« Sortir de la crise des sous-marins requerra des actes forts, plutôt que des paroles », avertit Jean-Yves Le Drian
Le ministre des Affaires étrangères a inauguré mercredi soir une série d’auditions qu’entend mener la commission sénatoriale des Affaires étrangères sur les conséquences de la crise des sous-marins entre la France et l’Australie. Il a notamment insisté sur les répercussions européennes de ce revirement stratégique.  

« Sortir de la crise des sous-marins requerra des actes forts, plutôt que des paroles », avertit Jean-Yves Le Drian

Le ministre des Affaires étrangères a inauguré mercredi soir une série d’auditions qu’entend mener la commission sénatoriale des Affaires étrangères sur les conséquences de la crise des sous-marins entre la France et l’Australie. Il a notamment insisté sur les répercussions européennes de ce revirement stratégique.  
Romain David

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« La crise que nous connaissons est grave, elle n’est pas achevée simplement parce que le dialogue est renoué. Elle va durer, en sortir requerra des actes forts plutôt que des paroles ». Auditionné mercredi soir par les sénateurs sur la crise des sous-marins, Jean-Yves Le Drian, le ministre des Affaires étrangères, n’a – une fois de plus – pas mâché ses mots pour qualifier le revirement australien après l’annonce par Canberra, le 15 septembre, de renoncer au super contrat passé en 2016 avec la France pour la vente de 12 sous-marins. « Vous dites camouflet, moi je dis trahison ! », a lancé le ministre à la commission des Affaires étrangères, qui entend mener une série d’auditions pour faire la lumière sur cette affaire. Elle pourrait d’ailleurs prochainement être investie des prérogatives d’une commission d’enquête, comme l’a réclamé le groupe socialiste.

Un coup de tonnerre

« Naval Group [qui a remporté l’appel d’offres pour la construction de ces sous-marins, ndlr] n’avait pas du tout identifié que quelque chose se passait. Nous non plus. Personne », assure Jean-Yves Le Drian, alors que les sénateurs cherchent à identifier d’éventuelles défaillances de la diplomatie et du renseignement français, qui semble être passé à côté de l’alliance que Canberra était en train de nouer avec Washington et Londres au détriment du partenaire français, pour bénéficier de sous-marins à propulsion nucléaire. Le ministre des Affaires étrangères évoque « des mois de tromperies, de faux-semblants ». Et d’ajouter : « S’il y a eu recherche d’une nouvelle donne, elle s’est développée en comité extrêmement restreint. […] Il faudrait, pour aller plus loin, que les services de renseignement français utilisent des méthodes que nous n’utilisons pas… »

Avec le nucléaire, les Australiens font un « saut dans l’inconnu »

La commission a également questionné le ministre sur les conséquences stratégiques de ce revirement. Jean-Yves Le Drian n’a pas caché son inquiétude face à cette nouvelle alliance tripartite : « AUKUS est en fait le nom d’une alliance militaire nouvelle, l’alignement sur une logique qui systématise la confrontation, voire la confrontation militaire », alerte-t-il. Il estime que le choix opéré par l’Australie équivaut à une perte de souveraineté en faveur des États-Unis, ce qui ne peut que renforcer les tensions avec la Chine dans la zone indo-pacifique. « Il y aurait beaucoup à dire sur l’abandon de souveraineté que représente l’abandon du programme Attack, et le saut dans l’inconnu que représente pour les Australiens le choix de recourir à une technologie qu’ils ne maîtrisent pas, qu’ils ne maîtriseront pas dans l’avenir et qui les met donc à la merci des évolutions de la politique américaine. »

Jean-Yves Le Drian : le choix du nucléaire, "un saut dans l’inconnu" pour les Australiens
01:59

« Nous ne pouvons pas tourner le dos à une région où se jouera 60 % du PIB mondial en 2030. »

Pour autant, la France n’a pas vocation à reculer, assure Jean-Yves Le Drian : « Dans l’indo-pacifique, nous devons poursuivre et accélérer la mise en œuvre de notre stratégie, ce sera l’un des axes forts de la présidence française du Conseil de l’Union européenne en 2022 », pointe-t-il. « Nous ne pouvons pas tourner le dos à une région où se jouera 60 % du PIB mondial en 2030. » Et de citer d’autres partenariats, notamment avec l’Inde et Singapour.

Il a également insisté sur l’importance d’une défense européenne, afin de permettre au vieux continent de faire valoir ses intérêts. « Cette crise diplomatique doit être un aiguillon de souveraineté pour les Européens », enjoint le locataire du Quai d’Orsay. « Il est urgent de renforcer l’Europe de la défense que nous construisons pas à pas depuis plusieurs années, il y va de notre sécurité et de notre souveraineté ». Toutefois, il évacue l’hypothèse d’une sortie de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), appelée de leurs vœux par plusieurs responsables politiques, notamment des membres du Rassemblement national, les communistes ou encore Jean-Luc Mélenchon. La France, estime Jean-Yves Le Drian, doit poursuivre « la mission de redéfinition fondamentale qu’elle a mise sur l’établi », référence au propos polémique d’Emmanuel Macron en novembre 2019 sur « la mort cérébrale » de l’OTAN, et la nécessité d’une redéfinition de ses enjeux stratégiques.

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