Calcul des allocations-chômage : Élisabeth Borne veut « rassurer » le Conseil d’Etat sur la conjoncture
Huit jours après la suspension par le Conseil d’Etat des nouvelles modalités de calcul de l’allocation-chômage, la ministre du Travail Élisabeth Borne était auditionnée par la commission des affaires sociales du Sénat.

Calcul des allocations-chômage : Élisabeth Borne veut « rassurer » le Conseil d’Etat sur la conjoncture

Huit jours après la suspension par le Conseil d’Etat des nouvelles modalités de calcul de l’allocation-chômage, la ministre du Travail Élisabeth Borne était auditionnée par la commission des affaires sociales du Sénat.
Public Sénat

Temps de lecture :

6 min

Publié le

C’est demain, jeudi 1er juillet, qu’aurait dû entrer en vigueur la réforme du calcul de l’allocation de retour à l’emploi, censée lutter contre les alternances trop fréquentes entre périodes d’activité et périodes de chômage. Saisi en référé par les organisations syndicales, le Conseil d’Etat en a décidé autrement et a suspendu cette disposition, d’ici son jugement sur le fond. Le juge administratif suprême avait estimé que ce point contesté du décret était « entaché d’erreur manifeste d’appréciation », au regard d’une situation économique et sanitaire incertaine. La ministre du Travail Élisabeth Borne était auditionnée ce 30 juillet devant la commission des affaires sociales sur cette question, mais aussi sur les autres volets de la réforme, maintenus.

La ministre est demeurée inflexible sur sa volonté de maintenir le projet de réforme. « L’objectif reste inchangé. Nous voulons en finir avec un système qui encourage le recours excessif aux contrats courts et qui enferment des centaines de milliers de travailleurs dans la précarité », a expliqué Élisabeth Borne. Climat des affaires, intentions d’embauche, tensions dans certains secteurs : la ministre estime qu’il faut donc « dès maintenant » faire évoluer les paramètres de l’assurance chômage. « Je constate que l’économie repart. C’est sur ce point que nous souhaitons rassurer le Conseil d’Etat. »

D’ici à ce que le Conseil d’Etat rende sa décision, les règles actuelles de calcul du salaire journalier de référence – la base de calcul de l’allocation-chômage – ont été prolongées jusqu’au 30 septembre. Or, le système actuel comporte des effets « pervers » selon la ministre, puisque le salaire journalier de référence se base sur les jours travaillés et non un revenu moyen sur une période donnée. Conséquence : les demandeurs d’emploi qui ont alterné des jours d’activité avec des jours d’inactivité seraient bien plus favorisés que ceux ayant enchaîné des jours travaillés, mais à temps partiel.

« Le montant global des droits restera inchangé », insiste la ministre

La ministre est aussi revenue, dans son propos liminaire, sur l’une des critiques majeures opposées à ce décret. « Contrairement à ce que certains répètent à l’envi, aucun demandeur d’emploi actuellement indemnisé ne verra son allocation changer ». Mais elle a toutefois indiqué que le « montant mensuel pourra être moins élevé », avec une indemnisation qui durera « plus longtemps ». « Le montant global des droits restera inchangé », a-t-elle indiqué.

Très attentive sur le sujet de l’assurance chômage, la sénatrice LR Frédérique Puissat a rappelé que l’Etat avait imposé sa copie. « La vraie difficulté, c’est la façon dont elle n’a pas été négociée avec les partenaires sociaux. On a tranché sans compromis. Ne considérez-vous pas que cette réforme non négociée est un bel exemple de ce que nous ne devrions pas reconduire pour l’avenir », a demandé la sénatrice de l’Isère. Après l’échec des syndicats, tenus à respecter une trajectoire d’économie sur trois ans, le gouvernement avait repris la main sur la réforme de l’assurance chômage.

Élisabeth Borne a admis que gouvernement et partenaires sociaux devaient prendre le temps, « en amont », pour « partager le diagnostic ». Avant d’adresser un reproche en direction des mêmes acteurs. « Dans cette réforme, j’entends peu de nos interlocuteurs se préoccuper de l’impact des paramètres de l’assurance chômage sur le marché du travail. » L’ancien ministre des Transports a pris comme exemple une modification de 2019 : la réduction de la durée minimum d’emploi – de six à quatre mois – pour ouvrir droit à l’assurance chômage. Cette modification s’est « traduite pas une augmentation des contrats de quatre mois », a-t-elle souligné.

Une « obstination déraisonnable », selon l’écologiste Raymonde Poncet Monge

Plusieurs sénatrices de gauche ont fait part de leur opposition durant l’audition au maintien de principe à une réforme du calcul des allocations. « Est-ce que vous pensez que c’est l’urgence de mener une telle réforme », est intervenue la communiste Laurence Cohen. Sa collègue écologiste Raymonde Poncet Monge a dénoncé une « obstination déraisonnable », avec la perspective d’un nouveau décret pour le 1er octobre, précédant peut-être la décision du Conseil d’Etat qui sera rendue sur le fond. « Quoique vous en disiez, cette réforme aurait conduit et va conduire à une baisse mensuelle de l’indemnisation qui sera versée », a renchéri la sénatrice socialiste Monique Lubin. « Je ne partage pas le fait qu’on ferait preuve d’obstination en voulant mener à bien cette réforme de l’assurance chômage », s’est défendue la ministre.

En revanche, il est bien une mesure qui s’appliquera dès demain, au 1er juillet : le bonus-malus touchant les cotisations chômage des employeurs, en fonction de leur intensité de recours aux contrats précaires. Un arrêté a d’ailleurs été publié au Journal officiel le 28 juin sur les secteurs d’activité concernés par le dispositif. Le premier impact sur les cotisations commencera en septembre 2022, à l’issue des 14 mois de référence qui auront précédé. Élisabeth Borne a précisé que les entreprises ayant fait l’objet de fermetures administratives durant la crise sanitaire (hôtellerie, restaurants, cafés ou encore industries du tourisme) ne seraient pas concernées par la première période d’observation.

La ministre du Travail a par ailleurs affirmé que le gouvernement travaillait « à un nouveau plan d’action de lutte contre le recours excessif aux microcontrats », dans la mission sur les contrats courts, confiée au député Jean-François Mbaye (LREM) et le sénateur Xavier Iacovelli (Territoires de Progrès).

Autre annonce : elle souhaite faire évoluer les modalités d’assurance chômage, qui a été étendue aux indépendants en 2019. « Nous travaillons avec Alain Griset [le ministre chargé des PME, ndlr] à des simplifications », a-t-elle précisé. Selon elle, un millier d’indépendants y ont eu recours.

Partager cet article

Dans la même thématique

Calcul des allocations-chômage : Élisabeth Borne veut « rassurer » le Conseil d’Etat sur la conjoncture
5min

Politique

Ingérences étrangères : « Depuis les années 2010, aucun rendez-vous électoral n’a été épargné »

A l’heure de la manipulation des algorithmes et du recours croissant à l’intelligence artificielle sur les plateformes numériques, des experts alertent le Sénat sur la multiplication d’ingérences d’origine étrangères en Europe. Avec pour objectif de déstabiliser les périodes électorales, à coups de désinformation et d‘altération de la confiance envers les institutions.

Le

Calcul des allocations-chômage : Élisabeth Borne veut « rassurer » le Conseil d’Etat sur la conjoncture
3min

Politique

« Ce sont des centaines de milliers de patients qui sont aujourd’hui en train de mourir », alerte ce médecin généraliste installé en Haute-Vienne

En France, neuf millions de personnes vivent dans un désert médical. L’augmentation de ce chiffre ne cesse d’inquiéter les professionnels de santé qui appellent le personnel politique à agir au plus vite, car derrière les statistiques se cache un véritable enjeu sanitaire. Raccourcir les parcours de formation des médecins ? Aller aux devants des patients avec des bus médicalisés ? Axel De Tarlé reçoit la sénatrice Corinne Imbert et le médecin généraliste Martial Jardel pour en débattre dans l’émission Et la Santé ça va ?.

Le

Documentaire De Gaulle, histoire d’un géant de Jean-Pierre Cottet
4min

Politique

Comment de Gaulle a construit l’image de la France dans le monde

États-Unis, Allemagne mais aussi Sénégal quand le monde apprend la démission du président de Gaulle en avril 1969, c’est une onde de choc politique. Celui qui était au pouvoir depuis 1958 avait en effet tissé des liens avec le monde entier. Construction d’une politique européenne pour se préserver notamment de l’influence de l’Amérique, décolonisation… Charles de Gaulle avait imprimé sa marque, ses opinions en matière de politique étrangère, laissant ainsi son héritage. C’est l’un des chapitres que nous propose de feuilleter le réalisateur Jean-Pierre Cottet dans le documentaire De Gaulle, histoire d’un géant diffusé sur Public Sénat.

Le