Gilets jaunes : une addition salée pour les commerçants
Dans un rapport finalisé le 26 juin, un groupe du travail du Sénat a évalué les conséquences économiques des violences en marge des manifestations des gilets jaunes sur l’activité des commerces et des artisans. Il pointe également les faiblesses de l’appui de l’État.

Gilets jaunes : une addition salée pour les commerçants

Dans un rapport finalisé le 26 juin, un groupe du travail du Sénat a évalué les conséquences économiques des violences en marge des manifestations des gilets jaunes sur l’activité des commerces et des artisans. Il pointe également les faiblesses de l’appui de l’État.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Plus de six mois après le commencement du mouvement des gilets jaunes, un groupe de travail du Sénat s’intéressant aux conséquences économiques des violences commises en marge des manifestations, dresse un premier état des lieux de « l’impact économique durable » occasionné par le mouvement. Le document ne se risque pas à un chiffrage général et total, « hasardeux et prématuré » pour le moment, mais dresse une série de chiffres alarmants sur l’économie des centres-villes, déjà fragilisés par une désaffectation des consommateurs. Fin mars, Bruno Le Maire avait évalué l’impact macroéconomique à 0,2 point de PIB pour 2018 et 2019.

Le chiffre à retenir du rapport, basé sur les principales villes concernées par les manifestations, fait état d’une perte d’activité sensible pour les commerçants et artisans impactés. Celle-ci s’élève en moyenne entre 20 % et 30 % du chiffre d’affaires. Malgré des mesures de soutien, comme les ouvertures le dimanche, CCI France estime que pour les deux tiers des commerçants, la perte d’activité est irrécupérable.

Près de la moitié des boutiques dégradées sont des commerces de proximité ou des magasins d’habillement

Dans des villes comme Nantes et Rennes, la perte est même comprise entre 20 et 40 % du chiffre d’affaires. Pour le chef-lieu de la région Bretagne, 77 % des commerçants du centre-ville ont été touchés (1 521 entreprises), avec un manque à gagner global de 47 millions d’euros.

Si l’impact sur les ventes chaque samedi est de loin le plus important, il vient aussi s’ajouter aux dégâts matériels. Selon la Fédération française des assurances, le coût total des sinistres s’élève à 217 millions d’euros. Dans la capitale, plus de 500 entreprises ont été dégradées « dans les arrondissements centraux », selon la mairie de Paris. Un quart sont des commerces de proximité (opticiens, boulangeries, pharmacies), 21 % sont des entreprises du secteur de l’habillement et 20 % sont du secteur de la restauration. Le coût engendré par les mesures de protection, « uniquement à la charge des commerçants », a été également été renseigné par le groupe sénatorial pour les commerces situés sur l’avenue des Champs-Élysées : 5 000 à 35 000 euros, selon la taille de la boutique.

« Des salariés ont indiqué avoir perdu 1 000 euros par mois durant cinq mois »

Le rapport pointe également le cas emblématique de La Réunion, l’île avait été paralysée plusieurs jours. Selon la CCI, les pertes des 36 000 entreprises du département atteindraient 600 à 700 millions d’euros.

L’impact est aussi social. La baisse d’activité a eu des conséquences sur les salaires de certaines professions, à cause de la part variable de leur rémunération, liée aux résultats ou aux pourboires. « Des salariés, notamment des brasseries, ont indiqué avoir perdu 1 000 euros par mois durant cinq mois », relève le rapport. La situation « s’améliore seulement depuis le début du mois de juin ».

Plus que ces impacts immédiats et facilement identifiables par comparaison avec les exercices comptables précédents, les sénateurs alertent sur les conséquences à long terme. « Certaines de ces difficultés persistent et sont susceptibles de durer, du fait notamment d’une modification des habitudes de consommation », écrivent-ils. « Les conséquences négatives se prolongeant même après la disparition des causes qui les avaient entraînées. »

La médiatisation du mouvement à l’étranger a également un impact sur l’activité hôtelière. La sénatrice LR, Évelyne Renaud-Garabedian, rapporteure du groupe de travail – et précisons-le, directrice d’un groupe hôtelier présent à Paris notamment – a pris le pouls du secteur. La baisse du taux d’occupation des hôtels parisiens, impactés directement du fait de leur positionnement géographique, est comprise entre 5 % et 32 %, selon le Club des dirigeants de l’hôtellerie internationale et de prestige.

En dehors des commerçants, du secteur du tourisme ou de la distribution, l’impact se répand par ailleurs dans toute la chaîne économique, dans un pays dont le tissu d’entreprises est constitué à 90 % de PME. Les fournisseurs ont été « fragilisés », insiste le rapport.

Les décisions du gouvernement « éloignées des réalités du terrain »

Face à cette situation – et alors que les manifestations ne se sont pas arrêtées, même si elles ont considérablement perdu en intensité – les sénateurs jugent la réponse de l’exécutif insuffisante. Les solutions sont selon eux « éloignées des réalités du terrain » et témoignent de la « méconnaissance du phénomène ». Les mesures de report des charges sociales voire d’impôts ne font que « repousser le problème », selon eux. De même, ils pointent la complexité des aides annoncées : trop d’interlocuteurs. Les demandes du rapport se résument en trois recommandations principales : un maintien de l’ordre public, un fonds national d’indemnisation des pertes d’exploitation et une facilitation des remises de créances fiscales.

Représentants des collectivités locales, les sénateurs relèvent également que les communes et les régions ont aussi mis la main au porte-monnaie pour soutenir directement les centres-villes. Certaines régions et métropoles ont ainsi constitué des fonds d’aide, et des communes ont adopté des mesures d’exonération de droit d’occupation du domaine public (droit de terrasse, droit de place).

Partager cet article

Dans la même thématique

Gilets jaunes : une addition salée pour les commerçants
3min

Politique

« La température est montée jusqu’à 50 degrés sur la façade de l’immeuble » rappelle cette jeune mère de famille de Pantin.

Confiné pour cause de canicule dans un appartement du centre de Pantin en Seine-Saint-Denis, épuisé par les vagues de chaleur à répétition, soucieux de l’état de santé d’un jeune bébé, Marion raconte, dans ce nouvel épisode de Dialogue Citoyen, comment elle et sa famille ont décidé de quitter la région parisienne quelques jours pour s’extraire de la fournaise dans laquelle ils vivaient depuis des semaines.

Le

Gilets jaunes : une addition salée pour les commerçants
3min

Politique

L’impatience des sinistrés des incendies de l’été « Il faut accélérer les procédures » de reconstruction

L’été caniculaire a été, à bien des égards, particulièrement violent. Cinquante-trois jours de vagues de chaleur ont entraîné sécheresses, incendies et températures insupportables. Florence Van Overmeire a perdu sa maison lors des terribles incendies qui ont frappé la Gironde. Sur le plateau de Dialogue citoyen, face aux sénateurs, cette habitante de la commune du Porge a accepté de revenir sur cette épreuve et appelle à l’accélération des procédures de reconstruction.

Le

France Protests
4min

Politique

Mobilisation du 31 octobre : à quoi faut-il s’attendre ?

Le samedi 31 octobre s’annonce comme une journée sous haute tension en France. Après la mobilisation du 24 octobre qui s’est déroulée relativement dans le calme, la coordination des gilets jaunes et les organisations syndicales des lycéens et des étudiants ont appelé à « un acte III », une nouvelle journée de mobilisation sociale contre la vie chère. Face au risque « très élevé » de débordements, le ministre de l’intérieur Laurent Nuñez prévoit de mobiliser 70 000 forces de l’ordre.

Le

Paris. french socialist parti national council.
15min

Politique

« Je ne veux pas devenir un vieux con » : du mouvement lycéen à Raphaël Glucksmann, David Assouline, l’ancien trotskiste toujours dans les coulisses

Ancienne figure du mouvement étudiant contre la loi Devaquet, en 1986, David Assouline fait aujourd’hui partie de ceux qui œuvrent au succès de la campagne de Raphaël Glucksmann. Formé à l’école trotskiste, cet ancien de la LCR a rejoint le PS dans les années 90, avant de passer 19 ans comme sénateur. « Tacticien et stratège », ce natif d’une famille juive marocaine, naturalisé à l’âge de 13 ans, sait ferrailler dans l’appareil socialiste. Il met aujourd’hui son expérience au profit de Raphaël Glucksmann, prédisant une « recomposition » et « un moment de dépassement » pour le PS.

Le