Crise de l’hôpital : le Sénat affiche son soutien aux manifestants
La commission des affaires sociales du Sénat reçoit une délégation de manifestants aujourd’hui, alors que les personnels hospitaliers sont dans la rue face aux manques criants de moyens de l’hôpital public.

Crise de l’hôpital : le Sénat affiche son soutien aux manifestants

La commission des affaires sociales du Sénat reçoit une délégation de manifestants aujourd’hui, alors que les personnels hospitaliers sont dans la rue face aux manques criants de moyens de l’hôpital public.
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L’hôpital craque. Médecins, aides-soignants, étudiants : l’hôpital public est à bout et dans la rue. Sous pression budgétaire depuis des années, le monde hospitalier demande plus de moyens. Un malaise profond qui s’exprime par la crise des urgences, qui ne reste cependant que la partie émergée de l’iceberg. Plusieurs services sont aussi en tension.

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a jusqu’ici échoué à stopper le mouvement, malgré une prime mensuelle de 100 euros versée depuis juillet et un plan de « refondation » annoncé en septembre. Les praticiens hospitaliers attendent maintenant le nouveau plan d’urgence. La ministre a promis un « plan de soutien » qui mettra l'accent sur « un meilleur investissement courant » et « la revalorisation des salaires, notamment en début de carrière ». C’est l’une des revendications, avec une hausse des effectifs et la réouverture des lits supprimés.

Les sénateurs, actuellement en plein examen du budget de la Sécurité sociale, attendent aussi ce plan. Ils n’ont pas caché leur mécontentement, alors qu’ils se retrouvent à examiner un budget de l’hôpital qui sera peut-être caduc dans quelques jours…

« Toutes ces difficultés sont la conséquence de budgets beaucoup trop serrés depuis plusieurs années »

Dans l’immédiat, la commission des affaires sociales du Sénat a décidé d’un geste fort, car rare : elle va recevoir, ce jeudi à 13 heures, une délégation de manifestants, avant que le cortège ne se lance, en début d’après-midi. « Ce n’est pas l’habitude de recevoir des gens qui manifestent » reconnaît Alain Milon, président LR de la commission. « L’objectif, c’est d’écouter, voir s’ils ont d’autres solutions et peut-être rapporter au niveau du PLFSS certaines des dispositions qu’on pourra reprendre » explique le sénateur LR du Vaucluse. « C’est un signe fort de la commission qui montre qu’elle est sensible à la situation, à la crise de l’hôpital. Elle demande au gouvernement que des moyens soient mis face à la crise » ajoute Yves Daudigny, sénateur PS de l’Aisne, ancien rapporteur de la commission des affaires sociales.

Faut-il y voir un soutien aux manifestants ? « Oui » assure Alain Milon, car « ils ont des difficultés majeures actuellement pour soigner comme il faut les patients. Toutes ces difficultés sont la conséquence de budgets beaucoup trop serrés depuis plusieurs années. Ça date d’il y a 8 ou 9 ans en arrière ». « On est en phase complètement avec les revendications. Le budget de l’hôpital est inadapté à la situation » confirme Yves Daudigny.

« Conscience partagée sur le système qui est à bout de souffle »

« Nous avons eu une très grande écoute par rapport aux difficultés rapportée, avec une conscience partagée sur le système qui est à bout de souffle, aussi bien pour les organisations que le financement. Le Sénat a conscience de l’insuffisance du projet de loi de financement de la Sécurité sociale » salue, à la sortie de l’audition, Antoine Pelissolo, chef du service de psychiatrie de l'hôpital Henri-Mondor à Créteil et membre du collectif inter-hôpitaux. Il demande « en urgence un arrêt des restrictions budgétaires, (…). C’est à peu près un milliard d’euros ou plus pour les hôpitaux publics, ce qui est intolérable ». Regardez (images de Quentin Calmet et Jonathan Dupriez) :

Antoine Pelissolo, du collectif Inter-Hôpitaux : « Avec le Sénat, il y a une conscience partagée que le système est à bout de souffle »
01:26

« Nos revendications sont très concrètes. On les porte depuis 8 mois sur les urgences et depuis 3 mois avec le collectif inter-hôpitaux » rappelle Orianne Plumet, infirmière à la Pitié-Salpêtrière et vice-présidente du collectif inter-urgences.

Une hausse du budget de l'hôpital de 4% « c'est 8 milliards d’euros supplémentaires à trouver tous les ans »

L’Ondam (Objectif national de dépenses d'assurance maladie) hospitalier est au cœur des débats. Le budget de la Sécu prévoit une augmentation de 2,1%. « On considère que le besoin naturel serait de 4,4%. On imagine que ce n’est pas possible de le porter sur une seule année » reconnaît Yves Daudigny. Pour le socialiste, « il faut déjà ramener l’Ondam hospitalier au même niveau que la médecine de ville, c’est-à-dire à 2,4%. Ça donnerait immédiatement quelques centaines de millions d’euros supplémentaires ».

« L’Ondam idéal à 4 %, ça veut dire 8 milliards d’euros supplémentaires à trouver tous les ans » avertit Alain Milon. Il faut se rappeler que la droite préconisait en 2017, avec le candidat Fillon, lors de la présidentielle, pas moins de 20 milliards d’euros d’économie sur la santé, ce qui impliquait une augmentation limitée de l’Ondam.

Pour Alain Milon, justement, « on ne peut pas reprocher au gouvernement de ne pas trouver 10 milliards d’euros de plus tous les ans. Il faut trouver des solutions. Et ça passe par l’information de la population. (…) Qu’on dise aux Français combien ça coûte et que quelque part, ils doivent payer par la CSG, leurs cotisations, les taxations. Je ne suis pas sûr qu’ils soient d’accord ».

« Les mauvaises conditions de travail ont pour conséquence un soin qui devient très rapidement de moindre qualité »

La crise des personnels de l’hôpital, ce sont aussi – et surtout peut-être – les patients qui la subissent. « Les mauvaises conditions de travail ont pour conséquence un soin qui devient, et qui est, très rapidement de moindre qualité. C’est logique » confirme le sénateur Yves Daudigny. Cela arrive « peut-être dans certains services », tempère Alain Milon. Mais « malgré la fatigue, ils savent faire. Les gouvernements successifs ont un peu trop joué sur la conscience professionnelle » pointe le sénateur du Vaucluse. Mais aujourd’hui, ça explose.

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