Presse écrite : « Le vrai danger est l’étouffement par les Gafam »
La commission d’enquête sur la concentration des médias a auditionné, lundi 13 décembre, les représentants de la presse écrite. Comment résister aux géants du numérique sans se fondre dans un grand groupe industriel parfois mal intentionné ? Voilà comment on pourrait résumer le dilemme auquel fait face la presse écrite.

Presse écrite : « Le vrai danger est l’étouffement par les Gafam »

La commission d’enquête sur la concentration des médias a auditionné, lundi 13 décembre, les représentants de la presse écrite. Comment résister aux géants du numérique sans se fondre dans un grand groupe industriel parfois mal intentionné ? Voilà comment on pourrait résumer le dilemme auquel fait face la presse écrite.
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Par Héléna Berkaoui

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« Le vrai danger n’est pas dans la surconcentration des médias traditionnels mais dans l’étouffement par les Gafam », a estimé Alain Augé, président du Syndicat des éditeurs de la presse magazine (SEPM) devant la commission d’enquête sur la concentration des médias. Lundi 13 décembre, la commission sénatoriale a auditionné les représentants syndicaux de la presse écrite.

Les intervenants ont décrit un secteur qui semble pris en tenaille entre les géants américains de la technologie et les grands groupes qui voient dans l’achat de médias un moyen de faire de l’influence.

Pour les premiers, le constat est établi depuis longtemps notamment par le prisme du sujet des droits voisins. Le droit voisin a été conçu pour aider les éditeurs de journaux et magazines, ainsi que les agences de presse, à se faire rémunérer par les grandes entreprises utilisant leurs contenus (le texte d’un article, par exemple) sur Internet. Un droit qui peine encore à être respecté malgré de récentes amendes de l’autorité de la concurrence.

Face aux Gafam, les lourdes pertes de la presse écrite

« Si je prends un total de 25 000 journalistes, on a perdu 2 milliards et demi d’euros de recettes publicitaires. En gros, on a un manque à gagner de 100 000 euros par journaliste sur une évolution depuis 10 ans », chiffre Alain Augé.

Face au Gafam, l’absence de grands groupes de médias indépendants est donc un sujet puisqu’il existe un rapport de force asymétrique avec les plateformes. « On souffre aujourd’hui de l’absence d’un grand groupe de médias indépendants, on a un paysage médiatique éclaté et beaucoup d’entreprises sont fragilisées », soulève Cécile Dubois, coprésidente du Syndicat de la presse indépendante en ligne (SPIIL).

Mais la création de grands groupes ne peut se faire à n’importe quel prix, et sûrement à celui d’une perte d’indépendance. « Le sujet qui nous inquiète le plus, c’est l’acquisition par de grands groupes, dont ce n’est pas l’activité, de journaux. C’est le cas de beaucoup de quotidiens nationaux. Cela pose un certain nombre de problèmes : ils gèrent ces médias comme des médias d’influence mais pas dans une optique de développement », expose Cécile Dubois.

Les aides à la presse aspirées pour moitié par de grands groupes

A ce titre, un des leviers principaux pour soutenir la presse apparaît dévié de son objectif premier : les aides à la presse. « Les groupes industriels ou de services qui s’offrent des médias aspirent une grosse partie des aides à la presse », rappelle la coprésidente du SPIIL. Selon la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, « 50 % des aides à la presse reviennent à des entités incluses dans des groupes plus vastes ».

Face à cette situation, il est indispensable de « limiter cette aide à l’influence », juge Cécile Dubois. Pourquoi parle-t-elle d’influence ? Parce que ces groupes, en s’achetant des médias, visent généralement cet objectif. Pour preuve : ces groupes n’investissent pas dans le développement des médias, mais se contentent de les maintenir à flot en les renflouant de temps à autre.

Lire aussi. « Il y a des moyens majeurs pour lutter contre la concentration des médias », plaide le SNJ

Dans ce contexte, les intervenants ne plaident pas pour des lois de circonstance. Sur la loi de 1986, largement évoquée au cours de ces auditions, par exemple. « Cette loi a été pensée sans envisager l’évolution numérique et de ce point de vue elle est un peu obsolète », admet la coprésidente du SPIIL. Pour autant, elle juge qu’« il ne faut pas légiférer de manière précipitée à raison du contexte immédiat ».

« Ne faites pas une loi de circonstance qui bouleverserait des équilibres déjà fragiles », appelle également Laurent Bérard-Quélin, président de la Fédération nationale de la presse d’information spécialisée (FNPS). Lui, qui rappelle les enjeux du débat : « La meilleure garantie de l’indépendance et de la non-concentration c’est la rentabilité, or les éditeurs sont fragiles ».

Au cours de cette audition, il a aussi évoqué la nécessité de renforcer ou de revoir les clauses de conscience et de cession censées protéger les journalistes et leur indépendance. Une question qui, là encore, doit être posée et réfléchie sereinement.

 

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