Le ministre de la Santé a été auditionné par la commission d’enquête du Sénat sur la situation de l’hôpital ce 24 février. Olivier Véran a évoqué un recul du nombre de lits de 2 % sur deux ans. « Certainement pas les 20 % dont on entendait parler », a-t-il démenti, en référence à l’estimation du Conseil scientifique.
Départs de soignants : Olivier Véran s’explique devant la commission d’enquête du Sénat
Le ministre de la Santé a été auditionné par la commission d’enquête du Sénat sur la situation de l’hôpital ce 24 février. Olivier Véran a évoqué un recul du nombre de lits de 2 % sur deux ans. « Certainement pas les 20 % dont on entendait parler », a-t-il démenti, en référence à l’estimation du Conseil scientifique.
La commission d’enquête sénatoriale sur la situation de l’hôpital et du système de santé est arrivée au terme de ses auditions plénières. Après deux mois d’échanges avec les acteurs du monde de la santé, les élus, ou encore la haute administration, les sénateurs ont réservé la dernière au ministre de la Santé Olivier Véran. L’une des interrogations centrales de la commission, dont la présidence est assurée par Bernard Jomier (apparenté PS) et la rédaction du rapport par Catherine Deroche (LR), se résume assez simplement. Quelle est l’ampleur du manque de soignants dans les hôpitaux ? Et comment y répondre ?
Tout était parti d’une enquête « flash » du Conseil scientifique présidé par Jean-François Delfraissy fin octobre, qui avait estimé à 20 % le nombre de lits fermés dans les établissements de santé, faute de soignants en nombre suffisant. L’estimation avait été rapidement contestée par le ministère de la Santé, qui a décidé de mener sa propre enquête auprès de 1 100 établissements. Ses résultats avaient été présentés mi-décembre..
« Les choses vont aller en s’améliorant »
Ce 24 février, Olivier Véran a répété que le recul du nombre de lits n’était « certainement pas » à ce niveau. « Nous observons une légère diminution du nombre de lits par rapport à 2019. On est à 2 %, ce qui est plus marqué en chirurgie, mais contrebalancé par un développement important de la chirurgie ambulatoire, en hausse de 8 %, et une hausse très importante de l’hospitalisation à domicile (+ 26 %). » Hors absence « liées au covid-19 », le ministre a également indiqué que l’absentéisme avait « légèrement » augmenté en 2021 par rapport à 2019, « de l’ordre d’un point » (5 % chez les médecins, 10 % chez les infirmiers, 15 % chez les aides-soignants). « Sur les mois d’octobre à novembre 2021, nous avons constaté une baisse des effectifs d’environ 1 000 équivalents temps sur le panel d’établissements. »
Pour le ministre, il ne faut voir aucune logique comptable dans cette hémorragie. « Ce n’est pas parce que vous n’avez pas des lits qui ne sont pas ouverts, qu’ils ont été intentionnellement laissés fermés par la volonté des pouvoirs publics de faire des économies », a répondu le ministre. Et de rappeler les revalorisations salariales et les investissements dans les hôpitaux mis en œuvre à partir du Ségur de la Santé, signé à l’été 2020. « Dans le contexte de crise, nous avons pu libérer des budgets, 30 milliards sur une année, quand même, ce qui n’avait jamais été fait dans notre histoire […] On a amélioré l’attractivité : les choses vont aller en s’améliorant. Mais il était largement temps. »
« Une crise de sens de leur métier » : Bernard Jomier évoque le ressenti des soignants
D’où ce paradoxe face à ce budget inédit : pourquoi les démissions ou les problèmes de recrutement se maintiennent ? « Tout le monde convient que les mesures du Ségur sont significatives, mais de fait, les soignants ne reviennent quand même pas à l’hôpital. Il y a évidemment d’autres sujets », a relevé le sénateur Bernard Jomier, encore marqué par ses discussions avec les personnels des hôpitaux de Strasbourg. Le médecin a mis l’accent sur la souffrance au travail. « Il y a un mot que vous n’avez pas prononcé : la crise de sens de leur métier […] Il y a une différence de langage entre les soignants et les institutions qui est absolument marquante […] un fossé qui est en train de se creuser », a estimé Bernard Jomier.
Un décalage que partage Olivier Véran. « Il se trouve que je suis les deux », a rappelé le ministre neurologue de profession. Il a admis que certains changements, comme des aménagements dans les hôpitaux ou les changements de gouvernance, pouvaient mettre du temps à se matérialiser. « Il y a des choses qui sont visibles tout de suite, la feuille de paye oui, et il y a des choses qui prennent un peu plus de temps. » La formation de nouveaux soignants prendra elle aussi du temps avant de se ressentir dans les services. 6 000 nouvelles places ont été ouvertes dans les instituts de formation d’infirmiers et d’aides-soignants. Quant aux formes d’organisation des équipes nées pendant la crise sanitaire, le ministre veut donner une chance à ce fonctionnement de perdurer. « Ce qui est possible en période de crise doit être possible en dehors des périodes de crise », a-t-il estimé.
Sur la « qualité de vie » au travail, le ministre a indiqué avoir lancé un « énorme chantier » en faveur des soignants, qu’il surnomme les « hussards blancs » de la République. Olivier Véran a expliqué être conscient du « sentiment de violence institutionnelle », en citant par exemple le cas des soignants rappelés à domicile pour « boucler un planning ». Ou encore les gardes à rallonge des internes. « Les gens peuvent s’épuiser. Ce sont des situations qu’on ne souhaite plus. »
Parallèlement, le ministre a précisé que des « départs différés » après les vagues violentes de la pandémie en France expliquaient en partie la situation paradoxale d’un métier désaffecté après le Ségur. Il a ajouté que la France n’était d’ailleurs pas la seule confrontée à ces difficultés. « Sommes-nous face à une situation franco-française ? Personne ne peut dire cela. »
« Je regarde sur Parcoursup : la formation la plus demandée, c’est infirmier »
Que dire de la masse d’étudiants qui abandonne avant même son entrée dans le métier ? Laurence Cohen (communiste) a insisté sur « les 30 % d’étudiants infirmiers qui ne finissent pas leurs études. » Olivier Véran a refusé de voir une crise des vocations. « Je regarde sur Parcoursup : la formation la plus demandée, c’est infirmier, 687 000 demandes. La deuxième : médecine, 660 000 personnes. » Comme les sénateurs, le ministre reconnaît que le défaut actuel de sélection avec un algorithme pose quelques problèmes. « Il faut un entretien motivationnel », a-t-il admis. « On y travaille avec Frédérique Vidal », la ministre de l’Enseignement supérieur. Olivier Véran a aussi reconnu que l’accueil des stagiaires devait être amélioré.
De la souplesse, Olivier Véran n’en imagine pas seulement pour l’organisation des équipes ou la gouvernance, mais aussi sur les formations ou les évolutions de carrière. « Je souhaite qu’on arrive à un système où il n’y aurait plus de retour à l’institut », a-t-il fait savoir, en référence à ces aides-soignantes ou infirmières qui souhaitent valoriser leurs nouvelles acquisitions de compétences et progresser professionnellement. « Dans les prochains mois, dans les prochaines années, si l’occasion nous en est donnée, c’est vraiment un axe prioritaire. »
Le ministre a également dénoncé le « corporatisme » et l’organisation « en silos » dans le monde de la santé, avant d’évoquer son ambition de créer une profession médicale intermédiaire, entre le BAC + 3 de l’infirmer et le BAC + 10 du médecin.
Interrogé sur notre antenne à l’issue de l’audition, Bernard Jomier a partagé son scepticisme sur les chiffres du ministre, affirmant que le nombre de lits fermés tournait « probablement autour de 10 % » et que le nombre total de personnels manquants pouvait atteindre « 15 000 ». Malgré le Ségur, le sénateur de Paris considère qu’il y a « des réponses qui restent au fond extrêmement technocratiques » et bien du « chemin reste à faire » sur l’amélioration des conditions de travail.
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