Macron en Polynésie : « Le nucléaire est surtout un malheur Français », répond Ronan Dantec
En visite en Polynésie française, le président de la République a dit son attachement au nucléaire, une « chance » pour la France. Une déclaration qui interloque autant les écologistes que la droite sénatoriale. Cette dernière dénonce un mandat marqué par une « absence de cap » sur ce dossier clivant.

Macron en Polynésie : « Le nucléaire est surtout un malheur Français », répond Ronan Dantec

En visite en Polynésie française, le président de la République a dit son attachement au nucléaire, une « chance » pour la France. Une déclaration qui interloque autant les écologistes que la droite sénatoriale. Cette dernière dénonce un mandat marqué par une « absence de cap » sur ce dossier clivant.
Public Sénat

Par la rédaction de Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

« C’est l’éloge du et en même temps », cingle le sénateur LR, Stéphane Piednoir, après avoir entendu le président de la République vanter les mérites du nucléaire. En visite en Polynésie française mardi 27 juillet, Emmanuel Macron a en effet affirmé que le nucléaire était une « chance » pour la France.

Concernant les éoliennes, le président dit vouloir adopter une politique du « cas par cas » quand Xavier Bertrand et Marine Le Pen se sont déjà emparés du sujet pour dire tout le mal qu’ils en pensaient. A moins d’un de la présidentielle, les propos du président de la République sur le nucléaire passent assez mal au Sénat, chez la droite comme chez les écologistes.

Membre de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), Stéphane Piednoir rappelle que l’Etat a choisi d’abandonner le projet Astrid et donc le déploiement de réacteurs de quatrième génération en 2019. Un rapport de l’OPECST, remis le 21 juillet dernier, évalue justement les conséquences de cet abandon (lire notre article).

Nucléaire : « On a besoin de décisions »

L’arrêt de ce programme, sans concertation ni consultation du Parlement, demeure peu compréhensible pour le sénateur LR de Maine-et-Loire. « Je peux accepter que l’on remplace un programme mais que l’on nous dise par quoi on le remplace. Cela fait deux ans que l’on procrastine alors qu’on a besoin de décisions », souffle Stéphane Piednoir.

« Au cours de son mandat, il n’est pas non plus revenu sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), sauf pour reporter de dix ans la réduction de la part du nucléaire dans la production d’électricité », pointe-t-il. La France s’était en effet engagée à ramener la part de nucléaire à 50 % en 2025, puis à 2035, « l’an dernier, le nucléaire représentait 70 % de la production d’électricité, cet objectif est complètement irréaliste ».

Si le sénateur LR partage les convictions du chef de l’Etat sur le nucléaire, il juge durement sa politique : « une espèce de tambouille où il cherche à ne froisser personne » et où il finit surtout par ne contenter personne.

« Le nucléaire est une aberration économique »

De l’autre côté de l’hémicycle, l’écologiste Ronan Dantec a reçu tout aussi fraîchement cette déclaration. « Le nucléaire est surtout un malheur Français », tance le sénateur de Loire-Atlantique. Lui juge que cette énergie « affaiblit la France depuis 70 ans » en réduisant les parts d’investissements dans d’autres secteurs.

Ronan Dantec dénonce « une aberration économique : le nucléaire coûte plus cher l’éolien offshore ou le photovoltaïque ». « Il faut que les Français comprennent que si on continue comme ça, ils paieront leurs factures plus chères demain », insiste le sénateur écologiste. Si le débat patine, c’est que « dès qu’on parle de nucléaire, on touche à tabou français ».

Le sénateur dénonce également « un véritable lobby à la tête de l’Etat », en prenant l’exemple de l’ancien Premier ministre, Édouard Philippe, qui durant trois ans a été directeur des Affaires publiques d’un fleuron français du nucléaire : Areva.

« On est les derniers au monde à faire ça. Les Allemands sont en train de réussir leur pari de sortie du nucléaire et du charbon par un choix de production décentralisée en drainant l’épargne locale et renouvelable, nous, on assèche l’épargne publique », se désespère le sénateur écologiste.

Le président de la République a choisi de faire cette déclaration sur un territoire pourtant meurtri par le nucléaire. De 1966 à 1996, le gouvernement français a réalisé pas moins de 193 essais nucléaires dans les eaux polynésiennes. En mars dernier, le média d’investigation Disclose révélait l’existence d’un rapport établissant pour la première fois l’existence d’un « cluster de cancers de la thyroïde » liés aux essais nucléaires français. Sans présenter d’excuses, Emmanuel Macron a reconnu « une dette » et affirmé que les victimes de ces essais devaient être mieux indemnisées.

Partager cet article

Dans la même thématique

Macron en Polynésie : « Le nucléaire est surtout un malheur Français », répond Ronan Dantec
2min

Politique

PMA : « pour un projet on ne peut plus intime on ne devrait pas avoir à traverser des frontières », déplore cette lyonnaise après neuf tentatives

C’est historique. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, le nombre de décès en France a dépassé celui des naissances en 2025. Mais à rebours de cette tendance démographique, certains couples se battent pour avoir des enfants. C’est le cas d’Eugénie, originaire de Lyon, qui a été contrainte de partir à l’étranger pour bénéficier d’un parcours de PMA plus rapide. Interrogée par Quentin Calmet, elle témoignage de ses obstacles et difficultés dans l’émission Dialogue Citoyen.

Le

Paris : Vote on the 2026 budget bill at the Senate
8min

Politique

[Série 4/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : du « Sénat bashing » à « une forme d’aura » retrouvée

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Dix ans de macronisme auront finalement permis au Sénat, souvent critiqué, de redorer son blason. Rôle de contre-pouvoir renforcé avec les commissions d’enquête, travail législatif mis en lumière, hémicycle apaisé et constructif par rapport à l’Assemblée : c’est la recette qui a permis à la Haute assemblée de réaffirmer son rôle institutionnel.

Le

Macron en Polynésie : « Le nucléaire est surtout un malheur Français », répond Ronan Dantec
3min

Politique

« Il peut y avoir des moments festifs sans pour autant être obligé de boire » juge la sénatrice communiste Cathy Apourceau-Poly

En ce début d’année, un million de Français ont choisi de ranger leurs verres pour relever le défi du « dry january » ou « janvier sobre ». Une pause bienvenue dans un pays où l’alcool est omniprésent dans la vie sociale et reste responsable de milliers de morts chaque année. Souvent taboue et parfois accentuée par la pression sociale, l’addiction à l’alcool constitue un enjeu de santé publique majeur. Comment réduire les risques ? l’addictologue Delphine Moisan et la sénatrice communiste Cathy Apourceau-Poly sont les invitées de l’émission Et la santé ça va ? pour en débattre.

Le

francois-patriat-en-septembre-dernier-photo-sipa-jeanne-accorsini-1680805422
6min

Politique

« Adieu Fanfan » : le sénateur François Patriat, ancien socialiste, fidèle d'Emmanuel Macron est mort à l'âge de 83 ans 

Le sénateur de Côte-d’Or est décédé à l’âge de 83 ans. En 2016, François Patriat avait été parmi les premiers soutiens d’Emmanuel Macron, au moment où il se lançait dans la campagne présidentielle. Jusqu’en 2026, le Bourguignon restera l’un des plus proches soutiens du président de la République. Le dernier acte d’une très longue carrière de parlementaire entamée dans les années 80.

Le