Lubrizol : « Une volonté de minimiser l’ampleur de l’évènement » de la part la préfecture
Mardi, la commission d’enquête du Sénat sur l’incendie de l’usine Lubrizol et de Normandie Logistique poursuivait ses travaux par une série d’auditions. Arnaud Brennetot, maître de conférences en géographie politique à l'université de Rouen, a perçu une « volonté de minimiser l’ampleur de l’événement » du côté de la préfecture.

Lubrizol : « Une volonté de minimiser l’ampleur de l’évènement » de la part la préfecture

Mardi, la commission d’enquête du Sénat sur l’incendie de l’usine Lubrizol et de Normandie Logistique poursuivait ses travaux par une série d’auditions. Arnaud Brennetot, maître de conférences en géographie politique à l'université de Rouen, a perçu une « volonté de minimiser l’ampleur de l’événement » du côté de la préfecture.
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Après avoir auditionné le PDG de Lubrizol et effectué un déplacement à Rouen la semaine dernière, la commission du Sénat a entendu, mardi, Arnaud Brennetot, maître de conférences en géographie politique à l'université de Rouen. À une question de la rapporteure LR de la commission d’enquête, Christine Bonfanti-Dossat, sur « les manques de communication de la préfecture » les heures et les jours suivants l’incendie. « On a vu qu’il y avait un message rassurant. Mais est-ce qu’on ne peut pas dire que c’est de la langue de bois » ?

Arnaud Brennetot a bien relevé « des litotes », « des doubles négations » « qui témoignent d’une volonté de rassurer le public à bon compte. C’est-à-dire sans forcément admettre tout ce qu’on ignore à ce moment-là, et une volonté de minimiser l’ampleur de l’événement de façon à donner le sentiment que la situation est maîtrisée » a-t-il noté.

« Les services de l’État n’ont pas l’habitude d’être en contact avec le grand public »

Une « communication compliquée » qui s’explique, selon lui, par « le fait que les services de l’État n’ont pas l’habitude d’être en contact avec le grand public, les médias, en situation de crise, beaucoup moins en tout cas que les élus locaux ». « Le public, depuis les lois de décentralisation, a été habitué à avoir des justifications de la part de responsables politiques qui sont en fait des élus locaux, qui eux, ont cette aptitude à expliquer, ce qui n’est pas le cas d’un préfet ». Dans ce cas précis, il s’agit du préfet Pierre-André Durand, préfet de Normandie et de Seine-Maritime qui a reconnu devant les caméras d’Envoyé spécial avoir « un regret ». « Parce que ce que j’ai dit était techniquement exact, mais mal compris par nos concitoyens. »

« Les critères qui ont présidé la définition de ce périmètre me semblent obscurs et critiquables »

Lubrizol: Arnaud Brennetot évoque « une imprécision sur les mesures de précaution »
04:55

« J’ai eu l’intuition assez rapidement que la transparence de l’information promise par le Premier ministre n’était pas totale mais plutôt partielle » a-t-il par ailleurs relevé. Arnaud Brennetot évoque même « une imprécision sur les mesures de précaution » notamment sur « l’étendue » de la zone de pollution. « Les critères qui ont présidé la définition de ce périmètre me semblent obscurs et critiquables. Il était prévisible que le nuage allait se répandre au-delà des 12 communes définies (…) On pouvait aisément anticiper que la pluie attendue en milieu de matinée allait coucher les substances véhiculées par le nuage sur l’ensemble de la zone couverte par le panache et non uniquement sur les 12 communes concernées par l’arrêté. Les personnes pratiquant des activités à l’extérieur, jardinage, sport, chantier, cours de récréation… ont pu continuer à les mener sans aucune mise en garde » a-t-il pointé.

Atmo Normandie se défend d’avoir cherché à dissimuler l'indice de qualité de l'air de Rouen

Lubrizol: Atmo Normandie se défend d’avoir cherché à dissimuler l'indice de qualité de l'air de Rouen
05:34

Quelques minutes plus tôt, ce sont Denis Merville et Véronique Delmas, respectivement président et directrice de l’association Atmo Normandie, chargée de la surveillance de la qualité de l’air, qui ont été entendus par les parlementaires. Plus précisément, cette association est chargée de relever « la pollution de fond » mais pas nécessairement qualifiée pour mesurer la pollution relevant d’incidents ponctuels comme Lubrizol.

« Ceci dit vous avez été mis dans la boucle lors de l’incendie de Lubrizol, donc vous êtes impliqués » leur a rappelé, Nicole Bonnefoy, la rapporteure PS de la commission d’enquête.

Ce qui intéresse les sénateurs, c’est la raison pour laquelle Atmo Normandie a suspendu son l'indice de mesure de la qualité de l’air (imposé par arrêté ministériel) le 26 septembre, le jour de l'incendie et le lendemain. « La situation était trop incertaine » a argué Véronique Delmas. L'indice Atmo est calculé à partir de mesures pour quatre polluants, particules fines PM10, Ozone (O3) dioxyde d'azote (NO2) et dioxyde de soufre (SO2). « C’est un indice d’agglomération (…) le fait qu’une partie de l’agglomération soit potentiellement touchée par le panache (…) faisait que l’indice Atmo n’était pas représentatif (…) On ne savait pas exactement comment l’indice allait évoluer, l’indice Atmo étant également un indice de prévision, on n’avait aucune capacité à prévoir ce qui allait se passer » a-t-elle justifié.

Les représentants d’Atmo Normandie, chargée de la surveillance de la qualité de l'air, se sont défendus d'avoir cherché à dissimuler l'indice de qualité de l'air de Rouen pendant l'incendie de l'usine Lubrizol. « Pourquoi cet indice ne prendrait pas en compte les éléments présents dans ces fumées ? Ce choix n'a pas été toujours bien compris par la population, on vous a accusé de dissimulation », s'est interrogée Christine Bonfanti-Dossat.

Denis Merville a rappelé que l'indice est déterminé par les pouvoirs publics et « doit mesurer ces quatre polluants ». « Pour mesurer d'autres polluants, il faudrait que la réglementation change, il faudrait connaître la nature des produits qui brûlaient », a-t-il indiqué, rappelant aussi que les odeurs « n’entrent pas dans l'indice ».

« On avait mis une fenêtre pop-up qui s’affichait sur notre site internet dans laquelle on expliquait pour l’indice n’était pas diffusé (…) On a expliqué dans cette fenêtre pop-up qu’on rajoutait des éléments de surveillance renforcée qui arriveraient après coup, après des analyses en laboratoire (…) J’ai eu l’impression, pour l’avoir expliqué à la presse, que le choix était totalement compréhensible pour le public de ne pas diffuser une information qui laisserait penser qu’il n’y avait pas de problèmes sanitaires » a complété Véronique Delmas.

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