand même bien avoir une petite idée en tête. Sa collègue de Génération. s, Sophie Taillé-Polian – en pointe des discussions budgétaires pour le groupe écologiste au Sénat – explicite un petit peu le sentiment de son président de groupe et sa frustration face au « jeu de dupes » mené par la droite sénatoriale et le gouvernement : « Le ministre a très peu pris la parole, et se contentait souvent de dire ‘même avis’que le rapporteur. En réalité, ils sont du même avis. »

>> Lire aussi : Le Sénat rejette le budget 2022 pour dénoncer « la folie dépensière du gouvernement »

Yannick Jadot, présent à la réunion du groupe écologiste sur le projet de loi de finances par visioconférence, soutient ses camarades sénatrices et sénateurs face à une « mascarade de débat » et un « bluff sur des divergences au point de vue budgétaire. » D’après le candidat écologiste à l’élection présidentielle, la droite sénatoriale et « la droite de gouvernement » ont « en commun de faire passer de l’idéologie pour du pragmatisme. » À titre d’exemple, Yannick Jadot cite la transformation de l’ISF en IFI, mesure hautement symbolique de baisse de la fiscalité du capital mobilier du début du quinquennat d’Emmanuel Macron : « Bruno Le Maire et Emmanuel Macron ont menti sur l’ISF. C’est totalement délirant quand on voit l’explosion des dividendes. Des rapports des services de l’Etat [France Stratégie] disent que ça n’a pas servi l’investissement. »

« La dépense publique, si elle est juste, n’est pas une maladie, mais un médicament »

En fait, le groupe écologiste refuse l’opposition entre une gauche dépensière et une droite raisonnable. Leur champion à la présidentielle tente aussi de porter ce message : « Macron et les libéraux aiment dépenser de l’argent public, et ils en dépensent beaucoup, mais pour socialiser les pertes. » Dans les (courts) débats budgétaires qui ont pu avoir lieu au Sénat sur les recettes, la gauche a par exemple dénoncé la dépense fiscale sur les impôts de production prévue par le PLF 2022. Sophie Taillé-Polian l’assume, la question ce n’est pas qui dépense le plus ou le moins, mais qui fait les dépenses les plus justes : « La dépense publique, si elle est juste, n’est pas une maladie, mais un médicament. » D’après elle, « les baisses d’impôt finissent par peser sur la dette et les prestations sociales » et les majorités présidentielles et sénatoriales « arrosent à tout va avec des outils inefficaces. »

Dans le viseur de la sénatrice du Val-de-Marne se trouvent le crédit impôt-recherche, le prélèvement forfaitaire unique (communément appelé flat tax) ou la transformation de l’ISF en IFI. Face à ces dépenses fiscales, Sophie Taillé-Polian préfère « réhabiliter l’impôt » : « Il faut l’assumer, mais l’impôt juste. » Pour ce faire, le groupe écologiste au Sénat a tenu à proposer, non pas un contre-budget, mais des « pistes de travail » pour rendre l’investissement « compatible avec le climat et la justice sociale. » Le président du groupe, Guillaume Gontard, liste les priorités que sa famille politique « aurait fixées si elle avait été au pouvoir » : jeunesse, logement et transition écologique. Le sénateur de l’Isère assume un exercice de travail parlementaire et budgétaire qui a donné lieu à des amendements en séance, mais aussi des propositions tournées « vers la prochaine présidentielle. »

« Chaque euro d’argent public doit être conditionné à la lutte contre le réchauffement climatique, la justice sociale et l’égalité homme / femme »

Et cela tombe bien, le candidat d’EELV à la fonction suprême est présent pour reprendre ces propositions à son compte, en élargissant un peu la focale avec un principe général : « Chaque euro d’argent public doit être conditionné à la lutte contre le réchauffement climatique, la justice sociale et l’égalité homme / femme. » De ce principe découlent plusieurs mesures que le candidat entend porter dans la campagne présidentielle, comme l’inversion de la charge de la preuve dans les contentieux à propos d’inégalités salariales entre les hommes et les femmes ou une TVA modulable, dans une logique de « bonus / malus » pour avantager fiscalement « ce qui est réparable ou recyclable » et rendre plus coûteuse l’obsolescence programmée.

Yannick Jadot était déjà présent aux journées parlementaires d’EELV début octobre à Lyon, et souhaitait construire « l’équipe de France de l’écologie. » Le candidat écologiste avait insisté sur la dimension collective que le mouvement écologiste devait donner à la campagne, contre la logique présidentielle de la Vème République et souhaiter alors s’appuyer sur le groupe parlementaire du Sénat, en attendant un potentiel groupe à l’Assemblée nationale. Force est de constater que les écologistes continuent de fournir ces efforts de réflexion collective. À voir si les propositions budgétaires du groupe sénatorial seront reprises dans le programme de leur candidat.

Partager cet article

Dans la même thématique

Heat wave at Ehpad in Bordeaux
3min

Politique

Ehpad : « Ça s’est un peu amélioré, mais on est loin du compte. » alerte la sénatrice Anne Souryis

Le placement de personnes âgées en Ephad est toujours une étape redoutée par les familles. Les principaux intéressés ne veulent pas quitter leur domicile et l’entourage craint toujours une mauvaise prise en charge. Des craintes amplifiées depuis l’enquête de Victor Castanet dans son livre « Les Fossoyeurs » en 2022 qui a révélé un système privilégiant le rendement au détriment du bien être des patients. Depuis, les politiques se sont emparés du sujet, mais les moyens déployés sont-ils suffisants ? La prise en charge s’est-elle améliorée ? Et quelles sont les alternatives ? La sénatrice écologiste Anne Souyris et le gériatre Jean-Pierre Aquino en débattent dans l’émission Et la santé, ça va ? présentée par Axel de Tarlé.

Le

Budget 2022 : le groupe écologiste veut « réhabiliter l’impôt » par une fiscalité juste et écologique
5min

Politique

Ingérences étrangères : « Depuis les années 2010, aucun rendez-vous électoral n’a été épargné »

A l’heure de la manipulation des algorithmes et du recours croissant à l’intelligence artificielle sur les plateformes numériques, des experts alertent le Sénat sur la multiplication d’ingérences d’origine étrangères en Europe. Avec pour objectif de déstabiliser les périodes électorales, à coups de désinformation et d‘altération de la confiance envers les institutions.

Le

Macron Sénat 1 ok
9min

Politique

[Série 1/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : un début constructif, avant la montée des tensions

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Après des débuts plutôt bienveillants, la relation va vite se tendre sur les collectivités, avant qu’elle ne se dégrade sur le projet de réforme constitutionnelle, qui finira enterré.

Le

Budget 2022 : le groupe écologiste veut « réhabiliter l’impôt » par une fiscalité juste et écologique
4min

Politique

Au Sénat, l’acteur Bruno Solo appelle à la mobilisation face à la montée des masculinismes

Face à la menace grandissante des discours masculinistes, l’acteur Bruno Solo appelle les hommes à s'engager « concrètement » pour inverser la tendance. Lors d’une table ronde organisée au Sénat, plusieurs intervenants ont lancé l’alerte sur une jeunesse livrée à la misogynie en ligne, et rappellent l'urgence d'appliquer enfin l’arsenal législatif contre les violences sexistes et sexuelles.

Le