Loi séparatisme : : le Sénat dénonce le recours aux ordonnances pour la construction de logement sociaux
Dans un courrier, des sénatrices de la commission des affaires économiques demandent à l’exécutif de renoncer à plusieurs dispositions du projet de loi dit séparatisme qui habilitent le gouvernement à légiférer par ordonnances en matière de logement social.

Loi séparatisme : : le Sénat dénonce le recours aux ordonnances pour la construction de logement sociaux

Dans un courrier, des sénatrices de la commission des affaires économiques demandent à l’exécutif de renoncer à plusieurs dispositions du projet de loi dit séparatisme qui habilitent le gouvernement à légiférer par ordonnances en matière de logement social.
Public Sénat

Par Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Décidément, les jours se suivent et se ressemblent lorsqu’il s’agit d’évoquer les relations entre l’exécutif et le Sénat. Après le fâcheux épisode de la proposition de loi « Sécurité globale » (voir nos articles ici et ici), les sénateurs s’emportent contre les dispositions d’un autre texte : le projet de loi « confortant les principes républicains » dit projet de loi « séparatisme », présenté en Conseil des ministres, mercredi.

Si des arbitrages sont toujours en cours, les articles 27 et 28 de l’avant-projet de loi habilitent le gouvernement à recourir à des ordonnances pour réformer les obligations des communes en matière de construction et d’attribution des logements sociaux.

Dans un courrier commun, Sophie Primas, présidente LR de la commission des affaires économiques du Sénat, Dominique Estrosi Sassone (LR), Valérie Létard (centriste), Viviane Artigalas (PS) et Marie-Noëlle Lienemann (CRCE) dénoncent ce qu’elles considèrent être un nouveau « contournement » du Parlement, « une méthode technocratique devenue la marque de fabrique du gouvernement » selon elles.

En effet, la loi SRU (solidarité et au renouvellement urbains) votée en 2000 fixe les obligations des collectivités territoriales en matière de construction de logements sociaux jusqu’en 2025. A cette date une nouvelle loi doit, a priori, prendre la relève et fixer de nouveaux objectifs et obligations.

Réforme « sur un coin de table » de la loi SRU

« L’avant-projet de loi habilite le gouvernement à réformer par ordonnance la loi SRU. On ne peut pas faire ça comme ça sur un coin de table. La loi arrive à échéance en 2025 et elle nécessite un travail en amont avec les élus locaux avant l’examen d’un nouveau texte au Parlement qui pourrait avoir lieu après l’élection présidentielle, il n’y a pas d’urgence. Les maires sont volontaires pour construire de nouveaux logements sociaux mais ils sont entravés par des règles d’urbanisme ou des raisons financières » estime Sophie Primas.

Pour la période 2017-2019 un peu moins de 300 communes ont dû payer des pénalités majorées pour ne pas avoir respecté leurs obligations.

Si les sénatrices n’ont pas encore eu le projet de loi entre les mains, les récentes déclarations de la ministre déléguée au Logement, les laissent craindre une atteinte à la libre administration des collectivités territoriales. « Si le maire ne veut pas construire de logements sociaux, c’est le préfet qui signera les permis de construire » a prévenu Emmanuelle Wargon sur RTL estimant que la construction de 100.000 nouveaux logements par an n’était pas « assez ».

« Mon téléphone n’arrête pas de sonner. Ce sont des maires qui sont vent debout d’apprendre qu’on veut prendre leur place de façon autoritaire. Et pourtant certains sont plutôt « gouvernement friendly » confie Sophie Primas.

Dans leur courrier, les sénatrices rappellent aussi que « la loi ELAN, adoptée fin 2018, a déjà procédé à des réformes qui ne sont pas entrées en vigueur ou commencent tout juste à produire leurs effets ». « Ainsi la loi n’est pas encore pleinement appliquée qu’on la réforme déjà en catimini. »

« Il est dangereux d’amalgamer aux problèmes sécuritaires et religieux, les questions liées au logement »

Pour les élues, le véhicule législatif n’est pas non plus le bon. « Il est dangereux d’amalgamer aux problèmes sécuritaires et religieux, les questions liées au logement, qui n’en sont pas la cause unique, en escamotant le débat par l’adoption d’articles d’habilitation à légiférer par ordonnances ».

Pour toutes ces raisons, les sénatrices de la commission des affaires économiques demandent à l’exécutif de renoncer à ces deux articles. « J’ai écrit au Premier ministre il y a 10 jours. J’ai fait passer des messages à Emmanuelle Wargon, à Julien de Normandie, au président de la République par l’intermédiaire de Gérard Larcher, je n’ai pas eu de réponses. Notre dernière chance, c’était de rendre ce sujet public » explique Sophie Primas.

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Dans la même thématique

First Debate of the French Socialist Party Primary – Paris EB
6min

Politique

« Maintenant, il doit rassembler tout le monde » : les sénateurs PS attendent « des signes » d’unité de Raphaël Glucksmann

Après sa victoire écrasante à la primaire, les sénateurs PS seront « au service » de la campagne de Raphaël Glucksmann, assure leur président de groupe, Patrick Kanner, qui compte « inviter » le candidat devant le groupe. Mais plusieurs attendent qu’il montre par les actes sa volonté d’union. « Nous travaillons à un organigramme de rassemblement », assure le sénateur Alexandre Ouizille, directeur de la communication dans l'équipe de Raphaël Glucksmann.

Le

Patrick Kanner
2min

Politique

Les groupes PS, PCF et écologiste du Sénat appellent à un « cordon sanitaire » et à « ne rien céder » face au nouveau groupe RN

« Il ne peut y avoir ni ambiguïté, ni accommodement, ni complaisance : le cordon sanitaire doit se traduire par des actes », soutiennent dans un communiqué commun les groupes PS, communiste et écologiste du Sénat, face à la création du premier groupe RN/UDR de la Haute assemblée. Ils appellent à ne rien voter qui émanerait de l’extrême droite.

Le

Illustrations – SUPERMARCHE – CARREFOUR EXPRESS
4min

Politique

Cyberattaque contre des frigos connectés de supermarchés : « Des systèmes de réfrigération exposés sur Internet », alertent des experts en cybersécurité

300 magasins Intermarché/Netto, plusieurs du groupement E. Leclerc, 80 supermarchés Carrefour, 80 magasins U et une trentaine de Monoprix ont été touchés par une cyberattaque d’ampleur. Les hackers ont ciblé les systèmes de régulation frigorifique à distance du fabricant danois Danfoss. La vulnérabilité du logiciel avait pourtant déjà été repérée il y a quelques années par des experts en cybersécurité lors de différents audits.

Le

Loi séparatisme : : le Sénat dénonce le recours aux ordonnances pour la construction de logement sociaux
7min

Politique

Gel des retraites au-delà de 1280 euros : « Un effort nécessaire, pour ne pas créer de fracture générationnelle », justifie le ministre David Amiel

Le ministre des Comptes publics assure que le gouvernement n’est pas dans l’affrontement des générations, avec son projet de désindexation partielle des pensions de retraite. Il souligne qu’il laissera le choix du curseur aux parlementaires, et la possibilité d’être plus souple, le cas échéant, avec l’évolution de l’abattement fiscal dont bénéficient les retraités.

Le