Référendum sur ADP : après un million «historique», les opposants en appellent à Macron
Ça décolle. Le cap symbolique du million de signatures en faveur d’un référendum sur la privatisation d’Aéroports de Paris a été atteint. Les parlementaires à l’origine de ce projet veulent être reçus par Emmanuel Macron. Le prenant au mot, ils lui demandent de lancer le référendum avec ce million de signataires.

Référendum sur ADP : après un million «historique», les opposants en appellent à Macron

Ça décolle. Le cap symbolique du million de signatures en faveur d’un référendum sur la privatisation d’Aéroports de Paris a été atteint. Les parlementaires à l’origine de ce projet veulent être reçus par Emmanuel Macron. Le prenant au mot, ils lui demandent de lancer le référendum avec ce million de signataires.
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L’air est glacial, mais un joli rayon de soleil traverse la Place du Palais Bourbon, ce mercredi, à Paris. A l’arrière de l’Assemblée nationale, les parlementaires opposés à la privatisation d’Aéroports de Paris (ADP) se sont donné rendez-vous, écharpe tricolore bien en avant. Ces députés, sénateurs, présidents de groupes, viennent de remporter une petite victoire. Symbolique. Le seuil d’un million de signatures en faveur d’un référendum d’initiative partagée (RIP) sur la privatisation d’ADP a été atteint le matin même, selon le décompte officiel du Conseil constitutionnel.

« J’aurais aimé ce million un peu plus vite » avoue Patrick Kanner, patron des sénateurs PS, en partie à l’origine de l’initiative, « finalement, nous l’avons atteint aujourd’hui, en ce 4 décembre, une date que nous pouvons considérer comme historique. Il n’y a que 4 ou 5 pétitions de ce type qui ont pu aller jusqu’au million » (voir la première vidéo, images de Jonathan Dupriez et Romane Brisard).

« On a vraiment ramé à contre-courant depuis le début »

Reste que ce million n’est pas suffisant. Pour déclencher le RIP, outre le soutien de 185 parlementaires déjà obtenu (ils sont même 248), il faut 4,7 millions de signatures d’ici le 12 mars. Autrement dit, ça semble très compliqué, pour ne pas dire impossible. Surtout au rythme des derniers mois. Mais les opposants espèrent aujourd’hui réamorcer la pompe. « A un million, ça rappelle que ça existe, ça peut rendre plus lisible la récolte » espère le député de La France insoumise, Alexis Corbière. « C’est une bonne nouvelle, on a vraiment ramé à contre-courant depuis le début de cette affaire » rappelle Jean-Luc Mélenchon. Le leader de la France insoumise fait notamment référence au site du ministère de l’Intérieur, extrêmement peu ergonomique.

Les initiateurs du RIP déplorent aussi l’absence de communication officielle pour informer les Français, alors que le gouvernement a multiplié les spots sur la radio publique pour informer sur la privatisation de la Française des jeux. Alors ils sont prêts à se payer, littéralement, des spots à la radio. Mais ils ont reçu, jusqu’ici, un refus poli. Devant le refus de Radio France, ils ont écrit à sa présidente Sibyle Veil. La commission nationale du débat publique a aussi été alertée.

Mélenchon (LFI), Carrez (LR) et Kanner (PS) signent côte à côte

Fort de ce million, les parlementaires ont décidé maintenant d’écrire à Emmanuel Macron. Ils demandent à être reçus. « Nous allons saisir le président de la République avec ce million de signatures » explique Patrick Kanner. Fait rare, les présidents des groupes PS des deux chambres, Patrick Kanner et Valérie Rabault, Jean-Luc Mélenchon pour La France insoumise, Eliane Assassi et André Chassaigne pour les groupes communistes, ainsi que, côté LR, le député Gilles Carrez et le sénateur Philippe Dominati, et enfin Philippe Vigier (Libertés et territoires), signent le même courrier (voir ci-dessous).

Leur demande est simple, et à la fois politiquement compliquée : ils demandent à Emmanuel Macron d’organiser le référendum, bien que le seuil des 4,7 millions n’ait pas été atteint. Les parlementaires rappellent au Président son engagement, post-grand débat, de baisser à un million le nombre de signatures nécessaires pour déclencher le référendum. Emmanuel Macron comptait sur la réforme constitutionnelle pour modifier la règle. Ils le prennent aujourd’hui au mot… « Le Président pourrait être pris au piège de sa propre parole » espère Jean-Luc Mélenchon. C’est de bonne guerre. Mais on imagine mal le chef de l’Etat accepter. D’autant que la réforme constitutionnelle est à l’arrêt, pour ne pas dire abandonnée.

Gilles Carrez (LR) dénonce la « proximité » du pouvoir « avec les fonds d’investissement »

Ce million de signataires permet au moins de relancer le débat. A ce jeu-là, le député LR Gilles Carrez, qui connaît très bien le sujet, a quelques arguments sous le coude. Certains font mouche. « Il y a un vent d’ultralibéralisme dans cette majorité que je ne comprends pas. C’est de l’opportunisme pur, c’est une proximité avec les fonds d’investissement » dénonce le député LR du Val-de-Marne (voir la vidéo ci-dessous).

L’ancien rapporteur général du budget ne veut pas en dire plus sur ce point. Mais le député LFI François Ruffin, était allé plus loin, en mars 2019. En commission, il avait mis en cause le président LREM de la commission des affaires économiques, Roland Lescure, qui n’était autre que le rapporteur de la loi Pacte, qui portait la privatisation d’ADP. « Mediapart mentionne le fait que le rapporteur général, notre cher président de la commission des affaires économiques, Roland Lescure, était membre de la Caisse des dépôts et consignations du Québec, un groupe qui est pressenti pour prendre des parts dans ADP » avait affirmé François Ruffin (voir sur le site de l’Assemblée). Réponse laconique de Roland Lescure : « Monsieur Ruffin, vos insinuations ne sont pas des informations. (…) J’ai quitté toutes mes fonctions et toutes mes responsabilités à la Caisse de dépôt et placement du Québec, il y a deux ans ».

Privatisation d'ADP : Gilles Carrez (LR) dénonce la « proximité » du pouvoir « avec les fonds d’investissement »
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« Nous voulons que l’avion puisse continuer à desservir Pau, Rodez ou Toulouse »

Gilles Carrez sort un autre argument de poids : le coût caché de la privatisation. « Ils font le black-out dessus. Aujourd’hui, vous avez 49% d’actionnaires minoritaires privés. Il va falloir les indemniser. Combien ça coûte ? On me dit, mais c’est pratiquement le secret-défense, que ça représente plus d’un milliard d’euros » selon le député LR, qui ajoute :

« Le dossier ne tient pas la route du point de vue financier. Je n’ai jamais vu un dossier aussi mal traité ».

Gilles Carrez ajoute encore « la question de l’aménagement du territoires ». Il prend exemple sur l’aéroport londonien d’Heathrow, qui a été privatisé. « Il y avait une quarantaine de lignes intérieures desservies. Il n’y en a aujourd’hui plus que 10 » pour améliorer la rentabilité. « Comme l’a bien dit Vinci, qui vient de reprendre Gatwick, les créneaux horaires étaient limités. Il a dit qu’il allait vraiment remplacer tous les vols intérieurs par des vols internationaux de gros-porteurs et doubler les surfaces commerciales. Nous, nous voulons que l’avion puisse continuer à desservir Pau, Rodez ou Toulouse » ajoute le député, qui imagine plutôt les collectivités territoriales reprendre ADP avec la Caisse des dépôts, pour garder le groupe sous bannière publique.

Ce million arrive aussi – hasard du calendrier – la veille d’une grande journée de mobilisation contre la réforme des retraites. De quoi rajouter un peu de sel dans un climat social déjà tendu. « C’est un moment politique important du quinquennat » croit Rachid Temal, sénateur PS du Val-d’Oise et vice-président de son groupe au Sénat.

« Trouver un million de personnes politisées contre nous, ce n’est pas compliqué »

Du côté de la majorité, on ne s’inquiète pas. Ce million de signatures, agité en étendard par les opposants, fait même sourire certain, à La République en marche. « Ils ont eu un million à la force du poignet. Trouver un million de personnes politisées contre nous, ce n’est pas compliqué. Je n’appelle pas ça une réussite populaire. Ce sujet n’intéresse personne » tranche un député LREM bien introduit en macronie.

Le même s’étonne de cet attelage singulier entre gauche et droite : « Qu’ils se soient mis d’accord sur ce sujet-là, comme si c’était le combat du siècle, c’est hallucinant. Je suis stupéfait ! » Ce macroniste de la première heure rappelle que « tant qu’une réforme n’est pas passée, on ne l’applique pas ». Autrement dit, les opposants pourraient bien encore attendre avant qu’Emmanuel Macron décide d’un référendum. Million ou pas million.

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