Réforme constitutionnelle : Eric Dupond-Moretti se prend les pieds dans le tapis au Sénat
Le nouveau ministre de la Justice a affirmé qu’Emmanuel Macron lui avait « dit » qu’il souhaitait réunir le Congrès pour modifier la Constitution et ainsi adopter la réforme du Conseil supérieur de la magistrature, avant de rétropédaler, et d’assurer que « ce n’est pas une annonce »…

Réforme constitutionnelle : Eric Dupond-Moretti se prend les pieds dans le tapis au Sénat

Le nouveau ministre de la Justice a affirmé qu’Emmanuel Macron lui avait « dit » qu’il souhaitait réunir le Congrès pour modifier la Constitution et ainsi adopter la réforme du Conseil supérieur de la magistrature, avant de rétropédaler, et d’assurer que « ce n’est pas une annonce »…
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

La perspective d’une nouvelle réunion du Congrès aura duré environ une demi-heure. Auditionné par la commission des lois du Sénat ce mercredi (voir notre article sur le reste de l'audition), le nouveau ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti, s’est pris tout seul les pieds dans le tapis, juste un peu aidé par les sénateurs. Il a soutenu que la réforme du Conseil supérieur de la magistrature, qui nécessite de modifier la Constitution, serait menée à son terme via un Congrès, avant de totalement rétropédaler en toute fin d’audition…

Dans son propos introductif, le garde des Sceaux rappelle d’abord qu’il souhaite aboutir sur la réforme de « l’article 65 de la Constitution, et soumettre la nomination des magistrats du parquet à l’avis conforme du Conseil supérieur de la magistrature », source d’indépendance du parquet. « Un projet de loi constitutionnel a déjà été adopté dans les mêmes termes par l’Assemblée et le Sénat en 2016. Pour le mener à son terme, il est nécessaire qu’il soit adopté soit par référendum, soit par le Congrès. C’est une décision qui relève du Président » lit Eric Dupont-Moretti. Jusqu’ici, tout va bien.

« C’est un scoop » s’étonne Philippe Bas

C’est ensuite le sénateur PS Jean-Pierre Sueur qui relance le ministre sur le sujet. La réforme le tient à cœur. « Si la réforme constitutionnelle ne porte que là-dessus, il y a de fortes chances pour qu’elle existe » souligne-t-il, surtout après le feuilleton interminable de la première version de la réforme, qui s’est conclue par un échec entre le Sénat et l’exécutif.

« Je suis pour une séparation nette du siège et du parquet » l’assure le garde des Sceaux, ajoutant : « C’est quand même le seul sport où l’un des arbitres porte le même maillot que l’un des joueurs ». Autrement dit, il veut la réforme. Le socialiste le relance, hors micro, et le ministre acquiesce. « Vous nous annoncez aujourd’hui que le président de la République va convoquer le Congrès pour faire adopter définitivement cette révision de la Constitution qui a été votée en termes identiques par les deux chambres ? » demande Philippe Bas, qui le pousse à être plus clair. « C’est ce qu’il a dit » répond Eric Dupond-Moretti (voir à 2'23 dans la vidéo). Philippe Bas, qui ne s’y attendait pas : « C’est un scoop. Et je vous remercie de cette information ».

« Par référendum ou par le Congrès, c’est au Président de décider cela »

L’audition arrive à ton terme. Mais Eric Dupond-Moretti, qui a visiblement parlé un peu trop vite, revient sur le sujet… (voir à 2'50) « La réforme constitutionnelle, évidemment je la souhaite. C’est évidemment le Président qui décide de réunir le Congrès. Les choses vont mieux en le reprécisant. Ce que je dis au Président et ce qu’il m’a dit, ça n’a pas à être dévoilé ici » s’auto-recadre le ministre de la Justice, dont la première réponse a dû étonner l’exécutif. « J’avais cru comprendre que vous étiez autorisé à annoncer la prochaine réunion du Congrès. Vous avez bien fait d’apporter une précision pour que nous ne restions pas sur une impression fausse » fait mine de l’aider Philippe Bas. Le ministre renvoie à son discours introductif, soulignant qu’on peut modifier la Constitution « de deux façons : par référendum ou par le Congrès. C’est au Président de décider cela. Ce n’est pas une annonce ». Mais c’est le métier qui rentre.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris : Session of questions to the government at the Senate
8min

Politique

Loi Yadan contre l’antisémitisme : les sénateurs dubitatifs à l’annonce de la reprise en main du gouvernement

Après le retrait à l’Assemblée nationale de la proposition de loi portée par la députée Renaissance Caroline Yadan, le gouvernement va reprendre la main et présentera un projet de loi sur la lutte contre l’antisémitisme devant le Sénat avant l’été. L’exécutif compte sur un accueil plus favorable à la chambre haute où la droite et le centre sont majoritaires. Mais les relations entre la majorité sénatoriale se sont tendues ces derniers temps.

Le

Paris: French Government Weekly Cabinet Meeting
3min

Politique

1er mai : boulangeries et fleuristes « indépendants » pourront faire travailler leurs salariés dès cette année, annonce Sébastien Lecornu

Le Premier ministre a mis sur la table, vendredi, un nouveau projet de loi d’élargissement du travail le 1er mai, uniquement ouvert aux boulangeries et fleuristes « indépendants et artisanaux ». En attendant son adoption formelle, il a assuré que des consignes seront données pour qu’aucun contrôle ne vienne entraver le travail de leurs salariés cette année.

Le

Festival Du Livre 2025
2min

Politique

Crise chez Grasset : au Festival du livre, Emmanuel Macron affiche sa volonté de défendre le « pluralisme éditorial »

En visite ce vendredi au Festival du livre, bousculé par la crise ouverte chez l’éditeur Grasset, Emmanuel Macron a voulu afficher sa défense du « pluralisme éditorial » et de « la liberté des auteurs ». Concernant la création d’une clause de conscience pour les auteurs, le Président a estimé que cela « doit se réfléchir ».

Le

FRA – BOOK – CONSENTEMENT
2min

Politique

Crise chez Grasset : la sénatrice Sylvie Robert (PS) propose de créer une clause de conscience pour les auteurs

Alors que plus de 150 écrivains annoncent quitter la maison d’édition Grasset pour protester contre le renvoi du PDG Olivier Nora, la sénatrice socialiste Sylvie Robert propose une « loi d’urgence » pour « protéger les auteurs ». Le but : permettre aux auteurs d’activer une clause de conscience en cas de changement radical de la ligne éditoriale de leur éditeur.

Le