Législatives : « L’indépendance totale », martèle Christian Jacob qui rejette toute alliance des LR avec la majorité présidentielle
Les Républicains ne feront pas d’alliance de parti avec les composantes de l’actuelle majorité présidentielle, a répété mardi le patron des LR, Christian Jacob. Réunis en conseil stratégique, les ténors du parti ont réaffirmé leur volonté de garder un groupe indépendant à l’Assemblée nationale, malgré les velléités de rapprochement de certains élus avec le camp d’Emmanuel Macron.

Législatives : « L’indépendance totale », martèle Christian Jacob qui rejette toute alliance des LR avec la majorité présidentielle

Les Républicains ne feront pas d’alliance de parti avec les composantes de l’actuelle majorité présidentielle, a répété mardi le patron des LR, Christian Jacob. Réunis en conseil stratégique, les ténors du parti ont réaffirmé leur volonté de garder un groupe indépendant à l’Assemblée nationale, malgré les velléités de rapprochement de certains élus avec le camp d’Emmanuel Macron.
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Par Romain David ( images : Flora Sauvage et Fabien Recker)

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Resserrer les rangs autour de la ligne du parti. C’est l’image qu’ont voulu donner les principaux responsables Les Républicains mardi en début d’après-midi, au sortir d’un conseil stratégique sur les élections législatives. Un sujet à double tranchant pour la droite, qui s’interroge sur sa capacité à conserver un groupe conséquent à l’Assemblée nationale après une défaite cinglante à la présidentielle - 4,8 % des voix au premier tour de la présidentielle -, tandis que certains élus ne cachent pas leur volonté d’un rapprochement avec le camp d’Emmanuel Macron. Officiellement donc, LR s’en tient à la règle déjà définie pendant l’entre-deux-tours : pas d’alliance électorale avec la macronie.

« Nous nous engageons clairement dans un groupe parlementaire qui sera indépendant », a expliqué Christian Jacob, le patron des LR, lors d’un point presse devant le siège du parti, rue de Vaugirard. « Nous n’avons jamais été pour le blocage du Parlement comme l’extrême gauche et l’extrême droite. Nous serons force de proposition. Si des réformes vont dans le bon sens, notre groupe parlementaire saura prendre ses responsabilités et les voter, si elles n’y vont pas, nous serons dans l’opposition à ces réformes », a-t-il précisé. « Mais cela ne peut se construire que dans le cadre d’une indépendance totale, pas dans un parti unique qui ne ressemblerait à rien, et encore moins avec les extrêmes. »

>> Lire notre article : Elections législatives : 6 points pour comprendre

Tentations macronistes

Un rappel à l’ordre nécessaire alors que certains pourraient être tentés de vouloir travailler avec le président réélu, après cinq années passées dans l’opposition. Une volonté clairement assumée par un certain nombre de responsables politiques, comme le maire de Saint-Etienne Gaël Perdriau, le maire de La Baule Franck Louvrier, le député de l’Yonne Guillaume Larrivé, ou encore la sénatrice de Paris Céline Boulay-Espéronnier. Un peu plus ambigu chez d’autres, comme le maire du Touquet, Daniel Fasquelle, qui a évoqué sur Twitter, deux jours avant le second tour, sa volonté d’apporter « un soutien exigeant et attentif [à Emmanuel Macron], préalable à un rassemblement autour d’un projet ambitieux pour la France », s’attirant aussitôt les foudres du secrétaire général des LR Aurélien Pradié.

Et puis il y a le cas de Damien Abad. L’actuel président du groupe LR à l’Assemblée nationale concentre toute l’attention depuis que Le Figaro a révélé qu’il avait rencontré la semaine dernière l’ancien député Thierry Solère, aujourd’hui conseiller politique d’Emmanuel Macron, souvent présenté comme l’un des principaux artisans de la stratégie de débauchage du président de la République. Le député de l’Ain avait déjà suscité des interrogations en adressant sur Twitter ses « sincères félicitations à Emmanuel Macron » après sa victoire, lui souhaitant « cinq années de réussite ». Mardi, Damien Abad et Philippe Juvin, candidat malheureux à l’investiture du parti pour la présidentielle, se sont abstenus au moment de voter la motion réaffirmant l’indépendance du parti vis-à-vis du chef de l’Etat.

Filer à l’anglaise

Interrogé sur les ambiguïtés du patron des députés LR, Christian Jacob a semblé quelque peu embarrassé. « C’est à lui de s’en expliquer », a-t-il balayé. « Il y a une position soutenue à la quasi-unanimité du bureau politique, confirmé par le conseil stratégique, et hier en réunion de groupe parlementaire », a-t-il voulu rappeler. « La ligne est claire, elle nous rassemble. Quand, dans une famille politique, un texte rassemble près de 90 % de nos instances, on ne peut pas dire que ce soit l’éclatement ».

Au même moment, Damien Abad, profitant de la prise de parole du président des LR, s’est éclipsé du siège, évitant ainsi les questions des journalistes. (Voir la vidéo en illustration principale de ce papier, à partir de 11 secondes) Quelques minutes plus tard, même cinéma avec Daniel Fasquelle ; l’édile touquettois s’est glissé à l’extérieur du bâtiment, tandis que Nadine Morano monopolisait l’attention des micros et des caméras. (Voir la vidéo ci-dessous, à partir de 14 secondes) « Cette maison n’est pas à brader. Les Républicains ont décidé de rester un parti indépendant. Monsieur Macron, qui espère nous ramasser à la pelle et à la balayette, ne parviendra pas à son objectif », a déclaré l’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy. « Il n’y aura pas de double investiture possible, ni même de label majorité présidentielle. Que les choses soient claires et entendues. Cela n’existe pas chez nous ! », a-t-elle ajouté.

Lancement de la campagne le 7 mai

Mais dans les faits, au-delà de l’engagement que prendront les candidats investis, le parti n’aura guère les moyens de s’opposer à des ralliements post-législatives, et d’empêcher certains de ses élus de siéger au côté de LREM. « Si vous n’avez pas de candidats macroniens contre vous, cela veut dire que vous aurez fait alliance. Et là on jugera », avertit toutefois Gilles Platret, le maire de Chalon-sur-Saône. « Des débauchages, oui, il y en aura. On en prendra acte », admet Christian Jacob, qui n’a pas d’autre menace à brandir que celle de l’exclusion.

Mercredi, ce sont les sénateurs LR qui se pencheront sur la stratégie à adopter après la débâcle des présidentielles, lors d’une réunion de groupe transformée pour l’occasion « en séminaire ». Avec 145 élus, les LR sont assurés de conserver au moins jusqu’en 2023 un « camp de base » au Palais du Luxembourg, selon une formule utilisée par le chef de groupe, Bruno Retailleau. Les 577 candidats investis pour les législatives seront présentés le 7 mai lors d’un conseil national « avec les alliés centristes et UDI », ce qui marquera également le lancement de la campagne électorale. Le programme sera aussi dévoilé à cette occasion. « Nous aurons un programme complet dans tous les domaines qui concernent la vie quotidienne des Français », promet Nadine Morano.

LR ne joue peut-être pas sa survie avec ces législatives, mais certainement sa capacité à rester un parti de gouvernement et à conserver une large partie de son financement. Deux éléments qui seraient mis à mal si le parti venait à se fondre dans la macronie. « Si c’est pour disparaître… on n’a besoin de personne. On peut le faire tout seul », raillait ce mardi Roger Karoutchi, le vice-président du Sénat, à son arrivée au conseil stratégique.

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