Censure partielle de la loi anticasseurs : « Un désaveu » pour le gouvernement et la droite sénatoriale ?
Le Conseil Constitutionnel a invalidé la disposition de la proposition de loi dite anticasseurs permettant aux préfets de procéder à des interdictions administratives de manifester pour des personnes présentant « une menace d’une particulière gravité ».

Censure partielle de la loi anticasseurs : « Un désaveu » pour le gouvernement et la droite sénatoriale ?

Le Conseil Constitutionnel a invalidé la disposition de la proposition de loi dite anticasseurs permettant aux préfets de procéder à des interdictions administratives de manifester pour des personnes présentant « une menace d’une particulière gravité ».
Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Quelques minutes avant la décision du Conseil Constitutionnel, la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, jugeait encore que le Parlement avait « construit un système d’équilibre, entre une mesure administrative fondée sur un certain nombre de critères et la possibilité de contester cette mesure devant le tribunal administratif ».

Comme, c’était attendu, le Conseil Constitutionnel a censuré l’article 3 de la proposition de loi anticasseurs qui donnait à l'autorité administrative le pouvoir d'interdire de manifestation toute personne présentant une « menace d'une particulière gravité pour l'ordre public » pendant une durée d’un mois maximum. Les Sages de la rue Montpensier ont considéré que cette mesure portait atteinte au « droit d’expression collective des idées et des opinions ».

Le Conseil Constitutionnel avait été saisi concomitamment par 60 députés, 60 sénateurs, et par le chef de l’État lui-même. Une saisine jugée « abracadabrantesque » par la droite sénatoriale, le mois dernier.

En effet, si le texte trouve son origine au Sénat, la disposition invalidée par le Conseil Constitutionnelle, est, elle, à mettre au crédit de la majorité LREM de l’Assemblée nationale. L’interdiction de manifester était prévue au cas par cas et sur un périmètre donné dans le texte initial du Sénat. Début mars la rapporteure LR du texte au Sénat, Catherine Troendlé émettait des « doutes » sur la constitutionnalité de l’interdiction administrative de manifester telle que sortie de l’Assemblée nationale. « Il est vrai que j’aurais préféré la version du Sénat qui me semblait détenir plus de garanties au niveau constitutionnel » reconnaissait-elle.

« Les Sages ont rayé une bonne partie de la copie de Messieurs Retailleau et Castaner »

« Cette disposition nous paraissait inconstitutionnelle et excessive. Les Sages ont rayé une bonne partie de la copie de Messieurs Retailleau et Castaner. C’est un coup d’arrêt à la frénésie sécuritaire que nous vivons en ce moment. Les manifestations de ces dernières semaines ont montré que les forces de l’ordre sont parvenues à limiter les casseurs en dehors de cette loi » se félicite, ce jeudi, le sénateur socialiste, Jérôme Durain, membre de la commission des lois.

C’est « un désaveu » pour le gouvernement et Bruno Retailleau » estimé la sénatrice écologiste, Esther Benbassa sur Twitter. Une opinion partagée par le président du groupe PS du Sénat, Patrick Kanner.

« le Conseil constitutionnel valide l’essentiel de la loi » se félicite Bruno Retailleau

C’est effectivement le président du groupe LR, Bruno Retailleau qui est à l’origine de ce texte déposé en juin 2018 après les violences du 1er mai (voir ici l’historique de cette loi). Ce soir, Bruno Retailleau préfère voir le verre à moitié plein. Il estime que « le Conseil constitutionnel valide l’essentiel de la loi anticasseurs » et s’en « félicite » même. « Le Conseil constitutionnel a rejeté la plupart des arguments des détracteurs du texte et a validé la création d’un nouveau délit de dissimulation du visage. (…) Ce nouveau délit, qui entre aujourd’hui dans notre droit, est le cœur de cette nouvelle loi » réagit-il dans un communiqué avant de souligner que « la censure du Conseil constitutionnel n’a porté que sur l’article 3, article dont les dispositions avaient été durcies par l’Assemblée nationale par rapport au texte issu du Sénat ».

 

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Censure partielle de la loi anticasseurs : « Un désaveu » pour le gouvernement et la droite sénatoriale ?
2min

Politique

PMA : « pour un projet on ne peut plus intime on ne devrait pas avoir à traverser des frontières », déplore cette lyonnaise après neuf tentatives

C’est historique. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, le nombre de décès en France a dépassé celui des naissances en 2025. Mais à rebours de cette tendance démographique, certains couples se battent pour avoir des enfants. C’est le cas d’Eugénie, originaire de Lyon, qui a été contrainte de partir à l’étranger pour bénéficier d’un parcours de PMA plus rapide. Interrogée par Quentin Calmet, elle témoignage de ses obstacles et difficultés dans l’émission Dialogue Citoyen.

Le

Paris : Vote on the 2026 budget bill at the Senate
8min

Politique

[Série 4/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : du « Sénat bashing » à « une forme d’aura » retrouvée

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Dix ans de macronisme auront finalement permis au Sénat, souvent critiqué, de redorer son blason. Rôle de contre-pouvoir renforcé avec les commissions d’enquête, travail législatif mis en lumière, hémicycle apaisé et constructif par rapport à l’Assemblée : c’est la recette qui a permis à la Haute assemblée de réaffirmer son rôle institutionnel.

Le

Censure partielle de la loi anticasseurs : « Un désaveu » pour le gouvernement et la droite sénatoriale ?
3min

Politique

« Il peut y avoir des moments festifs sans pour autant être obligé de boire » juge la sénatrice communiste Cathy Apourceau-Poly

En ce début d’année, un million de Français ont choisi de ranger leurs verres pour relever le défi du « dry january » ou « janvier sobre ». Une pause bienvenue dans un pays où l’alcool est omniprésent dans la vie sociale et reste responsable de milliers de morts chaque année. Souvent taboue et parfois accentuée par la pression sociale, l’addiction à l’alcool constitue un enjeu de santé publique majeur. Comment réduire les risques ? l’addictologue Delphine Moisan et la sénatrice communiste Cathy Apourceau-Poly sont les invitées de l’émission Et la santé ça va ? pour en débattre.

Le

francois-patriat-en-septembre-dernier-photo-sipa-jeanne-accorsini-1680805422
6min

Politique

« Adieu Fanfan » : le sénateur François Patriat, ancien socialiste, fidèle d'Emmanuel Macron est mort à l'âge de 83 ans 

Le sénateur de Côte-d’Or est décédé à l’âge de 83 ans. En 2016, François Patriat avait été parmi les premiers soutiens d’Emmanuel Macron, au moment où il se lançait dans la campagne présidentielle. Jusqu’en 2026, le Bourguignon restera l’un des plus proches soutiens du président de la République. Le dernier acte d’une très longue carrière de parlementaire entamée dans les années 80.

Le