Pénalisation de l’antisionisme : la proposition de Sylvain Maillard ne convainc pas les sénateurs
Plusieurs députés, dont le député LREM de Paris, Sylvain Maillard, veulent reconnaître l’antisionisme comme un délit au même titre que l’antisémitisme. Les sénateurs que nous avons interrogés se montrent pour la plupart très réservés sur la question, voire opposés.

Pénalisation de l’antisionisme : la proposition de Sylvain Maillard ne convainc pas les sénateurs

Plusieurs députés, dont le député LREM de Paris, Sylvain Maillard, veulent reconnaître l’antisionisme comme un délit au même titre que l’antisémitisme. Les sénateurs que nous avons interrogés se montrent pour la plupart très réservés sur la question, voire opposés.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Les travaux menés depuis plusieurs mois par un groupe d’étude à l’Assemblée nationale ont été rattrapés par l’actualité. Une trentaine de députés, dont le député LREM de Paris, Sylvain Maillard, veulent pénaliser l’antisionisme, au travers d’une proposition de loi ou de résolution (non contraignante). La proposition fait écho aux violentes insultes samedi, de manifestants  à l’égard d’Alain Finkielkraut. « Barre-toi, sale sioniste de merde », ont notamment assené plusieurs personnes présentes. Pour les membres du groupe d’étude, il s’agit d’un moyen détourné d’exprimer des insultes anti-juifs. « L'antisionisme est le visage masqué de l'antisémitisme au XXIe siècle [...] Il y a un trou juridique dans notre législation», a expliqué Sylvain Maillard ce matin sur Public Sénat.

La proposition a suscité de sérieuses réserves de la part de l’exécutif, de la part de ministres, jusqu’au président de la République. « Je ne pense pas que pénaliser l’antisionisme soit une bonne solution », a réagi Emmanuel Macron, ce matin, lors d’une déclaration à l’Élysée.

« Il y a déjà un texte de caractère général qu’il faut appliquer »

Au Sénat, les parlementaires ont aussi accueilli avec réticences l’idée défendue par le député de Paris. Le sénateur (LR), François-Noël Buffet, vice-président de la commission des Lois considère que l’arsenal juridique est déjà capable de répondre à ces actes. « Il y a déjà un texte de caractère général qu’il faut appliquer et qu’il faut appliquer avec fermeté », explique-t-il à notre micro (vidéo de tête).

La sénatrice (LR) Catherine Procaccia est sur la même ligne (lire notre article), et considère que la différence entre antisémitisme et antisionisme « n’est pas claire dans l’esprit des Français ». C’est aussi l’avis de son collègue André Reichardt, sénateur (LR) du Bas-Rhin. « Je ne cherche pas à savoir si c’est dû aux positions que quelqu’un peut avoir à l’égard de l’État d’Israël ou si c’est autre chose. Moi je dis que c’est trop et qu’il n’y a pas lieu de s'adresser comme ça à une personne en fonction de sa religion. C’est franchement intolérable. »

Antisémitisme : « Est-ce qu’une nouvelle loi va modifier la situation ? Je n’y crois pas » déclare Catherine Procaccia
04:06

Le président de son groupe, Bruno Retailleau, veut lui aussi faire preuve de beaucoup de prudence dans la réponse à apporter dans le climat actuel. « Je pense qu’il faut toujours se méfier de légiférer trop rapidement », insiste-t-il.

« Les progressistes d’Israël que je connais assez bien auraient été tous en prison avec une loi pareille »

À gauche, Xavier Iacovelli (PS) ne pense pas non plus qu’une telle loi réponde aux problèmes actuels. « Sylvain Maillard fait preuve à la fois d’ignorance quand il fait cette proposition, ignorance de la situation politique en Israël, et d’inutilité politique », ajoute l’ancienne ministre Laurence Rossignol. Consciente que « l’antisionisme serve de cache-nez à l’antisémitisme », la sénatrice de l’Oise pense toutefois que « ce n’est pas rendre service aux pacifistes israéliens, à ceux qui cherchent une solution autour de deux États que de proposer ce genre de chose en France. »

Pénalisation de l’antisionisme : « Sylvain Maillard fait preuve d’ignorance », réagit Laurence Rossignol (PS)
01:10

Esther Benbessa, sénatrice écologiste rattachée au groupe communiste, est aussi d’avis qu’une loi de ce type ne pourrait pas tenir. « L’antisionisme c’est ne pas être d’accord avec la politique d’Israël, ce n’est absolument pas mettre en question l’existence d’Israël. À ce moment-là, les progressistes d’Israël que je connais assez bien auraient été tous en prison s’il y avait une loi pareille en Israël », s’indigne-t-elle. « Il faut arrêter avec tout. Ce n’est pas les mots qui vont régler les choses. »

Pénalisation de l'antisionisme : « Il faut arrêter avec tout. Ce n’est pas les mots qui vont régler les choses », réagit Esther Benbassa
01:41

Mais cette interprétation ne fait pas l’unanimité. « L'antisionisme n'est pas la critique du gouvernement israélien. L'antisionisme est de refuser l'idée qu'il y ait un État juif », rappelle sur France Culture l’historien de la Seconde Guerre mondiale Denis Peschanski. 

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris : Session of questions to the government at the National Assembly
7min

Politique

Direct. Marine Le Pen condamnée à 1 an ferme sous bracelet électronique, et à 45 mois d'inéligibilité, dont 30 mois avec sursis

A l’issue du délibéré, dans l’affaire de détournement de fonds publics des assistants parlementaires européens du FN, la cour d’appel de Paris a revu à la baisse la condamnation de la députée RN. Condamnée à 45 mois d'inéligibilité, dont 30 avec sursis, elle peut en théorie être candidate à la présidentielle de 2027, mais la cour d'appel de Paris l'a aussi condamnée à un an de prison aménageable sous bracelet électronique. Or, Marine Le Pen a d’ores et déjà estimé qu’il ne lui serait « pas possible » de faire campagne dans ces conditions. La décision d’être candidate lui revient.

Le

FRA – ELECTIONS MUNICIPALES – LR RETAILLEAU
2min

Politique

« La justice ne doit avoir qu'une chose en tête : Marine Le Pen est-elle oui ou non coupable », affirme Bruno Retailleau

Le candidat à la présidentielle et sénateur LR a appelé la justice à être « impartiale », affirmant au micro de BFMTV que « les hommes et femmes politiques ne sont ni en dessous des lois, ni au-dessus », à quelques heures de la décision de la Cour d’appel sur le sort de Marine Le Pen dans l’affaire des assistants parlementaires. Que la leader du RN soit jugée inéligible ou non, « ça ne changera rien » en vue de la présidentielle, assure-t-il.

Le

ILLE SUR TET: WILDFIRE NEAR SOUTH FRANCE
8min

Politique

Feux de forêt : quel bilan pour la proposition de loi du Sénat votée en 2023 ?

En juillet 2023, un an après les feux ayant ravagé la Gironde, le Parlement adoptait à la quasi-unanimité une proposition de loi sénatoriale pour renforcer la lutte contre les incendies de forêt. Alors que les feux démarrent précocement en cet été 2026, les élus saluent les avancées offertes par le texte, mais le jugent encore mal appliqué, voire insuffisant.

Le