Les professionnels du livre dénoncent « une précarisation et une fragilité croissantes » du secteur
La crise sanitaire a mis en lumière les failles structurelles du secteur du livre. Face à la commission de la Culture du Sénat, les professionnels du livre appellent à refonder en profondeur le secteur pour améliorer durablement la situation des libraires et des écrivains. 

Les professionnels du livre dénoncent « une précarisation et une fragilité croissantes » du secteur

La crise sanitaire a mis en lumière les failles structurelles du secteur du livre. Face à la commission de la Culture du Sénat, les professionnels du livre appellent à refonder en profondeur le secteur pour améliorer durablement la situation des libraires et des écrivains. 
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Par Héléna Berkaoui

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Il y a quelques jours, le collectif Auteurs-Autrices en Action (AAA) tirait la sonnette d’alarme sur leur situation extrêmement précaire en appelant au boycott du festival d’Angoulême. Une première. « C’est le seul moyen d’action dont on dispose », expose le bédéiste Jean-Benoît Meybeck à France info.

Devant la commission de la Culture du Sénat, les professionnels du livre détaillent ce mercredi les difficultés structurelles et conjoncturelles auxquelles est confronté le secteur. « Une précarisation et une fragilité croissantes, une dégradation des revenus depuis 1979, seuls 8 % des auteurs percevant des revenus supérieurs au smic, l’obligation d’exercer une autre activité professionnelle, un constat général d’une paupérisation chez beaucoup d’auteurs », énumère Christophe Hardy, vice-président du Conseil permanent des écrivains.

« 2020 a mis en évidence les difficultés que nous rencontrons pour accéder réellement à nos droits sociaux »

La présidente du Centre national du livre (CNL), Régine Hatchondo, rapporte que, paradoxalement, « l’année 2020 a été extrêmement positive, malgré cette crise terrible, elle a remis le livre au cœur des discussions en redonnant au livre sa place d’industrie culturelle ». Après le premier confinement, l’économie du livre a connu un rebond avec + 19,6 % du 11 mai au 19 juillet par rapport à 2019. Un rebond qui ne saurait toutefois faire écran aux « fragilités structurelles » aggravées par la crise sanitaire. « La fermeture des librairies, des salons littéraires ou encore l’annulation des résidences d’écriture et des rencontres en milieu scolaire », a considérablement fragilisé le secteur.

Si les aides d’urgence, le fonds de solidarité national et les fonds sectoriels ont pu amortir le choc, « 2020 a mis en évidence un fait dénoncé depuis longtemps, les difficultés que nous rencontrons pour accéder réellement à nos droits sociaux. Le meilleur exemple de ces difficultés est celui de la jeune autrice qui voulant bénéficier du congé maternité, s’entend réclamer avec un entêtement désespérant ces derniers bulletins de salaire », explique Christophe Hardy. Contre cette « maltraitance administrative », il appelle à un « choc de sécurisation » et à une prorogation des aides d’urgence en 2021, « il faudra imaginer d’autres dispositifs de soutien et des fonds spécifiques pour les auteurs ».

Mettre les librairies et les plateformes internet sur un pied d’égalité

Grand gagnant de la crise sanitaire, Amazon a largement été ciblé par les représentants du Syndicat de la librairie française. « Actuellement, pour l’expédition d’un livre, un libraire paie entre 6 et 8 euros de frais de port alors que pour la même expédition Amazon facture 1 centime d’euros. Si le libraire répercute les frais de port réel au client, il le perd, s’il s’aligne sur Amazon, il perd de l’argent. On voit bien ici que le dumping imposé par Amazon et qui place les libraires dans une situation intenable lorsqu’elles veulent se développer », dénonce Anne Martelle.

Pour la présidente du Syndicat de la librairie française, plusieurs pistes peuvent être explorées à ce jour, comme celle « d’obliger Amazon à ne pas facturer à perte les frais d’exploitation et faire accéder les libraires à un tarif postal plus avantageux ». Rappelant que « le salaire moyen d’un libraire avec de l’expérience est de 1 600 à 1 800 euros brut » et que « la profession a perdu 1 500 emplois en dix ans, 10 % de son effectif global », Anne Martelle la suppression du rabais de 9 % accordés aux collectivités pour les achats de livres des bibliothèques. Les sénateurs en bons représentants des collectivités locales préféreraient, eux, que ce soit l’Etat qui prenne en charge le différentiel. Depuis plusieurs mois, les sénateurs tancent la ministre de la Culture jugeant le secteur bien négligé en cette période de pandémie.

(Re) voir la table ronde sur l’avenir des acteurs de la filière du livre

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