Projet de loi énergie et climat : ce qu’a modifié le Sénat en commission
Les sénateurs de la commission des Affaires économiques ont amendé le projet de loi énergie et climat, adopté par l’Assemblée nationale. Il était caractérisé, selon eux, par « une absence de vision stratégique à long terme ».

Projet de loi énergie et climat : ce qu’a modifié le Sénat en commission

Les sénateurs de la commission des Affaires économiques ont amendé le projet de loi énergie et climat, adopté par l’Assemblée nationale. Il était caractérisé, selon eux, par « une absence de vision stratégique à long terme ».
Public Sénat

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

Dernier texte notoire qui sera examiné au Sénat avant l’interruption estivale, le projet de loi relatif à l’énergie et au climat (adopté le 28 juin à l’Assemblée nationale) laisse des sénateurs désappointés, n’hésitant pas à le qualifier de « petite loi ». Le texte soumis aux parlementaires propose de poser un cadre à la politique climatique de la France, en accélérant le déploiement des énergies renouvelables et en améliorant la performance des logements, en luttant contre les passoires énergétiques. L’objectif de neutralité carbone en 2050 sera fixé dans le marbre de la loi : autrement dit, les émissions de gaz à effet de serres émis par la France ne pourront pas être supérieures à ce qu’elle est en capacité d’absorber.

Mais l’essentiel de l’ambition portée par le gouvernement reposera toutefois sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Ce bras armé de la politique climatique échappera au Parlement car il s’agit d’un décret. « On demande au législateur d’entériner des décisions prises par décret, de faire de la technique alors que les choix stratégiques pour l’énergie et le climat ne sont pas à l’intérieur », regrette le sénateur (LR) Daniel Gremillet, rapporteur de ce projet de loi.

Projet de loi énergie : « On demande au législateur d’entériner des décisions prises par décret », regrette Daniel Gremillet
03:12

« On demande au législateur d’entériner des décisions prises par décret », regrette Daniel Gremillet

À l’avenir, le projet de loi énergie et climat redonne une marge de manœuvre plus importante au Parlement, qui sera amené à se prononcer sur une loi de programmation quinquennale pour le climat. Le rapporteur Daniel Gremillet estime avoir renforcé cet outil ce 10 juillet, au cours de l’examen du texte par la commission des Affaires économiques. « Nous allons vraiment nous emparer de cette dimension absolument stratégique », souligne-t-il.

Les sénateurs ont notamment souhaité que ces futures lois quinquennales fixent le volume des obligations à réaliser dans le cadre des certifications d’économies d’énergie. Afin d’encourager le développement de filières françaises dans les énergies vertes, ils ont également rajouté de nouveaux objectifs à atteindre, des signaux pour le monde industriel.

Encourager le développement de l’hydroélectricité et du biogaz

L’hydroélectricité est la première citée : les capacités de production devront être portées à 27 gigawatts en 2028 (contre 25,5 actuellement). Le dispositif prévu pour faciliter l’augmentation de la puissance des centrales est d’ailleurs facilité, par rapport à l’Assemblée nationale. Si le concessionnaire n’a pas obtenu de réponse dans un délai de trois mois de la part de l’administration, le projet sera considéré comme accepté (et non plus refusé).

L’éolien en mer devra, lui, progresser d’un gigawatt par an jusqu’en 2024. Sur ce point, les sénateurs n’ont fait que reprendre un objectif affiché par le Premier ministre lors de son discours de politique générale. La part du biogaz, dans la part des énergies produites en France, devra atteindre 8 % en 2028, un palier intermédiaire introduit par les sénateurs, pour être certain que l’objectif de 10 % en 2030 soit atteint.

Autre modification sénatoriale : tous les dispositifs de soutien à l’électricité et au gaz renouvelables devront inclure un bilan carbone. La notion d’empreinte carbone (les émissions qui ne relèvent pas directement du territoire national), définie par le projet de loi, est en revanche assouplie. Les sénateurs veulent en faire un outil seulement « indicatif ». L’Outre-mer n’est pas oublié par la chambre des territoires : parmi les objectifs des futures lois quinquennales devra figurer la recherche de l’autonomie énergétique pour les départements ultramarins.

La commission des Affaires économiques répond également au défi que constituera la fermeture des dernières centrales à charbon en 2022. La copie sénatoriale précise que les mesures d’accompagnement des salariés devront être assumées par l’État.

Le Sénat desserre les sanctions

Du côté de l’énergie solaire, les sénateurs encadrent davantage ce qui était prévu dans le texte, tel qu’adopté à l’Assemblée. Le projet de loi autorisait la construction de panneaux solaires aux abords d’autoroutes et routes express. Pour que ces projets ne portent pas atteinte aux surfaces agricoles, les sénateurs ont précisé que les futurs panneaux devraient être posés sur des voies inutilisées, des aires de repos ou de stationnement. La commission des Affaires économiques a également souhaité que les permis de construire puissent continuer de s’opposer à l’installation de dispositifs d’énergies renouvelables sur des immeubles, même si ces derniers dépassent les besoins des habitants. « Retirer ce pouvoir aux maires risque d'entraîner une installation désordonnée et massive de tels dispositifs », s’est inquiété Daniel Gremillet.

Le volet de la lutte contre les passoires énergétiques (logements en classes F et G) a également été revu par les sénateurs, préférant l’incitation à la sanction. Le projet de loi prévoit une régénération en trois étapes : après une phase incitative et une phase d’obligation de travaux doit intervenir une phase de mécanisme contraignant. « Imposer des sanctions trop brutales aux propriétaires serait contre-productif et risquerait de sortir des centaines de milliers de logements du marché », a averti Sophie Primas, présidente de la commission des Affaires économiques.

Un article introduit par les députés a par ailleurs été supprimé. Il imposait aux entreprises de plus de 500 salariés de présenter un plan de transition pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, sous peine d’une amende pouvant atteindre 50.000 euros en cas de manquement. Actuellement, elles sont tenues à ne présenter qu’un bilan de leurs émissions, sous peine de se voir infliger une amende pouvant atteindre 1500 euros. « L'ampleur du déplafonnement de l'amende est excessive et difficilement justifiable sans étude d'impact ou éléments valables », ont souligné les sénateurs issus du groupe LR.

Le texte sera débattu par le Sénat en séance publique à partir du mardi 16 juillet.

Partager cet article

Dans la même thématique

Heat wave at Ehpad in Bordeaux
3min

Politique

Ehpad : « Ça s’est un peu amélioré, mais on est loin du compte. » alerte la sénatrice Anne Souryis

Le placement de personnes âgées en Ephad est toujours une étape redoutée par les familles. Les principaux intéressés ne veulent pas quitter leur domicile et l’entourage craint toujours une mauvaise prise en charge. Des craintes amplifiées depuis l’enquête de Victor Castanet dans son livre « Les Fossoyeurs » en 2022 qui a révélé un système privilégiant le rendement au détriment du bien être des patients. Depuis, les politiques se sont emparés du sujet, mais les moyens déployés sont-ils suffisants ? La prise en charge s’est-elle améliorée ? Et quelles sont les alternatives ? La sénatrice écologiste Anne Souyris et le gériatre Jean-Pierre Aquino en débattent dans l’émission Et la santé, ça va ? présentée par Axel de Tarlé.

Le

Projet de loi énergie et climat : ce qu’a modifié le Sénat en commission
5min

Politique

Ingérences étrangères : « Depuis les années 2010, aucun rendez-vous électoral n’a été épargné »

A l’heure de la manipulation des algorithmes et du recours croissant à l’intelligence artificielle sur les plateformes numériques, des experts alertent le Sénat sur la multiplication d’ingérences d’origine étrangères en Europe. Avec pour objectif de déstabiliser les périodes électorales, à coups de désinformation et d‘altération de la confiance envers les institutions.

Le

Macron Sénat 1 ok
9min

Politique

[Série 1/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : un début constructif, avant la montée des tensions

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Après des débuts plutôt bienveillants, la relation va vite se tendre sur les collectivités, avant qu’elle ne se dégrade sur le projet de réforme constitutionnelle, qui finira enterré.

Le

Projet de loi énergie et climat : ce qu’a modifié le Sénat en commission
4min

Politique

Au Sénat, l’acteur Bruno Solo appelle à la mobilisation face à la montée des masculinismes

Face à la menace grandissante des discours masculinistes, l’acteur Bruno Solo appelle les hommes à s'engager « concrètement » pour inverser la tendance. Lors d’une table ronde organisée au Sénat, plusieurs intervenants ont lancé l’alerte sur une jeunesse livrée à la misogynie en ligne, et rappellent l'urgence d'appliquer enfin l’arsenal législatif contre les violences sexistes et sexuelles.

Le