Relance du nucléaire français : le Sénat dénonce le « flou artistique » du gouvernement
Après les annonces d’Emmanuel Macron sur la relance du parc nucléaire français, le Sénat organisait ce mardi un débat avec le gouvernement à propos de la « souveraineté énergétique » du pays. La ministre Emmanuelle Wargon s’est encore montrée flou sur les incertitudes qui règnent autour du calendrier précis de la construction de nouveaux réacteurs.

Relance du nucléaire français : le Sénat dénonce le « flou artistique » du gouvernement

Après les annonces d’Emmanuel Macron sur la relance du parc nucléaire français, le Sénat organisait ce mardi un débat avec le gouvernement à propos de la « souveraineté énergétique » du pays. La ministre Emmanuelle Wargon s’est encore montrée flou sur les incertitudes qui règnent autour du calendrier précis de la construction de nouveaux réacteurs.
Louis Mollier-Sabet

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Le 9 novembre dernier, Emmanuel Macron annonçait vouloir « relancer la construction de réacteurs français », un mois après avoir fléché des investissements vers la filière dans le plan France 2030 pour « réinventer le nucléaire français. » Au Sénat, applaudissements sur les bancs de la droite, désespoir chez les écologistes, qui dénoncent « des recettes dignes des 30 Glorieuses. » Après de nombreux atermoiements sur l’avenir du nucléaire français, que la droite sénatoriale ne manque jamais de rappeler, notamment sur Fessenheim ou l’abandon du projet Astrid, le rapport de RTE semble avoir décidé le Président de la République.

>> Pour en savoir plus sur le rapport de RTE, voir notre article : Que faut-il retenir du rapport de RTE qui prévoit la neutralité carbone en 2050 ?

En tout cas, il a ravivé les débats incessants autour de l’avenir de la filière nucléaire française, représentant l’aubaine d’une énergie souveraine et décarbonée pour les uns, et un véritable gouffre financier aux débouchés technologiques incertains pour les autres. Mais quoi qu’il en soit, le plan du chef de l’Etat semble encore flou : quand ces nouveaux réacteurs pourront-ils relayer le parc nucléaire dit « historique » qui arrive en fin de vie, malgré les prolongements successifs ? Combien devrons-nous en construire, à quelle échéance et en utilisant quelle technologie ? Autant de questions abordées ce mardi, par les sénatrices et les sénateurs, lors d’un débat à propos des perspectives de « souveraineté énergétique » de la France.

Renouvellement du parc nucléaire français : « Le reste des modalités sera annoncé prochainement »

Le sénateur LR Stéphane Piednoir a par exemple dénoncé le « flou artistique » entourant cette « conversion récente du chef de l’Etat » à l’énergie atomique. La majorité sénatoriale est une éternelle défenseure de la filière nucléaire française et salue donc les inflexions récentes de l’exécutif sur le sujet, mais en demande plus. Daniel Grémillet, sénateur LR à l’origine du débat, regrette par exemple que le gouvernement n’ait pas demandé à RTE de fournir un scénario comprenant plus de 50 % d’électricité nucléaire dans le mix français en 2050, pourtant le scénario le plus nucléarisé envisagé par la filiale d’EDF : « Je me réjouis de noter un retour en grâce de l’énergie nucléaire, je suis sidéré qu’il ait fallu attendre 6 mois avant la fin du quinquennat. Une politique énergétique ne s’improvise pas. »

Pour le moment, force est de constater que la feuille de route n’est pas encore tout à fait claire. EDF évoque la construction de 6 réacteurs « EPR 2 », tandis que sa filiale, RTE, table sur des hypothèses allant de 8 à 14 nouveaux réacteurs EPR de deuxième génération selon l’importance du nucléaire dans le mix énergétique. L’électricité fournie par ces EPR « grande puissance » pourrait être complétée par des « petits réacteurs modulaires » dits « SMR », dont la technologie n’est pas encore maîtrisée, et dont le nombre exact est par conséquent très difficile à évaluer. Face aux interrogations du Sénat, la ministre Emmanuelle Wargon a tenté d’éclaircir la position du gouvernement, vraisemblablement suspendue à des derniers arbitrages, ou tout simplement à des données technologiques qui ne sont pas encore disponibles : « Nous allons privilégier la technologie de grande puissance EPR éprouvée en Europe et en Chine, plus adaptée au réseau de transport électrique français. Les SMR pourraient présenter des avantages à long terme et viendraient alors compléter le mix en tant que technologie d’appoint, dans un second temps, après 2030, à horizon 2040. »

Rien de bien neuf sous le soleil, donc. En fait, on sent que le calendrier de relance du nouveau parc est aussi tributaire de celui de l’arrêt du parc historique : « Nous avons la possibilité de prolonger 14 des 26 centrales après leur 5ème visite décennale. Le reste des modalités sera annoncé prochainement, mais le but est d’aller vers une fermeture progressive pour éviter ‘l’effet falaise’. » Cette « falaise », c’est celle qui précède le gouffre que représente l’arrêt des centrales nucléaires presque toutes construites dans les années 1970 et 1980 et qui arriveront donc, en l’état actuel, toutes en fin de vie au même moment, entre 2030 et 2040. Le gouvernement entendrait donc échelonner les arrêts selon la situation de chaque centrale pour arriver à les remplacer plus progressivement, par des énergies renouvelables et du « nouveau » nucléaire. Le calendrier est donc pour le moment aussi crucial qu’incertain

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