« La moitié des féminicides ont lieu en milieu rural »
Isolement géographique, précarité, recul des services publics… Les femmes résidant en milieu rural sont plus vulnérables aux violences sexistes et sexuelles. Ce jeudi, la délégation aux droits des femmes recevait les acteurs spécialisés pour dégager des pistes d’action.

« La moitié des féminicides ont lieu en milieu rural »

Isolement géographique, précarité, recul des services publics… Les femmes résidant en milieu rural sont plus vulnérables aux violences sexistes et sexuelles. Ce jeudi, la délégation aux droits des femmes recevait les acteurs spécialisés pour dégager des pistes d’action.
Public Sénat

Par Héléna Berkaoui

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

« La moitié des féminicides ont lieu en milieu rural », rappelle la cheffe du Service des droits des femmes, Hélène Furnon-Petrescu, devant la délégation aux droits des femmes du Sénat. La vulnérabilité particulière des femmes résidant en milieu rural est l’objet de la table ronde organisée par les sénatrices, ce jeudi. Une rencontre qui s’inscrit dans le cadre de l’élaboration d’un rapport sur la situation des femmes dans les territoires ruraux qui sera publié dans l’année.

L’une après l’autre, les intervenantes ont appuyé sur les spécificités des violences faites aux femmes dans ces territoires : l’isolement géographique et social, la précarité, le manque de services publics et de solutions d’hébergement, l’absence d’anonymat. Selon la Fédération nationale des centres d’information sur les droits des femmes et des familles (FNCIDFF), l’isolement social et géographique touche 73,3 % des demandes formulées par ce public. Les dispositifs existants semblent par ailleurs mal adaptés aux femmes vivant en milieu rural.

Sur le numéro d’écoute et d’orientation contre les violences faites aux femmes, le 3919, « on constate une sous-représentation des femmes vivant en milieu rural, elles représentent seulement 26 % des appels », indique la directrice générale de la Fédération nationale solidarité femmes (FNSF), Françoise Brié. « En milieu rural, la dénonciation des violences est complexe et les femmes sollicitent moins les dispositifs qui peuvent les soutenir dans leur démarche », constate-t-elle. « En ce qui concerne l’éloignement géographique par des mises en hébergement pour des femmes en très grave danger, là aussi on note que seulement 4 % des demandes proviennent d’un territoire classé en zone rural ».

En 2019, un rapport du centre Hubertine Auclert documentait les inégalités accrues entre les femmes et les hommes dans les territoires ruraux. Les femmes rencontrent des difficultés dans leur mobilité, leur accès aux soins, particulièrement concernant la santé sexuelle et reproductive, soulignent-elles. Dans le cadre des violences conjugales, ces spécificités peuvent s’illustrer par l’interdiction de prendre la voiture ou le contrôle du kilométrage par le conjoint violent.

Moins opérants dans ces territoires, les dispositifs de lutte contre les violences faites aux femmes font l’objet d’une « méconnaissance systématique chez toutes les femmes » rencontrées par l’association Les Chouettes qui agit dans la ville de Die (Drôme). Les représentants de la gendarmerie nationale pointent également les limites, notamment en termes de temps d’intervention, de certains outils comme le téléphone grand danger mis à la disposition des victimes de violences conjugales pour prévenir les féminicides.

« Le confinement a accentué les difficultés »

« Le confinement a accentué les difficultés notamment pour les couples vivant encore ensemble », rapporte la Fédération nationale des centres d’information sur les droits des femmes et des familles. « Dans la Manche en 2020, c’est une augmentation de 16 % des violences faites aux femmes par rapport à 2019 », renseigne la vice-présidente du Conseil départemental de la Manche, Anne Harel. « Les publics sont souvent des personnes âgées ou handicapées, les violences conjugales sont parfois niées ou banalisées », précise-t-elle également.

Toutes les intervenantes soulignent le manque de services de proximité et une formation inégale chez les professionnels sur les violences faites aux femmes. La coprésidente de l’association Les Chouettes à Die (Drôme) réclamant par exemple la création de brigades spécialisées « pour qu’il y ait des gendarmes formés qui ne minimisent pas les témoignages des victimes ».

Nora Husson, responsable du département suivi et exploitation statistiques de la (FNCIDFF), appelle également au développement de permanences de proximité. « La notion de confidentialité est aussi importante, il faut que ce soit des lieux pluridisciplinaires pour que ces femmes puissent y venir sans être stigmatisées », insiste-t-elle.

Représentant la gendarmerie nationale, Denis Mottier, dégage des pistes similaires pour accompagner ces femmes comme « doter tous les départements de maisons de confiance et de protection des familles ». La question de la mobilité apparaît centrale pour le gendarme, en l’absence de dispositifs suffisants, il estime que c’est à ses services d’assurer cette mission pour le moment. Des initiatives locales pourraient également servir de modèle et être généralisé comme le minibus itinérant « Nina et Simone » mis en place dans les Hauts-de-France pour aider les femmes en difficulté.

Partager cet article

Dans la même thématique

PARIS: REF 2026, Rencontre des Entrepreneurs de France 2026 du Medef – Présidentielle 2027 : Premier débat de la campagne entre sept candidats réunis par le Medef
7min

Politique

Présidentielle 2027 : quel est le dernier décompte des candidats déjà sur la ligne de départ ?

À moins de huit mois du premier tour, la course à l'Élysée prend forme. L'élection présidentielle se tiendra les 18 avril, puis le 2 mai 2027, dans un paysage politique fragmenté où les sondages placent l'extrême droite en position favorable. Sur la ligne de départ, les prétendants se bousculent déjà, chacun assurant être le mieux placé pour l'emporter. Mais cette liste reste à ce stade provisoire, aucun nom ne sera officiellement retenu avant la validation des parrainages par le Conseil constitutionnel.

Le

Carte sénatoriale 2026 candidats
2min

Politique

CARTE. Elections sénatoriales : découvrez les candidats dans votre département

Les élections sénatoriales auront lieu dimanche 27 septembre. 178 sénateurs sur 348 que compte la chambre haute, vont être élus ou réélus dans 63 départements et dans la circonscription représentant les Français établis hors de France. Découvrez les noms et les listes des candidats par départements.

Le

PARIS – GATHERING FOR RIMA HASSAN AT PARIS COURT.
3min

Politique

Rima Hassan porte plainte devant la CJR contre Laurent Nuñez pour « violation du secret de l’enquête »

Après les révélations de l’émission de France Télévisions, « Complément d’enquête », Rima Hassan porte plainte devant la Cour de Justice de la République contre le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez pour « violation du secret de l’enquête », suite à la diffusion d’une fausse information dans la presse selon laquelle une petite quantité de drogue de synthèse avait été trouvée dans le sac de l’eurodéputée LFI, lors d’une garde à vue en avril dernier.

Le

Budget 2027 : qui sera touché par les économies proposées par le gouvernement ?
7min

Politique

Budget 2027 : qui sera touché par les économies proposées par le gouvernement ?

Fonctionnaires, retraités, assurés sociaux, ministères hors sphère régalienne ou secteurs d’avenir comme l’écologie ou la recherche, familles : les textes budgétaires devraient concerner de larges pans de la société, en se basant sur les premiers éléments communiqués par le Premier ministre.

Le