Face à Emmanuel Macron, les Républicains veulent jouer la carte du sérieux budgétaire
Les Républicains veulent prendre en défaut Emmanuel Macron sur les finances publiques. Hors dépenses de crise, ils l’accusent d’avoir laissé filer les dépenses ordinaires et de n’avoir entrepris aucune réforme structurelle. Un angle d’attaque tout trouvé, alors que va démarrer le marathon budgétaire.

Face à Emmanuel Macron, les Républicains veulent jouer la carte du sérieux budgétaire

Les Républicains veulent prendre en défaut Emmanuel Macron sur les finances publiques. Hors dépenses de crise, ils l’accusent d’avoir laissé filer les dépenses ordinaires et de n’avoir entrepris aucune réforme structurelle. Un angle d’attaque tout trouvé, alors que va démarrer le marathon budgétaire.
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Voilà un petit moment qu’un séminaire parlementaire des Républicains n’avait pas tourné autour du thème des finances publiques. « Le quoiqu’il en coûte, jusqu’où ? », tel était l’intitulé de la matinée de travail qui réunissait sénateurs, députés et eurodéputés au Sénat ce 23 septembre. Le moment arrive à point nommé, 24 heures à peine après la présentation du projet de loi de finances (PLF) pour 2022, le dernier budget du quinquennat.

Au lendemain d’un énième bureau politique consacré à la question sans fin du futur candidat, les parlementaires LR peaufinent leur argumentaire pour la bataille présidentielle. Pas de doute, le débat budgétaire de l’automne sera l’un des premiers théâtres d’affrontement. Le président Christian Jacob appelle ses troupes à faire preuve d’une lecture « technique », mais aussi « politique » du budget 2022. « Il y a une vraie offensive à mener, en coordination avec les deux groupes. Il faut casser cette mascarade selon laquelle le gouvernement serait un gouvernement de droite. Non, on n’aurait pas fait la même chose. » Conscients qu’Emmanuel Macron chasse sur leurs terres sur plusieurs aspects, Les Républicains veulent démontrer que le véritable sérieux budgétaire viendra d’eux. « Pointer le vrai bilan d’Emmanuel Macron, c’est aujourd’hui qu’il faut commencer à en parler », encourage Bruno Retailleau, le président des sénateurs LR.

« On ne pourra pas tomber dans la course à l’échalote »

Pris en tenailles sur ses deux bords, le parti entend dégainer la carte des finances publiques. Probablement la carte maîtresse qui lui reste. « On peut accrocher Marine Le Pen au premier tour. Il n’y a que quelques points », détaille Bruno Retailleau. Mais attention à ne pas s’aventurer sur le terrain de la démagogie, insiste-t-il. Son homologue à l’Assemblée nationale, Damien Abad, en profite pour adresser quelques rappels en direction des candidats déclarés pour porter les couleurs de la droite l’an prochain. « On ne pourra pas tomber dans la course à l’échalote », met-il en garde, alors que les principaux challengers dégainent leurs idées sur le pouvoir d’achat.

Dans la salle Clemenceau du Palais du Luxembourg, c’est haro sur le PLF, le budget de « campagne » d’Emmanuel Macron. Le député Gilles Carrez, qui a été rapporteur général de la commission des finances pendant dix ans, s’insurge contre un « budget irresponsable » et sur la « responsabilité majeure d’Emmanuel Macron à l’égard de ses successeurs. » « C’est ma réélection, quoiqu’il advienne. Nous ne pouvons pas être dans cet été d’esprit », vitupère le président du Sénat Gérard Larcher. « C’est le pire des budgets. On retombe dans une folie dépensière », ajoute Damien Abad.

Pas question pour autant de se lancer dans une attaque en règle contre tous les choix budgétaires du gouvernement. Plusieurs insistent sur l’importance de soutenir les dépenses de crise, de soutien à l’économie, ou de relance, qui ont été « nécessaires ». Tout n’est donc pas à jeter. « Caricaturer, c’est la meilleure façon de ne pas être entendu », expose Éric Woerth, le président de la commission des finances de l’Assemblée nationale. Le grand argentier de la droite insiste sur la nécessité de s’en tenir à une critique honnête. Le ton est moins virulent, sans être indulgent. Le déficit à 4,8 % du PIB en 2022 ? « Il y a du mieux. Il est réduit de moitié. Mais il est dû essentiellement à un écrasement des mesures de relance. » L’ancien ministre du Budget reproche surtout à Bercy d’avoir substitué une partie des dépenses de crise par des dépenses ordinaires, pérennes. Selon lui, elles sont en hausse de 32 milliards en 2022, un tiers de plus qu’en temps normal. « Il n’y a pas de raison, quand on a mis autant d’argent dans la relance », considère-t-il.

Le réquisitoire n’épargne pas non plus la gestion des dépenses sociales et de santé à travers le projet de loi de financement pour la sécurité sociale (PLFSS), avant même sa présentation dans quelques jours. « Ce qu’on peut en attendre ? Rien de nouveau, toujours ce déficit abyssal », résume le député Jean-Pierre Door, vice-président de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale. Pour la seule branche maladie de la Sécurité sociale, l’année 2021 devrait terminer sur un déficit plus important (31 milliards) que 2020 (30,4 milliards). Le coût total de la campagne vaccinale et des tests gratuits avoisine les dix milliards d’euros et a été intégralement financé par la Sécu. Une erreur manifeste selon le sénateur Alain Milon, qui pourrait revenir à la charge cet automne pour demander une nouvelle contribution des organismes complémentaires. « Il faut qu’on réfléchisse à la façon dont on peut financer notre système de Sécurité sociale. »

« S’il y a bien un échec de ce gouvernement, c’est de ne pas avoir avancé sur les retraites »

Globalement, c’est surtout sur l’absence de « réformes structurelles » que LR veut appuyer. Et notamment sur un certain texte emblématique qui a volé en éclats au printemps 2020. « S’il y a bien un échec de ce gouvernement, c’est de ne pas avoir avancé sur les retraites », déplore la présidente de la commission des affaires sociales au Sénat Catherine Deroche. « C’est la première législature où on n’aura rien fait sur les retraites », renchérit Gilles Carrez. La majorité sénatoriale pourrait, comme c’est son habitude depuis plusieurs exercices budgétaires, introduire une fois encore la proposition d’un recul de l’âge de la retraite dans le budget de la Sécurité sociale. « On a le mérite de la clarté sur ce sujet », fait valoir Christian Jacob, en référence à « l’âge pivot » que défendait un temps le gouvernement. Cependant, l’exécutif continue d’entretenir le flou sur ses intentions. La promesse présidentielle de supprimer 50 000 postes dans la fonction publique d’Etat fait aussi partie des angles d’attaque régulièrement mis en avant à droite.

Il sera probablement en revanche difficile pour la droite de prendre en défaut Emmanuel Macron sur la baisse des impôts. Tout en fanfare, la majorité présidentielle communique sur une baisse de 50 milliards d’euros de la pression fiscale, répartie à parts égales entre les ménages et les entreprises. LR voudrait aller encore plus loin sur certains aspects. Si le gouvernement s’est lancé dans une réduction des impôts de production (20 sur 70 milliards), les Républicains proposent de les diviser par moitié. Malgré la baisse des prélèvements obligatoires, le tableau reste encore sombre, jugent les parlementaires LR. Surtout quand ils comparent la France à ses partenaires européens. En termes de dépense publique et de déficit commercial, la France occupe la lanterne rouge dans l’Union européenne, juste derrière la Roumanie, s’alarme la sénatrice Christine Lavarde. La preuve, d’après elle, que la France reste handicapée par son déficit de compétitivité.

Le chef de la délégation LR au Parlement européen, François-Xavier Bellamy, en profite pour rappeler qu’il s’agit probablement du dernier budget où la France bénéficie encore de la suspension du pacte de stabilité et sa règle des 3 % de déficit. La majorité présidentielle rétorque, dans le même temps, que c’est elle qui avait réussi à sortir la France de la procédure pour déficit excessif en 2018.

Derrière ce ton résolument offensif et confiant à droite, certaines voix rappellent qu’il reste périlleux de débattre du périmètre de la dépense publique, dans une famille politique attachée à un Etat fort. « On ne sait pas où réduire les dépenses », pointe le sénateur Philippe Dominati. « Nous, on est prêt à baisser de combien, et à quel prix ? » Le nœud du problème est sans doute là.

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