Budget de l’Elysée : Larcher dénonce des propos «offensants et irrespectueux» du directeur de cabinet de Macron
Patrick Strzoda, directeur de cabinet d’Emmanuel Macron, avait refusé de recevoir le sénateur PS Jean-Pierre Sueur sur le budget de l’Elysée. « Je ne reçois que les personnes qui ne me font pas perdre mon temps » avait-il justifié. Des propos dénoncés par Gérard Larcher dans un courrier au premier ministre.

Budget de l’Elysée : Larcher dénonce des propos «offensants et irrespectueux» du directeur de cabinet de Macron

Patrick Strzoda, directeur de cabinet d’Emmanuel Macron, avait refusé de recevoir le sénateur PS Jean-Pierre Sueur sur le budget de l’Elysée. « Je ne reçois que les personnes qui ne me font pas perdre mon temps » avait-il justifié. Des propos dénoncés par Gérard Larcher dans un courrier au premier ministre.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Il n’entendait pas laisser passer ça. Les relations continuent d’être tendues depuis quelques jours entre l’exécutif et le Sénat, et il ne s’agit pas cette fois d’une attaque contre le régime de retraite des sénateurs (voir notre article). Dernier épisode en date, et pas des moindres : Gérard Larcher a écrit au premier ministre pour dénoncer l’attitude, et surtout les mots, de Patrick Strzoda, directeur de cabinet d’Emmanuel Macron. Un moment de tension lié à un rapport sénatorial sur la hausse du budget de l’Elysée, sur fond d’affaire Benalla.

Le président LR du Sénat a peu apprécié l’attaque de ce proche du Président à l’égard du sénateur PS Jean-Pierre Sueur. Dans ce courrier, dont l’AFP a obtenu copie, il dénonce des propos « offensants et irrespectueux à l'égard de notre collègue comme de la représentation nationale ».

La commission d’enquête Benalla a laissé des traces

Explication : fin novembre, dans le cadre de l’examen du budget 2020, le socialiste rend un rapport pour avis, au nom de la commission des lois, sur les crédits de la mission pouvoirs publics. Jean-Pierre Sueur dénonce particulièrement la « forte hausse des dépenses » de 3,7 millions d’euros dans le budget de l’Elysée. Au passage, il regrette que Patrick Strzoda ait refusé de le recevoir, contrairement aux années précédentes. L’ancien président PS de la commission des lois dénonce sur publicsenat.fr « un geste peu républicain ».

Pour rappel, Jean-Pierre Sueur était le co-rapporteur de la commission d’enquête Benalla, qui avait, déjà, énormément tendu les relations entre exécutif et Sénat. Le bureau de la Haute assemblée avait ensuite décidé de transmettre au procureur le cas de Patrick Strzoda pour possible « faux témoignage », dossier classé sans suite par la justice. La commission d’enquête Benalla a visiblement laissé des traces. Fin du premier acte.

« Mépris »

L’Elysée décide de répliquer. La semaine dernière, Patrick Strzoda attaque frontalement Jean-Pierre Sueur dans un courrier adressé au journal Le Monde. « De manière générale quand je suis sollicité pour un entretien, je ne reçois que les personnes respectables et/ou celles qui ne me font pas perdre mon temps » écrit ce proche d’Emmanuel Macron… Dans un premier temps, Jean-Pierre Sueur ne réagit pas, mais échange par téléphone avec Gérard Larcher, qui apprécie peu la nouvelle.

C’est d’abord Patrick Kanner, président du groupe PS du Sénat, qui monte au créneau le jour même. Par communiqué, il dénonce les « propos insultants », le « dérapage » et le « mépris » du directeur de cabinet du Président. Fin de l’acte deux.

« Caractère de gravité tout particulier »

La réponse de Gérard Larcher allait venir lundi. C’est le troisième acte, et peut-être pas le dernier. Dans ce courrier en date du 9 décembre, le président LR du Sénat dénonce donc des propos « offensants et irrespectueux ». Pour Gérard Larcher, c’est la fonction même de parlementaire qui est attaquée, au travers de Jean-Pierre Sueur. Les propos « présentent un caractère de gravité tout particulier dès lors qu'ils mettent en cause un membre du Parlement dans l'exercice de la mission qui lui a été confiée à l'occasion de l'examen de la loi de finances », ajoute le président de la Haute assemblée.

Rappelant que le chef du gouvernement assume « la responsabilité des relations entre l'exécutif et le Parlement », Gérard Larcher demande à Edouard Philippe de lui « confirmer que le pouvoir exécutif ne considère pas que les parlementaires (...) lui « font perdre son temps » lorsqu'ils assument leurs missions constitutionnelles »… On imagine mal le locataire de Matignon dire le contraire. Quoique. Dans la première version de la réforme constitutionnelle, aujourd’hui à l’arrêt faute, là aussi, d’accord entre le Sénat et l’exécutif, le gouvernement voulait accélérer la procédure parlementaire, au détriment notamment du Sénat. Les relations institutionnelles ne sont pas de tout repos. Et entre l’exécutif et la Haute assemblée, c’est compliqué.

Partager cet article

Dans la même thématique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés
7min

Politique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés

Le candidat de la France insoumise à l’élection présidentielle remet dans le débat sa proposition d’effacement des 20 % de la dette publique logée dans la Banque de France. Une solution en apparence miracle, qui en réalité rencontrerait plusieurs difficultés. Risques inflationnistes, mise au ban de l’Europe, perte de confiance : des obstacles comme des dangers barrent la route.

Le

SIPA_01234434_000029
6min

Politique

Présidentielle 2027 : Philippe et Attal font de l’école un nouveau terrain de bataille, au risque d’éreinter le bilan Macron

À quelques jours de la rentrée scolaire, Édouard Philippe et Gabriel Attal font de l’éducation l’un des premiers terrains de la présidentielle de 2027. Les deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron partagent un constat : niveau scolaire insuffisant, recrutement difficile, rémunération trop faible des enseignants, problèmes d’autorité, mais divergent sur les réponses à apporter. Une bataille programmatique qui les oblige aussi à se confronter à leur propre bilan au sein de la majorité depuis la présidentielle de 2017.

Le

Montreuil: Les rencontres de Montreuil pour rassembler la gauche
4min

Politique

Primaire PS/Place publique : comment va-t-elle se passer ?

Le bloc social-démocrate s’organise pour trouver son candidat à la présidentielle. Le Parti socialiste et Place publique organisent une primaire destinée à leurs adhérents et sympathisants. Ses modalités ont été longuement débattues : la question du prix de la participation ainsi que l’engagement à ne pas s’allier avec LFI aux législatives ont agité les négociateurs. L’accord trouvé doit être validé par les organes décisionnels des deux partis ce mardi soir.

Le

Capture d’écran du documentaire « Montand est à nous » d’Yves Jeuland
5min

Politique

Les « docus de l’été » : Du communisme à l’Aveu de Costa-Gavras, la vie d’Yves Montand racontée par Yves Jeuland

Fasciné depuis son enfance par la vie d’Yves Montand, dans son film Montand est à nous, Yves Jeuland nous propose un voyage dans la vie de la star française. Une forme d’inventaire affectif du réalisateur pour celui qui fut tour à tour un chanteur et un comédien engagé aux côtés du parti communiste avant d’en dénoncer les errements, dans l’un de ses rôles les plus célèbres, dans le film de Costa Gavras l’Aveu. "Montand est à nous", un documentaire d’Yves Jeuland à voir cet été sur Public Sénat.

Le