Loi séparatisme : la droite sénatoriale veut « aller plus loin »
Mis au vote ce mardi à l’Assemblée nationale, le projet de loi confortant le respect des principes républicains arrive sous peu au Sénat. Alors que Les Républicains entendent durcir le texte, la gauche redoute que les débats se transforment en tribune présidentielle pour le chef des LR, Bruno Retailleau.

Loi séparatisme : la droite sénatoriale veut « aller plus loin »

Mis au vote ce mardi à l’Assemblée nationale, le projet de loi confortant le respect des principes républicains arrive sous peu au Sénat. Alors que Les Républicains entendent durcir le texte, la gauche redoute que les débats se transforment en tribune présidentielle pour le chef des LR, Bruno Retailleau.
Public Sénat

Par Héléna Berkaoui

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

« Séparatisme ». Le mot s’est installé de façon fulgurante dans le débat public et est à l’ordre du jour du Parlement. Mis au vote à l’Assemblée nationale ce mardi, le projet de loi contre les séparatismes - désormais intitulé loi confortant le respect des principes républicains - arrive le mois prochain au Sénat. La droite sénatoriale entend aller plus loin et la gauche craint une caricature de débat servant les visées présidentielles du chef de la majorité de droite, Bruno Retailleau.

« Je ne suis pas sûre que ce texte soit suffisant pour régler le vaste chantier qui est devant nous, sur la lutte contre l’islamisme », considère la co-rapporteure du projet loi, Jacqueline Eustache-Brinio. La sénatrice LR du Val-d’Oise, connue pour ses positions tranchées sur le sujet, l’annonce d’emblée : « Il faut s’attendre à ce que le Sénat pose d’autres objectifs que ce qui est dans la loi ». Pour la sénatrice qui juge que « des quartiers entiers sortent de la République », ce texte « ne va pas assez loin ».

Une ligne partagée par son collègue député Guillaume Peltier (LR) qui, dans la matinale de Public Sénat, indique son intention de voter contre le projet de loi du gouvernement comme « 90 % de son groupe ». Comme la présidente du Rassemblement national, ce dernier estime que la loi manque sa cible en refusant de « nommer l’ennemi ». « Quand j’entends Christophe Castaner (président du groupe LREM à l’Assemblée nationale) dire que Marine Le Pen est l’ennemie de la République… Ce sont les islamistes, les salafistes, ce sont ceux qui à Trappes s’en prennent à un professeur de la République », a-t-il affirmé.

« Le Sénat aura une vision pour essayer d’aller un peu plus loin »

Dominique Vérien, la co-rapporteure centriste du projet de loi adopte, elle, une position plus mesurée. « Le Sénat aura une vision pour essayer d’aller un peu plus loin, pas forcément beaucoup plus loin, parce que je pense que ce texte est bienvenu et nécessaire », affirme la sénatrice de l’Yonne (voir la vidéo-cidessus). A l’instar des Républicains, elle estime qu’il faut axer sur la laïcité, « notamment sur les personnels bénévoles qui ont une mission de service public comme les accompagnants scolaires ». Selon elle, « le Sénat osera faire des choses que l’Assemblée nationale n’a pas forcément osé faire ».

Dans une interview au Figaro, le sénateur LR Philippe Bas s’inscrit dans la même ligne. Pour le sénateur de la Manche, le problème de cette loi reste qu’elle ne nomme pas « la cible » : « L’islamisme, qui prétend imposer sa loi totalitaire par-dessus la loi de la République ». Philippe Bas aimerait voir inscrit dans la Constitution, le principe selon lequel « nul ne peut se prévaloir de sa religion pour obtenir qu’il soit dérogé à la règle commune ». Il plaide pour que les sanctions prévues par la loi de 1905 soient renforcées.

« La droite sénatoriale va caricaturer »

Chez les sénateurs de gauche, l’arrivée du projet de loi laisse craindre la surenchère de la droite. « Monsieur Retailleau a déjà dégainé sur le sujet, je pense qu’on va avoir une caricature de ce texte. La droite sénatoriale va caricaturer, va l’aggraver potentiellement dans une perspective qui est aussi celle de la candidature de Monsieur Retailleau (pour la présidentielle de 2022) », prédit le chef du groupe socialiste au Sénat.

Dans l’émission Audition publique lundi, Patrick Kanner annonce déjà qu’il est « fort probable » que son groupe vote contre le projet de loi confortant les principes républicains, amendé par la majorité sénatoriale. Le groupe socialiste à l’Assemblée nationale avait, lui, laissé entendre qu’il s’abstiendrait lors du vote.

La sénatrice écologiste, Esther Benbassa, redoute, elle aussi, l’œuvre de la majorité sénatoriale. « Je crains que l’on ne rende ce texte encore plus restrictif », affirme-t-elle (voir la vidéo ci-dessus). La sénatrice qui « ne croit pas que ce texte soit utile », redoute les effets pervers qu’il pourrait porter en stigmatisant les musulmans. Par ailleurs, si elle juge que des réformes sont nécessaires au sein du culte musulman, Esther Benbassa affirme « qu’on ne réforme jamais par le haut une religion, on ne peut réformer que par le bas en essayant de rassembler les différentes forces de l’islam ».

La commission des Lois a d’ores et déjà entamé une série d’auditions dans le cadre de l’examen de ce projet de loi qui devrait être débattu à la toute fin du mois mars.

Partager cet article

Dans la même thématique

ORSAY: Hopital Paris Saclay, services des   urgences adultes et pediatriques, service de neonatalogie pendant la canicule
10min

Politique

Canicule : « Ça va être terrible, on va atteindre les 10.000 morts, l’équivalent d’une guerre et on ne réagit pas », dénonce le sénateur écologiste Guillaume Gontard

Alors que le bilan de la canicule historique n’est pas connu, les attaques contre le gouvernement, venant de la gauche, du RN, mais même du bloc central, se multiplient. « La chaîne de prévision » et « la chaîne de réaction » ont « tenu », rétorque le premier ministre, Sébastien Lecornu. Mais il reconnaît une fragilité sur « la capacité de rafraîchissement des établissements de santé ». Les premières clim' devraient arriver « en fin de semaine ou début de semaine prochaine ».

Le

Loi séparatisme : la droite sénatoriale veut « aller plus loin »
5min

Politique

Loi anti fast-fashion : le Sénat adopte définitivement le texte pénalisant les produits Shein et Temu

Les sénateurs ont définitivement adopté, lundi, la proposition de loi anti fast-fashion, après un accord en commission mixte paritaire pour ne cibler que les plateformes chinoises. Les vêtements de Shein, Temu et AliExpress se verront désormais infliger une pénalité financière. Comme à l’Assemblée, la gauche s’est en partie abstenue, regrettant que le texte délaisse les dérives plus larges de l’industrie textile en Europe.

Le

Photo illustration bois de sapin pour le chauffage
6min

Politique

Climat : les forêts françaises, « puits de carbone » en danger, alerte l'ONG Canopée

Dans un rapport publié ce lundi, l'association de protection des forêts Canopée pointe la réduction de la surface des forêts françaises, puits de carbone qui compensent les émissions de CO2, et indispensables à l'objectif de neutralité carbone à horizon 2050. Une hausse des prélèvements de bois qui s'explique notamment par une hausse des usages énergétiques.

Le

FREE CHRISTOPHE GLEIZES
7min

Politique

Christophe Gleizes, 1 an en prison : « Nous réfléchissons à entrer dans une phase plus offensive de la campagne pour sa libération »

Christophe Gleizes, journaliste sportif de 37 ans, est détenu en Algérie depuis un an. Il a été condamné le 29 juin 2025 à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme » avec mandat de dépôt. Ce lundi, RSF réitère son appel à une « libération immédiate ». Thibaut Bruttin, directeur général de l’organisation qui chapeaute le comité de soutien du journaliste sportif, fait un point pour Public Sénat sur la situation.

Le