Loi Climat : les sénateurs veulent contrôler l’implantation des entrepôts Amazon
Lors de l’examen du projet de loi Climat en séance, les sénateurs ont introduit une régulation concernant l’implantation des entrepôts d’e-commerce, contre l’avis du gouvernement.

Loi Climat : les sénateurs veulent contrôler l’implantation des entrepôts Amazon

Lors de l’examen du projet de loi Climat en séance, les sénateurs ont introduit une régulation concernant l’implantation des entrepôts d’e-commerce, contre l’avis du gouvernement.
Mathilde Nutarelli

Temps de lecture :

4 min

Publié le

L’examen du projet de loi Climat se poursuit en ce lundi 28 juin, pour sa dernière journée dans l’hémicycle. Les sénateurs ont examiné un article prévoyant de réguler l’implantation de locaux commerciaux afin de lutter contre l’artificialisation des sols. Ils ont décidé d’y inscrire, contre l’avis du gouvernement, une limitation des entrepôts d’e-commerce.

Les entrepôts « mystérieusement absents du projet de loi »

L’article de départ prévoit d’interdire la construction, en artificialisant les sols, de nouvelles surfaces commerciales de plus de 10 000 mètres carrés. La ministre chargée du Logement, Emmanuelle Wargon, salue dans l’hémicycle un « article structurant », issu des propositions de la Convention citoyenne pour le climat, qui permettra de « mettre fin au modèle des grands centres commerciaux ».

Pourtant, un absent important est remarqué par les sénateurs, qu’ils soient socialistes, écologistes, communistes ou LR : les entrepôts, en particulier ceux d’e-commerce. Pour le sénateur socialiste de la Haute-Vienne Christian Redon-Sarrazy, « une fois de plus, le secteur de l’e-commerce passerait à travers les mailles du filet ». Un avis partagé par le rapporteur Jean-Baptiste Blanc (LR), pour qui les entrepôts sont « mystérieusement absents du projet de loi ».

« Le bilan économique, social et environnemental du modèle promu par les multinationales du commerce en ligne est dévastateur […]. Il va à l’encontre de l’objectif de relocalisation de notre économie. Il est destructeur pour l’emploi […], pour les droits de salariés, pour le tissu du commerce de proximité et la ruralité, pour les finances publiques et pour le climat et la biodiversité. », admoneste le sénateur écologiste d’Ille-et-Vilaine Daniel Salmon, visant directement les géants de la vente en ligne comme Amazon.

Le rapporteur introduit le contrôle des entrepôts d’e-commerce

En commission des affaires économiques, le Sénat a réécrit l’article, en remplaçant notamment la notion de surface de vente par celle d’emprise au sol, ou encore en octroyant la possibilité aux maires de soumettre un projet de moins de 1 000 m² à une autorisation d’exploitation commerciale. Cette autorisation, délivrée par la commission départementale d’aménagement commercial (CDAC), est aujourd’hui obligatoire pour la plupart des projets commerciaux de plus de 1 000 m².

En ce qui concerne les entrepôts, un amendement du rapporteur a été adopté en hémicycle afin de les inclure dans le texte. Il soumet ainsi à « autorisation d’exploitation commerciale les entrepôts principalement consacrés au commerce électronique à destination des consommateurs, lorsque leur surface de plancher est supérieure à 5 000 mètres carrés et qu’ils ne sont pas situés sur une friche ». Les sénateurs écologistes, favorables à une version plus sévère de la disposition, ont tenté en vain de supprimer la dérogation prévue en cas de construction d’un entrepôt sur une friche.
Cet ajout s’est effectué contre l’avis de la ministre, qui considère qu’il ne faut pas « confondre » régulation de l’e-commerce et lutte contre l’artificialisation des sols. « Il y a des avancées [au sujet de la régulation des entrepôts d’e-commerce] dans ce texte », argue Emmanuelle Wargon.

« Il faut stopper l’amazonisation de la France »

Mais le jeu n’est qu’en partie gagné pour les sénateurs assis à la gauche de l’hémicycle. En effet, les groupes communiste, socialiste et écologiste souhaitaient tous les trois une régulation bien plus forte des entrepôts d’e-commerce, afin de « stopper l’amazonisation de la France », selon les mots de Daniel Salmon.

Ils ont ainsi proposé des amendements cherchant à soumettre les entrepôts d’e-commerce de plus de 1 000 m² au régime de l’autorisation commerciale et à instaurer un moratoire sur la création d’entrepôts logistiques de plus de 3 000 m². Faute d’avis favorable de la part du rapporteur Jean-Baptiste Blanc, qui critique des mesures « trop restrictives », ces amendements n’ont pas été adoptés.

Loi Climat : pour Daniel Salmon, il faut stopper l'"amazonisation" de la France
01:26

Partager cet article

Dans la même thématique

Glucksmann
6min

Politique

Le sénateur Place Publique Bernard Jomier appelle à créer « un intergroupe » rassemblant les pro-Glucksmann au Sénat

« Il va y avoir un travail en commun des sénateurs qui soutiennent Raphaël Glucksmann », soutient le sénateur de Paris, après la victoire écrasante de Raphaël Glucksmann à la primaire de la gauche sociale-démocrate. Il tend notamment « la main » aux sénateurs écologistes, qu’il a rejoints. Mais du côté du groupe PS, l’initiative laisse pour l’heure plus dubitatif.

Le

Bram: Raphael Glucksmann at Les Rencontres de la Gauche
8min

Politique

Présidentielle : de quels moyens va bénéficier Raphaël Glucksmann, désormais candidat du PS, pour faire campagne ?

Officiellement investi pour la campagne présidentielle, Raphaël Glucksmann va pouvoir bénéficier de l’expertise technique et militante du Parti socialiste pour la course à l’Elysée. Du fait de son poids politique, le parti à la rose devrait également être le premier contributeur financier de sa campagne. Le Canard enchaîné évoque un plafond à 2,4 millions d’euros, loin toutefois de ce qui avait été déboursé pour Anne Hidalgo ou Benoît Hamon.

Le

Paris: Weekly session of questions to the government at the Senate
8min

Politique

Modernisation de la radio : la proposition de loi de Laurent Lafon pour assouplir la réglementation et soutenir le secteur

Déposée le 16 juin 2026 à l’initiative du sénateur Laurent Lafon, la proposition de loi relative à la modernisation de la radio sera débattue demain en séance publique. Adoptée largement par la Commission de la culture le 7 octobre 2026 et soutenue par les acteurs de la radio, la proposition de loi vise à assouplir la règlementation et favoriser le développement de la radio numérique terrestre dans un contexte de relatif déclin de la radio française.

Le

Paris Students and Police face to face
6min

Politique

Mobilisation lycéenne : le recours aux gardes à vue est-il justifié ?

Depuis le début du mouvement, 6 877 personnes ont été placées en garde à vue, dont une très grande majorité de mineurs. Une mesure de contrainte injustifiée selon plusieurs avocats, qui y voient plutôt une volonté de la part des forces de l’ordre de sanctionner les manifestants.

Le