Finances publiques : « S’il y a alerte, alors il doit y avoir action », implore le président de la Cour des comptes
Pierre Moscovici, auditionné par la commission des finances du Sénat, est venu une nouvelle fois attirer l’attention des parlementaires sur la dégradation de la situation budgétaire. Une alerte exprimée alors que débute l’examen du projet de loi en faveur du pouvoir d’achat.

Finances publiques : « S’il y a alerte, alors il doit y avoir action », implore le président de la Cour des comptes

Pierre Moscovici, auditionné par la commission des finances du Sénat, est venu une nouvelle fois attirer l’attention des parlementaires sur la dégradation de la situation budgétaire. Une alerte exprimée alors que débute l’examen du projet de loi en faveur du pouvoir d’achat.
Guillaume Jacquot

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Audition après audition, le message de gravité de la Cour des comptes se fait plus insistant. En amont de l’examen du budget rectificatif et du projet de loi en faveur du pouvoir d’achat, la commission des finances du Sénat a reçu le premier président de la Cour, Pierre Moscovici, ce 13 juillet. « Je reprends assez volontiers à mon compte – mais il faut en tirer les conséquences – le mot utilisé par le ministre de l’Economie et des Finances : nous sommes à la cote d’alerte. Et c’est un message d’alerte que je vous porte […] S’il y a alerte, alors il doit y avoir action », a-t-il recommandé.

L’ancien commissionnaire européen, qui préside par ailleurs le Haut Conseil pour les finances publiques, a notamment insisté sur le dérapage de la dette publique de 15 points en deux ans, qui atteint 112,5 % du PIB. La charge de la dette a d’ailleurs augmenté de 17 milliards d’euros cette année, sur le seul effet de l’inflation, certaines émissions de dette étant indexées sur la hausse des prix.

À lire aussi » Loi pouvoir d’achat : la droite sénatoriale ne croit pas au scénario de rétablissement des comptes vanté par Bruno Le Maire

S’il n’a pas remis en cause l’intérêt d’un soutien massif à l’économie pendant la crise sanitaire, Pierre Moscovici a cependant appelé le gouvernement à la prudence, dans les aides à la population face au renchérissement des coûts de l’énergie. « Il serait illusoire de croire qu’on peut s’installer dans un quoiqu’il en coûte systématique et perpétuel. Il ne peut pas, il ne doit y avoir de quoiqu’il en coûte inflation », a-t-il mis en garde. « Nous n’avons pas les moyens de mesures qui soient pérennes, généralisées. Il faut cibler et rendre temporaires ces mesures. » Au total, le projet de loi de finances rectificative comporte 60 milliards d’euros de dépenses supplémentaires par rapport à la loi de finance initiale de l’année, adoptée fin 2021.

Réforme des retraites : Pierre Moscovici craint « qu’il n’y ait pas en réalité d’alternative »

Les prévisions macroéconomiques du nouveau texte budgétaire amènent d’ailleurs la Cour des comptes à faire évoluer son discours. Au cours des précédents exercices, les magistrats financiers ne manquaient jamais de souligner la « prudence » des prévisions gouvernementales, régulièrement suivies de meilleures exécutions que prévu. « Là, j’ai le sentiment que l’on n’est pas dans le même cas de figure », prévoit Pierre Moscovici. Selon lui, « toutes les hypothèses » présentes dans le projet de loi – croissance, recettes, inflation – sont « toutes extraordinairement favorables ». « Notre sentiment, c’est que c’est optimiste à tous les étages. Ce n’est pas inatteignable, pas scandaleux, mais tout de même très favorable. »

Pierre Moscovici fait notamment référence à la prévision de déficit public de 5 %, chiffre qui ne risque pas d’être « le plus probable ». « Les risques sont orientés à la baisse concernant le déficit ». Le Fonds monétaire international table de son côté sur un déficit public à 5,6 %, ce qui pourrait représenter un dérapage de 15 milliards d’euros supplémentaires. Les incertitudes portent notamment « sur les recettes », insiste Pierre Moscovici.

En matière de réformes structurelles, le président de la Cour des comptes a notamment souligné que la réforme des retraites, avec un recul de l’âge effectif de départ, était « une nécessité ». « Si nous n’agissons pas à ce sujet, dans quelques années, on sera contraint d’agir sous la pression, sur un autre levier, qui est celui de la baisse des pensions. Je crains qu’il n’y ait pas en réalité d’alternative. »

Partager cet article

Dans la même thématique

Finances publiques : « S’il y a alerte, alors il doit y avoir action », implore le président de la Cour des comptes
8min

Politique

François-Xavier Bellamy : "Rétablir [des relations normales] avec le régime de Poutine serait une forme de trahison"

Au sortir d'un été marqué notamment par une intensification du conflit entre la Russie et l'Ukraine, et une crise migratoire dans l'enclave espagnole de Ceuta, François-Xavier Bellamy, vice-président des Républicains et du groupe du PPE au Parlement européen, est l'invité de Caroline de Camaret dans Ici l’Europe sur France24, LCP et Public Sénat.

Le

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027
7min

Politique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027

Les groupes engagés dans l’ancien socle commun attendent que le gouvernement sorte du bois, s’agissant des pistes pour les prochains textes budgétaires. Cette année, ils n’ont pas adressé de propositions précises au gouvernement mais des grandes orientations, laissant à Matignon le point de départ des discussions. Alors que l’équation budgétaire se complique avec le ralentissement de la croissance, les rapporteurs généraux craignent le pire dans les prochains mois.

Le

Illustration in India.
2min

Politique

Cabinet de conseils : le parquet national financier annonce une saisie de 65 millions d’euros dans l’enquête pour fraude fiscale autour de McKinsey

Le parquet national financier a annoncé vendredi la saisie, avec la justice belge, d’une somme de 65 millions d’euros dans le cadre de l’enquête pour blanchiment aggravé de fraude fiscale autour du cabinet de conseil McKinsey. L’enquête avait été ouverte en mars 2022 dans le prolongement de la commission d’enquête du Sénat sur l’influence des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017.

Le

FRA – GARCHES – HOPITAL RAYMOND-POINCARRE – PMR
6min

Politique

Fauteuils roulants, prestations sociales, école inclusive, accessibilité : quel est le bilan d’Emmanuel Macron en matière de handicap ?

Après deux quinquennats, la situation pour les personnes handicapées est mitigée. Des progrès sont là, avec le remboursement des fauteuils roulants, une hausse des aides sociales ou une présence accrue des élèves en situation de handicap à l’école. Mais les difficultés d’emploi, le manque de places dans le secteur médico-social ou des problèmes d’accessibilité rendent encore la vie des personnes handicapées difficile.

Le