Covid-19 : la Cour des comptes épingle le financement de la recherche
La France a trois fois moins investi dans la recherche publique que l’Allemagne pour lutter contre la pandémie. Dans leur rapport, les sages de la rue Cambon pointent des causes systémiques telles que des lourdeurs administratives et un éparpillement des initiatives et des financements.

Covid-19 : la Cour des comptes épingle le financement de la recherche

La France a trois fois moins investi dans la recherche publique que l’Allemagne pour lutter contre la pandémie. Dans leur rapport, les sages de la rue Cambon pointent des causes systémiques telles que des lourdeurs administratives et un éparpillement des initiatives et des financements.
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« En dépit des efforts particulièrement méritoires de tous les acteurs du système de recherche français, les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes », tranchent les Sages de la rue Cambon. La Cour des comptes a rendu hier les conclusions d’un « audit flash » sur le financement de la recherche publique pour lutter contre la pandémie, sur la période allant du 1er janvier 2020 au 1er mars 2021.

La France a trois fois moins investi que l’Allemagne dans la recherche

Premier constat : l’effort financier consenti en faveur de la recherche publique dans le cadre de la lutte contre la pandémie est moindre que celui de certains de nos voisins européens. La France a investi 502 millions d’euros (530 millions d’euros avec les crédits européens) quand l’Allemagne a injecté 1,5 milliard d’euros et le Royaume-Uni 1,3 milliard d’euros.

« Le regard comparatif rend plus saillantes les difficultés structurelles françaises, illustrées aux yeux de l’opinion publique par l’absence de conception d’un vaccin », commente la Cour des comptes. La comparaison des financements publics entre l’Union européenne et les Etats-Unis est elle aussi sans appel : les Américains ont versé 9,63 milliards d’euros dans la recherche contre le covid-19 quand les Européens affectaient 4,4 milliards d’euros.

Les Américains ont cependant disposé d’un outil clef avec l’agence BARDA (Biological Advanced Research and Developpment Authority), une agence fédérale chargée d’accompagner le développement de contre-mesures médicales dont le gouvernement estime avoir besoin. A la mi-mai, la commission européenne a lancé une agence similaire, ​​la plateforme European Research Area (ERA) mais ses fonds n’apparaissent pas suffisants aujourd’hui, précisait le secrétaire d’Etat chargé des Affaires européennes, Clément Beaune, devant le Sénat.

Un nombre considérable d’appels à projets

Se penchant plus en avant sur la recherche publique en France, la Cour des comptes soulève « un ensemble de difficultés systémiques qui tirent le plus souvent leur origine de l’organisation et du fonctionnement de la recherche française dans le domaine biomédical et des biotechnologies ». Ils pointent notamment « le nombre considérable des appels à projets » qui concourt à un éparpillement des initiatives et « a limité l’émergence d’une stratégie globale et lisible ». De fait, les financements se retrouvent également dispersés entre ces différents projets.

Les lourdeurs administratives ont par ailleurs freiné la réactivité de la recherche sur le covid en France. Pour illustrer ces lenteurs, la Cour des comptes prend l’exemple de la mise en place du projet CHIP-covid 19. Le dossier est soumis à l’Agence nationale de la recherche (ANR) le 27 avril 2020, il faudra attendre septembre 2020 pour que les fonds soient débloqués. Les retards s’accumulent avec le refus de l’AP-HP de livrer des échantillons d’ADN de patients covid 19. Le porteur de projet devra finalement s’adresser au Royaume-Uni pour en obtenir, ce qui reporte à la fin de l’année 2020 le début des séquençages.

Les recommandations de la Cour des comptes

Les Sages de la rue Cambon avancent trois pistes d’améliorations pour corriger ces défauts structurels. A leur sens, il faudrait revoir la gouvernance de gestion de crise en désignant un chef de file. « Une structure de pilotage unique chargée de la programmation et du lancement des appels à projets, de l’évaluation des propositions reçues et de l’attribution des moyens, pourrait être confiée à l’Inserm, avec des moyens plus adaptés », suggèrent-ils.

Il apparaît également urgent de donner priorité à la recherche fondamentale en biologie santé. « C’est en partie l’absence de financements suffisants dans certains domaines de la recherche fondamentale qui explique l’absence de thérapie disponible immédiatement ou à très court terme », estime la Cour des comptes.

En outre, la Cour appelle à assurer un continuum entre recherche académique et industrie à l’instar de l’organisation de la recherche étrangère. « L’intégration entre recherche académique et industrie peut constituer le cœur de la politique scientifique nationale. Il faut aussi renforcer le financement de la recherche fondamentale au niveau européen, en soutien aux contributions nationales, et développer au niveau international des instruments de financement pour la recherche collaborative internationale pour lutter efficacement contre les pandémies », recommande la Cour des comptes.

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