Les coopératives, solutions pour garantir des droits aux travailleurs des plateformes numériques ?
Les sénateurs socialistes ont déposé une proposition de loi pour « rétablir » les droits des travailleurs qui exercent une activité grâce aux plateformes qui les mettent en relation avec des clients sur Internet.

Les coopératives, solutions pour garantir des droits aux travailleurs des plateformes numériques ?

Les sénateurs socialistes ont déposé une proposition de loi pour « rétablir » les droits des travailleurs qui exercent une activité grâce aux plateformes qui les mettent en relation avec des clients sur Internet.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

« Il faut aller voir Sorry we missed you », s’exclame la sénatrice socialiste Monique Lubin. Le dernier film du britannique Ken Loach, sorti cet automne, raconte les difficultés au quotidien d’un travailleur précaire, qui, après avoir enchaîné des petits boulots mal payés, fait l’acquisition d’une camionnette pour devenir livreur à son compte. En apparence, cette situation offre un sentiment de liberté. Dans la réalité, le rythme effréné des courses imposé par la société de gestion, et l’absence de protection sociale comme des congés maladie, vont progressivement menacer l’intégrité du personnage principal et de sa famille.

Il ne s’agit que d’une fiction, mais les récents accidents de coursiers à vélo en France, tout comme la faiblesse de leur rémunération, rappellent les écueils tragiques et les abus d’un écosystème qui pourrait concerner jusqu’à 200.000 travailleurs en France, suivant les estimations. « Ces plateformes sont en train de créer des sous-salariés qui n’ont aucun droit. C’est le capitalisme poussé à outrance », dénonce la sénatrice Monique Lubin.

Avec ses collègues Nadine Grelet-Certenais et Olivier Jacquin, elle a déposé une proposition de loi « visant à rétablir les droits sociaux des travailleurs numériques », qui sera débattue en séance publique au Sénat le 15 janvier. L’article unique du texte dispose que les travailleurs qui utilisent une plateforme numérique de mise en relation (fixant les tarifs et l’activité) devront être des entrepreneurs salariés ou associés d’une coopérative d’activité. Cette structure juridique permet, selon les auteurs du texte, de conjuguer une forme de souplesse et d’absence de hiérarchie, recherchée (et défendue) par beaucoup de travailleurs de ces plateformes, avec des droits sociaux.

La sénatrice Nadine Grelet-Certenais s’appuie notamment sur l’exemple de Smart, une coopérative de travailleurs autonomes revendiquant 100.000 membres répartis dans 9 États européens, qui assimile des indépendants à des salariés. Des solutions conçues pour des professions de la communication, de la livraison, ou de la programmation numérique.

« Plutôt que de déroger au Code du travail, les plateformes doivent s’adapter »

Avec l’ubérisation actuelle du marché du travail telle qu’elle est menée actuellement, Nadine Grelet-Certenais considère que l’indépendance proclamée de ces travailleurs n’est pas assurée, le rapport de force étant favorable aux plateformes grâce à la puissance de leur algorithme et applications, et défavorable aux travailleurs indépendants, isolés par définition.

Interrogés sur le risque d’une hausse des prix pour les clients, et par ricochet, d’une menace sur l’activité de ces indépendants, les socialistes signataires expliquent que le but est de « tuer le système ». Et rappellent le cas d'une requalification en contrat de travail d'un coursier indépendant il y a un an par la Cour d'appel de Paris. « Plutôt que de déroger au Code du travail, les plateformes doivent s’adapter », défend le sénateur PS Olivier Jacquin, insatisfait par les solutions du gouvernement en la matière. « Il a choisi de protéger les plateformes, et pas les salariés. » Rejeté de manière transpartisane au Sénat, l’article 20 du projet de loi d’orientation des mobilités (LOM) a donné la possibilité aux plateformes numériques d’instaurer des chartes de droits sociaux. Mais facultatives.

L’idée sous-jacente, avec cette proposition de loi, est donc également d’interpeller à nouveau le gouvernement. « On veut que ça devienne un débat de fond dans la société », résume Monique Lubin. En septembre 2019, le groupe communiste, républicain, citoyen et écologiste du Sénat avait lui aussi déposé une proposition de loi pour offrir un vrai statut une protection à ces travailleurs (relire notre article). Il devrait être examiné dans les prochains mois. « On ne préconise pas les mêmes solutions, ça ne veut pas dire qu’il n’y aura pas une convergence. On est au début d’une prise de conscience », résume la sénatrice socialiste des Landes.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris Gabriel Attal Meeting
8min

Politique

« Un an pour convaincre » : pour son premier grand meeting, Gabriel Attal mise sur « l’espoir » et joue sa différence avec Edouard Philippe

Devant 5.000 personnes réunies à Paris, Gabriel Attal a réussi sa première grande démonstration de force. Le candidat à la présidentielle entend dessiner un projet loin du « pessimisme » ambiant avec « quatre chantiers capitaux » : l’école, avec « moins de 20 élèves par classe » en primaire, les salaires, les frontières et l’intelligence artificielle, et « deux dettes à résorber », celle des finances publiques et du réchauffement climatique. Mais il n’oublie pas de se démarquer de son principal concurrent, un certain Edouard Philippe…

Le

France Vivendi Bollore
5min

Politique

Tribune anti-Bolloré :  Maxime Saada, patron de Canal + nie toute « liste noire »

Même si le président du directoire de Canal+ réfute toute « liste noir », il affirme que le groupe tiendra désormais compte de « la considération portée à Canal+ » dans ses choix de financement. Des propos qui ravivent les tensions avec une partie du monde du cinéma, mobilisée contre l’influence de Vincent Bolloré.

Le

Cour d appel et d ‘assises de Lyon
6min

Politique

Le procès « French Bukkake » aux assises : « Le but est de reconnaître toute la dimension criminelle de l’industrie pornographique », se félicite Laurence Rossignol

Le premier grand procès de l’industrie pornographique se tiendra finalement devant les assises et non devant une cour criminelle départementale. Une victoire pour la cinquantaine de victimes de la plateforme French Bukkake. La chambre d’instruction de la cour d’appel de Paris a retenu le caractère sexiste et raciste des viols, tout comme l’avait relevé le rapport de la mission d’information du Sénat sur les dérives de l’industrie pornographique remis en 2022.

Le