Le Sénat adopte un amendement pour lutter contre le non-recours aux aides sociales
Les sénateurs ont adopté un amendement des socialistes déposé sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2021. La demande d’une aide sociale doit déclencher l’examen automatique de l’éligibilité à toutes les autres.

Le Sénat adopte un amendement pour lutter contre le non-recours aux aides sociales

Les sénateurs ont adopté un amendement des socialistes déposé sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2021. La demande d’une aide sociale doit déclencher l’examen automatique de l’éligibilité à toutes les autres.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Après avoir introduit une nouvelle expérimentation dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2021 (PLFSS), pour lutter contre les fraudes sociales, le Sénat a adopté ce 12 novembre un nouvel amendement. Cette fois, afin de garantir aux personnes qui sont éligibles à certains droits sociaux de pouvoir effectivement en bénéficier chaque fois. La chambre haute, à majorité LR et centriste, a voté en faveur de l’amendement déposé par Rachid Temal et cosigné par ses collègues du groupe socialiste, écologiste et républicain, contre l'avis du gouvernement. Selon l’objet de cette modification au projet de loi, « le fait de demander l’accès à un dispositif déclenchera automatiquement l’examen d’éligibilité aux autres et permettra d’améliorer concrètement la prise en charge des bénéficiaires ».

Le sénateur Bernard Jomier, qui a défendu l’amendement au nom de son groupe, a indiqué que cette mesure était « d’autant plus importante en ces temps de crise ». Méconnaissance des aides existantes, difficultés matérielles, complexité ou sentiment parfois de honte : les raisons qui expliquent le non-recours aux aides sociales sont nombreuses. Concernant les aides à la famille, une étude de 2018 indique qu'entre 7,5 % et 8,2 % des allocataires potentiels ne recourent pas à leurs droits. Citant des chiffres de la Drees (Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques), Bernard Jomier a indiqué que le taux de recours était même parfois « extrêmement élevé » dans la santé. Ainsi, selon des estimations de cette direction du ministère, un tiers des personnes qui pourraient prétendre à la CMU (Couverture Maladie Universelle) n’en bénéficient pas. Le taux grimperait à plus de 53 % pour le non-recours à l’aide à la complémentaire santé.

La proposition des socialistes n’a pas reçu d’avis négatif de la part du rapporteur général de la commission des affaires sociales, le sénateur Jean-Marie Vanlerenberghe (MoDem), qui a souligné que cette demande paraissait « intéressante ».

« Le rôle du Parlement est de dire : il faut que le droit soit respecté, quoiqu’il en coûte »

Si le secrétaire d'État en charge de l'Enfance et des Familles, Adrien Taquet, a fait savoir qu’il « partageait pleinement » l’objectif poursuivi, il s’est prononcé défavorablement sur l’amendement de Rachid Temal. Selon lui, il se heurterait à « un certain nombre d’impossibilités matérielles », certains organismes n’ayant pas accès à toutes les données concernant la situation particulière de chaque personne. La démarche « systématique » recherchée par l’amendement pourrait même être contrariée par des « effets de bords contreproductifs », comme l’allongement des demandes d’examen, a-t-il redouté.

Le ministre a recommandé d’en rester à la version de l’article 40 bis, introduit à l’Assemblée nationale, qui « étend les missions des organismes de Sécurité sociale à la lutte contre le non-recours ». Adrien Taquet a expliqué que ces recherches seraient automatiques, grâce à des techniques d’analyses de données (data mining) afin d’informer les personnes de leurs droits éventuels et que ces dernières puissent en faire la demande.

Le groupe socialiste a cependant indiqué que l’article introduit par les députés se donnait trois ans pour mettre en œuvre cette disposition à compter de la promulgation de la loi. Bernard Jomier a répliqué que la solution du gouvernement n’était donc pas plus satisfaisante que l’amendement Temal. « C’est un outil supplémentaire », a renchéri sa collègue Corinne Féret. Le groupe de gauche a même reçu le soutien du sénateur Les Républicains Alain Milon, ancien président de la commission des affaires sociales, qui a qualifié l’amendement de « juste », « généreux », et respectant le droit existant. « Ce n’est pas le rôle du Parlement de dire qu’on n’a pas les moyens de mettre ça en place alors que le droit existe. Le rôle du Parlement est de dire : il faut que le droit soit respecté, quoiqu’il en coûte. »

Partager cet article

Dans la même thématique

PARIS Gerald Darmanin place Vendome
4min

Politique

Affaire Lyhanna : que dit la circulaire de Gérald Darmanin de 2025 ?

Une semaine après la disparition de la jeune Lyhanna à Fleurance, Gérald Darmanin dénonce les « dysfonctionnements » de l’État dans le suivi du principal suspect, actuellement mis en examen. Le ministre de la Justice fait notamment référence à sa circulaire de politique pénale générale, envoyée en janvier 2025, où il appelait au « traitement prioritaire » des violences sur enfants. Celle-ci n’aurait pas été respectée.

Le

SoftBank CEO Masayoshi Son Meets French President Emmanuel Macron at Elysee Palace
2min

Politique

Lyhanna : Emmanuel Macron dénonce un « dysfonctionnement inacceptable », Sébastien Lecornu demande que « les conclusions de l’enquête administrative lui soient remises sous 15 jours »

Au lendemain de la découverte dans le Gers d'un corps étant probablement celui de Lyhanna, le président de la République dénonce depuis le Monténégro, un « dysfonctionnement inacceptable ». A l’issue de réunion de crise à Matignon entre Gérald Darmanin, Laurent Nunez et Sébastien Lecornu, ils « ont fait état d’éléments accablants dans la procédure, à tous les niveaux ».

Le

Le Sénat adopte un amendement pour lutter contre le non-recours aux aides sociales
3min

Politique

Loi de programmation militaire : le sénateur LR Hugues Saury appelle à des négociations en vue de la commission mixte paritaire

Interrogé sur Public Sénat, le sénateur LR Hugues Saury assume le rejet par son groupe, mardi, de l’article phare de la loi de programmation militaire. La droite espère encore arracher une rallonge supplémentaire à la hausse de 36 milliards d’euros du budget des armées inscrite dans le texte, qui file en commission mixte paritaire.

Le

Après le résultat des élections consulaires, les nouveaux équilibres qui pèseront sur les sénatoriales 2026
6min

Politique

Après le résultat des élections consulaires, les nouveaux équilibres qui pèseront sur les sénatoriales 2026

Les Français expatriés ont renouvelé leurs conseillers consulaires, et donc le corps électoral pour les sénateurs représentant nos près de deux millions de compatriotes établis hors du pays. La gauche revendique une progression, emmenée par les écologistes et les insoumis. La droite affirme progresser légèrement. Renaissance et ses alliés ressortent affaiblis du scrutin.

Le