Maltraitance animale : le texte arrive au Sénat
La proposition de loi pour renforcer la lutte contre la maltraitance animale a été adoptée après plusieurs modifications par la commission des affaires économiques du Sénat. 226 amendements ont été déposés sur ce texte, voté en début d’année par l’Assemblée nationale. Les sénateurs ont notamment annulé l’interdiction de la vente de chats et chiens en animalerie, et prônent un meilleur encadrement.

Maltraitance animale : le texte arrive au Sénat

La proposition de loi pour renforcer la lutte contre la maltraitance animale a été adoptée après plusieurs modifications par la commission des affaires économiques du Sénat. 226 amendements ont été déposés sur ce texte, voté en début d’année par l’Assemblée nationale. Les sénateurs ont notamment annulé l’interdiction de la vente de chats et chiens en animalerie, et prônent un meilleur encadrement.
Romain David

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

La commission des affaires économiques du Sénat a adopté mercredi la proposition de loi en faveur de la lutte contre la maltraitance animale, votée le 29 janvier par l’Assemblée nationale, en modifiant certaines de ses principales mesures. Ce texte sera discuté et voté en séance publique par la chambre Haute le 30 septembre et le 1er octobre. Il prévoit un ensemble de dispositions concernant aussi bien les animaux domestiques que les animaux sauvages maintenus en détention, souvent à des fins de divertissement.

Si les sénateurs saluent dans un communiqué la plupart des mesures déjà adoptées par le Palais Bourbon, ils se montrent soucieux de corriger certains « effets de bords ». Ils ont notamment fait sauter deux mesures phares : la fin des delphinariums et l’interdiction de la vente de chats et chiens en animalerie. La commission pointe notamment un risque de distension du lien « entre animaux et humains ». « C’est pourquoi nous avons renommé ce texte : proposition de loi visant à renforcer les liens entre humains et animaux. »

Animaux sauvages et spectacles : les sénateurs ménagent les delphinariums et les cirques

Mesure clef du texte adopté en janvier, faisant suite aux demandes répétées des associations : l’interdiction progressive de l’acquisition, de la détention et de la reproduction d’animaux sauvages dans les delphinariums et les cirques itinérants. Ainsi que la pratique dite des montreurs d’ours et de loups. « La logique de prohibition n’a jamais fonctionné : plutôt que de fermer les circuits légaux de vente ou d’interdire la détention de la faune sauvage dans les cirques et les delphinariums, nous avons préféré des réglementations et des contrôles plus exigeants » ; explique la sénatrice LR Anne Chain‑Larché, rapporteure du projet de loi. La commission a donc maintenu l’activité des delphinariums, et propose l’instauration d’un conseil spécialisé offrant une expertise scientifique sur le sujet. Concernant les cirques, la détention d’animaux sauvages est elle aussi en partie maintenue, mais les contrôles seront renforcés. La commission propose également la mise en place d’une liste d’animaux autorisés.

La proposition de loi contient une série de mesures sur les équidés, dont l’interdiction des manèges à poneys. Les sénateurs ont réécrit cet alinéa afin qu’il n’impacte pas les carrousels, c’est-à-dire les spectacles équestres, et les promenades à poney « qui ont une dimension pédagogique que les manèges à poneys n’ont pas », fait valoir l’amendement.

Prévention des abandons : privilégier des partenariats avec les animaleries

Concernant les animaux domestiques, le texte cherche essentiellement à limiter les abandons. La version votée au Palais Bourbon présentait une mesure substantielle : l’interdiction de la vente de chiots, de chatons et de lapins en animalerie à partir de 2024 pour la réserver aux seuls éleveurs professionnels. L’objectif étant de prévenir les achats non réfléchis tout en favorisant les adoptions en refuge. Mais les sénateurs ont fait sauter cette interdiction, réclamant plutôt un meilleur encadrement et davantage de contrôles. Ils proposent également d’établir un cadre juridique de partenariats entre animaleries et refuges.

Le texte renforce les sanctions contre les abandons : 5 ans de prison et 75 000 euros d’amende, contre 2 ans de prison et 30 000 euros d’amende dans la législation actuelle. Les sénateurs ont toutefois refusé d’imposer aux maires une obligation de capture, d’identification et de stérilisation des chats errant sur leur commune. Les sanctions contre les actes de cruauté sont également renforcées. Elles passent à 3 ans de prison et 45 000 euros d’amende (au lieu de 2 ans de prison et 30 000 euros d’amende) et, en cas de mort de l’animal suite aux sévices infligés, à 5 ans de prison et 75 000 euros d’amende. Donner volontairement la mort à un animal devient un délit. La commission a rajouté à cette liste une circonstance aggravante lorsque les actes de cruauté sur un animal sont commis devant un mineur.

Diffusion des contenus zoophiles

La question de la zoophilie est également abordée par ce texte. Une série de sanctions prévoit de réprimer « toute atteinte sexuelle » ainsi que l’enregistrement et la diffusion de celles-ci. Les sénateurs demandent également à ce que les moteurs de recherche cessent de référencer ce type de contenus. En fin de semaine dernière, l’association Animal Cross a appelé les sénateurs à faire preuve de fermeté sur la zoophilie. « On peut estimer que dans 999 cas sur 1 000, les viols et agressions sexuelles sur les animaux ne sont jamais sanctionnés », relève auprès de l’AFP Benoît Thomé, président de l’association et lui-même auteur de quelques-uns des 226 amendements déposés sur ce texte en commission.

Selon un sondage réalisé par l’Ifop pour le site d’information animalière Woopets, 90 % des sondés se disent favorables à la loi de lutte contre la maltraitance animale. L’interdiction de détention d’animaux en cas de condamnation pour maltraitance animale et le durcissement des sanctions pour actes de cruauté remportent le plus grand taux d’adhésion (96 et 95 %).

À l’inverse, l’interdiction de l’utilisation de certains animaux sauvages pour des spectacles ne recueille « que » 68 % d’avis positifs, soit 4 points de moins par rapport à un précédent pointage, réalisé en 2020 pour la Fondation 30 millions d’Amis.

Partager cet article

Dans la même thématique

Heat wave at Ehpad in Bordeaux
3min

Politique

Ehpad : « Ça s’est un peu amélioré, mais on est loin du compte. » alerte la sénatrice Anne Souryis

Le placement de personnes âgées en Ephad est toujours une étape redoutée par les familles. Les principaux intéressés ne veulent pas quitter leur domicile et l’entourage craint toujours une mauvaise prise en charge. Des craintes amplifiées depuis l’enquête de Victor Castanet dans son livre « Les Fossoyeurs » en 2022 qui a révélé un système privilégiant le rendement au détriment du bien être des patients. Depuis, les politiques se sont emparés du sujet, mais les moyens déployés sont-ils suffisants ? La prise en charge s’est-elle améliorée ? Et quelles sont les alternatives ? La sénatrice écologiste Anne Souyris et le gériatre Jean-Pierre Aquino en débattent dans l’émission Et la santé, ça va ? présentée par Axel de Tarlé.

Le

Maltraitance animale : le texte arrive au Sénat
5min

Politique

Ingérences étrangères : « Depuis les années 2010, aucun rendez-vous électoral n’a été épargné »

A l’heure de la manipulation des algorithmes et du recours croissant à l’intelligence artificielle sur les plateformes numériques, des experts alertent le Sénat sur la multiplication d’ingérences d’origine étrangères en Europe. Avec pour objectif de déstabiliser les périodes électorales, à coups de désinformation et d‘altération de la confiance envers les institutions.

Le

Macron Sénat 1 ok
9min

Politique

[Série 1/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : un début constructif, avant la montée des tensions

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Après des débuts plutôt bienveillants, la relation va vite se tendre sur les collectivités, avant qu’elle ne se dégrade sur le projet de réforme constitutionnelle, qui finira enterré.

Le

Maltraitance animale : le texte arrive au Sénat
4min

Politique

Au Sénat, l’acteur Bruno Solo appelle à la mobilisation face à la montée des masculinismes

Face à la menace grandissante des discours masculinistes, l’acteur Bruno Solo appelle les hommes à s'engager « concrètement » pour inverser la tendance. Lors d’une table ronde organisée au Sénat, plusieurs intervenants ont lancé l’alerte sur une jeunesse livrée à la misogynie en ligne, et rappellent l'urgence d'appliquer enfin l’arsenal législatif contre les violences sexistes et sexuelles.

Le