Le sénateur de Haute-Savoie Loïc Hervé appelle la Suisse à changer de discours sur le confinement
Le sénateur centriste est confiné en Haute-Savoie, où il observe avec circonspection la situation en Suisse, voisine du département. Il appelle l’exécutif fédéral helvétique à changer de discours, et plaide en faveur de davantage de cohérence dans les politiques de santé publique des deux côtés de la frontière.

Le sénateur de Haute-Savoie Loïc Hervé appelle la Suisse à changer de discours sur le confinement

Le sénateur centriste est confiné en Haute-Savoie, où il observe avec circonspection la situation en Suisse, voisine du département. Il appelle l’exécutif fédéral helvétique à changer de discours, et plaide en faveur de davantage de cohérence dans les politiques de santé publique des deux côtés de la frontière.
Quentin Calmet

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Il y a quelques jours, Loïc Hervé a été interviewé par le journal “Le Temps”. Sur le site du grand quotidien francophone helvétique, il a lancé un appel à nos voisins : « Ce que l’on fait chez nous ne sert à rien si la Suisse ne suit pas ». Il faut dire que son département, la Haute-Savoie, est tout proche de la confédération. « Par exemple, Genève, c’est une enclave avec plus de cent kilomètres de frontière avec la France » explique-t-il. Depuis vendredi dernier, son interview a fait réagir. « D’ailleurs, l’ambassadeur de France en Suisse a essayé de m’appeler ce matin » explique-t-il avec un sourire dans la voix. « Les Suisses ont une logique d’assumer le ‘non-confinement’ » ajoute le sénateur centriste. « Le ministre de la Santé suisse a qualifié le confinement de ‘politique spectacle’. Il ne le dit plus aujourd’hui. (...) Ils vont se balader au bord du lac, se balader en montagne. »
Puis Loïc Hervé nuance : « Bon, la situation n’est plus la même. Ils sont maintenant quasiment au confinement naturellement, par discipline citoyenne mais le discours politique n’est pas le bon. Il y a un discours anti-Français, anti-Italien : mais il faut une cohérence de la politique sanitaire de tous les côtés de la frontière : vous vous rendez compte ? À partir du moment où la frontière n’est pas fermée et qu’il y a des déplacements. » 

Cette situation avec la Suisse a été évoquée lundi matin avec Gérard Larcher, qui « fait le tour des sénateurs », croit savoir l’élu centriste. « J’ai été en contact avec Amélie de Montchalin, (secrétaire d’État chargée des affaires européennes, ndlr). Le président Larcher doit parler au président de la République, ce soir. » La situation avec la Suisse fera partie des sujets de la conversation, ajoute Loïc Hervé.  

Déjà deux semaines de confinement, deux semaines à vivre quasi enfermé, à jongler entre vie quotidienne, travail et toutes les informations sur la propagation de l’épidémie. Ces deux semaines, Loïc Hervé ne les a pas vues passer. « Je ne m’ennuie pas ! » raconte-t-il au moment où nous l’appelons.  

« J’ai beaucoup d’élus au téléphone. On est extrêmement sollicité. J’essaie de diffuser aux maires les infos qu’on a eues à Paris. Faute de fibre optique à la maison, je viens à mon bureau parlementaire à Cluses pour les conférences avec le préfet, ou encore les réunions de la CNIL (Commission nationale de l'informatique et des libertés, dont il est membre en tant que sénateur, ndlr). Je dois maintenant enchaîner sur une réunion avec les collègues centristes de la commission des lois. »

Au sein de la commission des lois, justement, les travaux du comité de suivi des ordonnances commencent à s’organiser. Depuis la semaine dernière, le président de la commission au Sénat, Philippe Bas, a constitué un groupe de travail transpartisan : « On n’a pas encore commencé nos travaux. Mais ce qui va m’intéresser ce sont les questions des libertés publiques. » Une question cruciale au moment où de larges pouvoirs ont été octroyés à l’exécutif dans la lutte contre l’épidémie de Covid-19. 

Un silence se fait au téléphone. Puis le sénateur de Haute-Savoie s’exclame : « Ce qui va m’intéresser, c’est le retour à la normale : nos institutions sont au ralenti, il va y avoir une nécessité de revenir à l’état normal, mais à quel moment ? Je ne sais pas. On va vivre des semaines compliquées et à un moment donné, il va falloir déconfiner un pays, ça se passe comment ? » 
Loïc Hervé marque un autre silence et reprend : « Un déconfinement, ça dure combien de temps ? Personne n’en sait rien. Quand on voit la situation italienne, ils ont quinze jours d’avance par rapport à nous. On voit une amélioration des chiffres qui semble tendancielle mais le retour à la normale personne n’en parle, même pas Giuseppe Conte. Ils ne déconfinent pas. Cela nous renvoie donc à fin avril : qu’est-ce qu’ont fait ? Est-ce qu’on déconfine par parties du territoire ? On est devant une page blanche. » 

Une situation inédite, du « jamais vécu ». Le sénateur centriste l’a même répété à ses enfants : ils vivent un moment « historique » pour le pays. Au moment de raccrocher, il termine, plus solennel : « Tout est en train de voler en éclat, dans notre manière de voir la politique, par exemple... C’est intéressant mais c’est troublant. »

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