Plateformes numériques : une proposition de loi pour protéger les travailleurs
Porté par le groupe communiste, le texte débattu jeudi au Sénat, entend placer les travailleurs des plateformes comme Uber ou Deliveroo sous la protection du droit du travail

Plateformes numériques : une proposition de loi pour protéger les travailleurs

Porté par le groupe communiste, le texte débattu jeudi au Sénat, entend placer les travailleurs des plateformes comme Uber ou Deliveroo sous la protection du droit du travail
Public Sénat

Par Fabien Recker

Temps de lecture :

2 min

Publié le

Mis à jour le

Eux n’ont pas pu se confiner. Malgré l’épidémie de coronavirus, les livreurs Deliveroo ou Uber Eats ont continué de sillonner les rues des grandes villes pendant le confinement. « Parce qu’ils n’ont pas de protection sociale, qu’ils ne gagnent pas d’argent quand ils ne travaillent pas, ils ont été obligés de s’exposer ainsi que leurs familles » rappelle Édouard Bernasse, livreur à vélo et cofondateur du Collectif des livreurs autonomes de Paris (CLAP).

Une proposition de loi du groupe communiste au Sénat vise à mieux protéger les travailleurs des plateformes numériques. « Notre texte veut sécuriser ces travailleurs, pour qu’ils aient un accès au droit du travail et une protection sociale élargie » explique le sénateur du Val-de-Marne Pascal Savoldelli, l’un des auteurs du texte.

Le sénateur Pascal Savoldelli craint "un précariat du salariat"
00:44

 

Lien de subordination

Pour les sénateurs, il faut tordre le cou au mythe du travailleur indépendant qui serait libre de gérer son activité via l’entremise d’une plateforme. « Vous êtes censé être autoentrepreneur mais vous n’entreprenez rien du tout » témoigne Édouard Bernasse. « Vous subissez les décisions unilatérales des plateformes, parmi lesquelles la tarification ». Uber, Just Eat ou Deliveroo « ne sont pas des plateformes de mise en relation » insiste Pascal Savoldelli. « Ce sont des plateformes de travail, avec un lien de subordination ».

Dès lors, il faut appliquer le droit du travail existant aux travailleurs des plateformes numériques, selon les auteurs de la proposition de loi. Ils défendent le statut de « salarié autonome ». « On peut être salarié et autonome. Il suffit d’aller chercher dans le code du travail ce qui existe » abonde Jérôme Pimot, livreur et membre du CLAP.

Nul besoin, selon les sénateurs communistes, de créer de « 3ème statut » spécifique aux travailleurs indépendants – comme l’a envisagé le gouvernement. Ils se réjouissent de la récente décision de la cour de cassation de requalifier un chauffeur Uber en salarié, au nom justement du lien de subordination entre la plateforme et le chauffeur.

 

Edouard Bernasse, secrétaire général de CLAP "vous n'avez pas votre mot à dire sur les conditions de votre contrat"
00:41

Courses à 2 euros

Le statut de salarié permettrait de lutter pour une meilleure rémunération. « En quatre ans, on a vu le tarif des courses baisser de 7,50 euros à moins de 3 euros » témoigne Jérôme Pimot. « Nous souhaiterions qu’ils soient au moins rémunérés sur la base du SMIC » explique la sénatrice Cathy Apourceau-Poly. « Certains font des courses à 1 ou 2 euros, en ces temps c’est assez lamentable ». Le texte souhaite élargir la protection sociale des travailleurs, notamment en leur garantissant des congés maladies, et introduire des instances de représentation et de dialogue social.

« On imagine un contrat global, issu d’un accord de négociation entre représentants des travailleurs et de la plateforme, par exemple sur un tarif en dessous duquel la plateforme s’engagerait à ne pas descendre » détaille Édouard Bernasse, du CLAP. « Ça répondrait au besoin de la protection et au besoin de flexibilité des travailleurs. »

Algorithmes

Reste le nerf de la guerre : les algorithmes des plateformes. La proposition de loi communiste veut en garantir la transparence pour les travailleurs et les pouvoirs publics. « C’est notre principal outil de travail, comme n’importe quelle machine dans une entreprise. Mais cet outil n’est pas normé, il n’y a aucune autorité qui surveille ce que cet algorithme nous fait faire dans la réalité » explique Jérôme Pimot. « Or on sait que l’algorithme nous fait aller le plus vite possible et le plus loin possible sur un temps moyen ».

 

Jérôme Pimot, porte-parole de CLAP, dénonce l’algorithme des plateformes
00:31

« C’est pire que les canuts »

« C’est pire que les canuts ! » renchérit Pascal Savoldelli. « À l’époque du tâcheronnage, il y avait au moins une relation directe avec celui qui vous faisait travailler. Là vous êtes anonyme, vous n’êtes rien. On est dans l’opacité la plus complète. »

Pour Cathy Apourceau-Poly, « les algorithmes ne font que traduire en fait, les solutions que la direction préconise. Ils ne sont pas construits avec les salariés. »  Les sénateurs communistes demandent que les travailleurs bénéficient de l’aide d’un « data-scientist » afin de connaître le contenu et les évolutions des algorithmes des plateformes pour lesquelles ils travaillent. Leur proposition de loi sera débattue en séance publique au Sénat le 4 juin.

Partager cet article

Dans la même thématique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027
7min

Politique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027

Les groupes engagés dans l’ancien socle commun attendent que le gouvernement sorte du bois, s’agissant des pistes pour les prochains textes budgétaires. Cette année, ils n’ont pas adressé de propositions précises au gouvernement mais des grandes orientations, laissant à Matignon le point de départ des discussions. Alors que l’équation budgétaire se complique avec le ralentissement de la croissance, les rapporteurs généraux craignent le pire dans les prochains mois.

Le

Illustration in India.
2min

Politique

Cabinet de conseils : le parquet national financier annonce une saisie de 65 millions d’euros dans l’enquête pour fraude fiscale autour de McKinsey

Le parquet national financier a annoncé vendredi la saisie, avec la justice belge, d’une somme de 65 millions d’euros dans le cadre de l’enquête pour blanchiment aggravé de fraude fiscale autour du cabinet de conseil McKinsey. L’enquête avait été ouverte en mars 2022 dans le prolongement de la commission d’enquête du Sénat sur l’influence des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017.

Le

FRA – GARCHES – HOPITAL RAYMOND-POINCARRE – PMR
6min

Politique

Fauteuils roulants, prestations sociales, école inclusive, accessibilité : quel est le bilan d’Emmanuel Macron en matière de handicap ?

Après deux quinquennats, la situation pour les personnes handicapées est mitigée. Des progrès sont là, avec le remboursement des fauteuils roulants, une hausse des aides sociales ou une présence accrue des élèves en situation de handicap à l’école. Mais les difficultés d’emploi, le manque de places dans le secteur médico-social ou des problèmes d’accessibilité rendent encore la vie des personnes handicapées difficile.

Le

Drought severely weakens maize crops. A lack of rainfall and high temperatures cause water stress, which can slow plant growth and reduce yields. Faced with these weather conditions, farmers must adapt their practices and optimize water use to safeguard th
7min

Politique

Plan d'aide d'1 milliard pour les agriculteurs : « Le gouvernement doit sortir de la perpétuelle urgence », demande Guillaume Gontard

Après un été de canicules, d'incendies et de sécheresse exceptionnels, le gouvernement a annoncé vendredi plus d'1 milliard d'euros d'aides d'urgence pour soutenir une agriculture française durement éprouvée. Insuffisant pour les syndicats qui réclament au moins le double. Le président du groupe écologiste du Sénat, Guillaume Gontard, demande au gouvernement une réponse structurelle à une crise systémique qui passe par une réduction des émissions et l'adaptation au climat.

Le