Fin de l’anonymat sur les réseaux : Facebook, Instagram, Snapchat et TikTok ne likent pas… devant les sénateurs
Auditionnés par la mission d’information du Sénat sur le cyberharcèlement, les réseaux sociaux assurent tout faire pour lutter contre ces dérives. « A vous écouter, tout est parfait sur le papier. Mais le problème existe toujours. Le cyberharcèlement ne recule pas », pointe la présidente de la mission, la socialiste Sabine Van Heghe. Pour les sénateurs, c’est l’anonymat le problème.

Fin de l’anonymat sur les réseaux : Facebook, Instagram, Snapchat et TikTok ne likent pas… devant les sénateurs

Auditionnés par la mission d’information du Sénat sur le cyberharcèlement, les réseaux sociaux assurent tout faire pour lutter contre ces dérives. « A vous écouter, tout est parfait sur le papier. Mais le problème existe toujours. Le cyberharcèlement ne recule pas », pointe la présidente de la mission, la socialiste Sabine Van Heghe. Pour les sénateurs, c’est l’anonymat le problème.
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A les écouter, tout va bien. Ou plutôt, tout est en place pour lutter efficacement contre le harcèlement sur Internet. La mission d’information du Sénat sur le harcèlement scolaire et le cyberharcèlement a auditionné ce mercredi des représentants des réseaux sociaux : Instagram, Snapchat, TikTok. Twitter a brillé par son absence. « Je regrette très vivement que Twitter n’ait pas pu, ou pas voulu, participer à notre table ronde », a pointé du doigt Sabine Van Heghe, sénatrice PS du Pas-de-Calais et présidente de la mission.

Face à ce cyberharcèlement dont sont victimes les jeunes et les adolescents, qui « ne s’arrête pas aux portes de l’école, du collège ou du lycée, mais crée un continuum qui ignore les horaires de la vie de famille », que faire ? Surtout avec un « anonymat qui devient le terreau de toutes les lâchetés », souligne Sabine Van Heghe, alors que le procès Mila s’est déroulé cette semaine.

« Nous avons supprimé 8,8 millions de contenus sur Facebook »

« Le harcèlement constitue pour Facebook et Instagram (qui a été racheté par Facebook en 2012, ndlr) un sujet majoritaire », commence Capucine Tuffier, directrice des politiques publiques d’Instagram France.

Le réseau social explique mettre en place des « outils de lutte contre les interventions indésirables ». « Les standards de la communauté » définissent ce qui est autorisé et ce qui n’est pas. « Le harcèlement est interdit sur nos plateformes », insiste Capucine Tuffier. Elle donne deux chiffres : « Au premier trimestre 2021, sur les contenus de cyberharcèlement, nous avons supprimé 8,8 millions de contenus sur Facebook, 5,5 millions sur Instagram ».

La modération traitée par une intelligence artificielle ou des humains

Quand un contenu est signalé, le rôle de la modération est essentiel. Tous les réseaux utilisent un mélange d’intelligence artificielle et de personnes humaines. Chez Instagram, si le contenu est clairement du harcèlement, « c’est traité par l’intelligence artificielle ». Mais « il y a des contenus gris, où il y a plus de contexte. Là il faut une sensibilité un peu plus humaine », dit la responsable du réseau, qui ne précise pas dans quel pays sont les modérateurs, comme demandait la rapporteure de la mission d’information, la sénatrice Les Indépendants Colette Mélot.

Pour Snapchat, « la modération est humaine la plupart du temps, ça peut être aussi un algorithme », confirme Jean Gonié, directeur des politiques publiques de Snapchat Europe. Même chose chez TikTok, où on trouve « une modération par algorithme. Nous avons des listes d’insultes en Français. Nous les bloquons. Et ensuite, nous avons une modération humaine, de personnes qui comprennent et parlent le français » détaille Eric Garandeau, directeur des politiques publiques de TikTok France.

« L’un des gros dangers, c’est la viralité »

A bout d’un moment, la présidente s’interroge. « A vous écouter, tout est parfait sur le papier. Mais le problème existe toujours. Le cyberharcèlement ne recule pas, malgré toutes les précautions que vous prenez », fait remarquer Sabine Van Heghe (voir la vidéo ci-dessus).

Colette Mélot pointe aussi le cas des « boucles privées ». « Ce sont des interventions qui sont privées, donc nous n’y avons pas accès », répond Capucine Tuffier. « Le secret des correspondances, c’est fondamental » ajoute Jean Gonié de Snapchat. Pour lui, « l’un des gros dangers, c’est la viralité. C’est l’effet de masse ».

Les réseaux rappellent qu’on ne peut s’y inscrire avant 13 ans. C’est en fait la loi. L’âge est vérifié, assurent-ils en chœur. « On ne peut pas être trop intrusifs dans les dispositifs de vérification d’âge », reconnaît cependant Eric Garandeau de TikTok, c’est un peu le « jeu du chat et de la souris ».

« Moi, je suis menacée régulièrement par un "Momo93" », raconte la sénatrice LR Jacqueline Eustache Brinio

Après une heure d’audition, la sénatrice LR Jacqueline Eustache Brinio entend mettre les pieds dans le plat. Elle pointe la difficulté que constituent l’anonymat et les pseudos dans la lutte contre le cyberharcèlement. « Moi, je suis menacée régulièrement par un "Momo93". Ça ne m’atteint pas, car je suis adulte et je sais le gérer, mais le problème est là », raconte-t-elle (voir la vidéo ci-dessous). Et de demander :

Comment peut-on interdire les pseudos, cette espèce anonymat permanent, qui vous donne cette légèreté d’aller harceler tout le monde ?

Mais les réseaux sociaux n’y sont clairement pas favorables, pour ne pas dire hostiles. La représentante d’Instagram répond qu’il faut laisser son nom, prénom, mail et téléphone pour créer un compte. Sous-entendu, cela règle le problème. « Et le contrôle se fait s’il y a un signalement ». « Au-delà de la levée de l’anonymat, l’étape numéro 1, c’est d’abord d’éduquer », « il faut former à une éthique et un code de bonne conduite du numérique », pour Jean Gonié de Snapchat.

« La liberté de ne pas mettre forcément sa photo ou son nom fait aussi partie de la protection de la vie privée »

Plusieurs sénateurs posent à leur tour la question de l’anonymat. Micheline Jacques, sénatrice LR de Saint-Barthélémy, prend son exemple personnel. Un faux profil Facebook a été créé à son nom, avec sa photo. Ce faux compte insultait d’autres élus… La sénatrice s’est retrouvée ensuite accusée dans la presse. Se pose alors la question de la vérification de l’identité par la carte d’identité. « C’est une question assez sensible », avertit Sarah Bouchahoua, responsable des politiques publiques de Snapchat France et… ancienne collaboratrice parlementaire de la députée LREM Laetitia Avia, auteure de la loi contre les contenus haineux sur Internet. Encore plus clairement, Eric Garandeau de TikTok défend la préservation de l’anonymat. A ses yeux, il faut défendre « la liberté de pouvoir protéger sa vie privée. Et la liberté de ne pas mettre forcément sa photo ou son nom. Cela fait aussi partie de la protection de la vie privée ».

« La levée de l’anonymat, c’est un débat », botte en touche Jean Gonié. Pour lui, ce qui compte est la façon dont la plateforme a été conçue à l’origine. « Si on va plus loin que l’anonymat, il faut développer cette éthique du numérique, avec un principe un peu pollueur/payeur. On va le mettre aussi dans le numérique. Je ne veux pas accuser d’autres plateformes, mais un modèle d’affaire doit être vu et compris », « c’est là qu’est l’origine de la viralité » qui mène au harcèlement, soutient-il. Il ne cite pas Facebook, mais on y pense. Evidemment, Snapchat, sa plateforme, a toutes les vertus.

« Les plateformes ont leur responsabilité aussi »

Hussein Bourgi, sénateur PS de l’Hérault, prend la parole et pointe les « concepts creux, comme "application bienveillante et vertueuse", "application créative et récréative" et "chaîne de valeur" », ou encore la prévention qui « relève davantage du marketing ». Mais « je n’ai pas beaucoup entendu parler de votre propre responsabilité », recadre le socialiste. Sur la modération, il raille « l’intelligence artificielle, qui était certainement artificielle, et certainement pas intelligente ». Et de lancer une idée : mettre en place des « préventions de masse avec des bandeaux sur vos réseaux ».

« Les plateformes ont leur responsabilité aussi, nous en sommes tout à fait conscients, on le prend très au sérieux. Tout n’est pas parfait », finit par dire Capucine Tuffier. « Vous disiez qu’on a l’impression que tout est parfait, quand on vous écoute. Pas du tout. […] On continue à œuvrer contre le cyberharcèlement ».

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