Séparatisme : le Sénat adopte l’article « Samuel Paty » qui sanctionne la mise en danger d’autrui par la diffusion d’informations personnelles
Ce vendredi, le Sénat a adopté l’article 18 du projet de loi confortant les principes de la République. Un amendement directement inspiré de l’assassinat de Samuel Paty qui sanctionne la mise en danger d’autrui par la diffusion d’informations personnelles. La séance a été marquée par une franche opposition entre le garde des Sceaux et la gauche du Sénat qui craint pour la liberté de la presse.

Séparatisme : le Sénat adopte l’article « Samuel Paty » qui sanctionne la mise en danger d’autrui par la diffusion d’informations personnelles

Ce vendredi, le Sénat a adopté l’article 18 du projet de loi confortant les principes de la République. Un amendement directement inspiré de l’assassinat de Samuel Paty qui sanctionne la mise en danger d’autrui par la diffusion d’informations personnelles. La séance a été marquée par une franche opposition entre le garde des Sceaux et la gauche du Sénat qui craint pour la liberté de la presse.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Rien de mieux que la présence d’Éric Dupond-Moretti dans l’hémicycle, pour animer les débats au Sénat. Ce vendredi, à l’occasion de l’examen de l’article 18 du projet de loi confortant les principes de la République, les débats se sont particulièrement musclés entre le garde des Sceaux et la gauche du Sénat. Le groupe PS a reproché au ministre de faire peu de cas de la liberté de la presse.

Cet article 18 est directement inspiré des circonstances qui ont entouré l’assassinat de Samuel Paty. « C’est toujours difficile de réécrire l’histoire, mais nous nous sommes dit qu’est ce qui aurait permis d’éviter ça ? Si je vous dis, rien, c’est désespérant mais c’est la réalité. C’est la raison pour laquelle, nous avons conçu l’article 18 », a exposé le ministre.

L’article 18 créé une nouvelle infraction pénale qui sanctionne de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende la mise en danger d’autrui par la diffusion d’informations personnelles, même si cette mise en danger n’est pas suivie de faits. La peine est portée à 5 ans et 75 000 euros d’amende, si la victime est mineure ou dépositaire de l’autorité publique.

La commission des lois du Sénat a ajouté un alinéa afin de prévoir une garantie spécifique pour les journalistes qui bénéficient des garanties procédurales de la loi sur la liberté de la presse de 1881 lorsque « les faits reprochés résultent du contenu d’un message placé sous le contrôle d’un directeur de la publication ».

« Nous considérons que la liberté de la presse peut être attaquée »

Insuffisant pour le groupe communiste et pour le groupe écologiste qui ont déposé, chacun, un amendement de suppression de cet article qui « ressemble comme deux gouttes d’eau à l’article 24 de la proposition de loi sécurité globale » […] Nous considérons que la liberté de la presse peut être attaquée autant par l’article 24 que par cet article 18 », a estimé le sénateur communiste Fabien Gay.

Le groupe socialiste n’a pas demandé la suppression de cet article mais souhaitait une garantie supplémentaire en ajoutant un alinéa pour que cet article n’ait pas pour effet « de réprimer la révélation ou la diffusion de faits, de messages, de données, de sons ou d’images qui ont pour but d’informer le public » lorsque ces informations sont reprises par un tiers dans le but de nuire.

« J’ai eu à plaider pour cette liberté de la presse sous différents quinquennats, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande, et sincèrement je ne pensais pas que ce serait sous ce quinquennat qu’elle serait si malmenée », a considéré le sénateur PS, David Assouline.

Une considération que n’a pas laissée passer le ministre de la Justice. « Entendez que je sois blessé à l’idée que vous puissiez penser que la liberté de la presse, c’est votre monopole […] Moi, je ne suis pas plus liberticide que vous » a rétorqué le ministre avant d’être interpellé par une exclamation ironique de la sénatrice PS, Marie-Pierre de La Gontrie.

« Je ne peux pas entendre que je sois devenu d’un seul coup le grand méchant loup »

« Mme de La Gontrie dit : ah ! Notez-le dans les débats, c’est tellement important. Toujours aimable… […] Je ne peux pas entendre que je sois devenu d’un seul coup, le grand liberticide, le grand méchant loup […] L’article 18 ne concerne en rien les journalistes, il concerne les gens qui propagent la haine », s’est-il agacé rappelant qu’il avait consulté les syndicats de presse, et les patrons de presse avant la rédaction de cet article.

« Je ne peux pas en tant que parlementaire faire l’objet de propos grossiers »

Séparatisme: Marie Pierre de la Gontrie reproche a Dupond Moretti " ses propos grossiers"
00:53

Il faut dire qu’entre le garde des Sceaux et la sénatrice PS, les prises de bec sont fréquentes depuis la prise de fonction d’Éric Dupond-Moretti en juillet dernier. Marie-Pierre de La Gontrie a semblé s’en être lassée au point de faire un rappel au règlement. « Je souhaiterais, qu’indépendamment de l’animosité que le garde des Sceaux peut ressentir à l’égard de tel ou tel, afin de ne pas en faire un fait personnel, qu’il soit possible en tant que parlementaire d’intervenir ici sans qu’il soit exprimé des qualificatifs grossiers ou insultants […] Je ne peux pas en tant que parlementaire, à chaque séance, parce que vous êtes au banc […] faire l’objet de propos grossiers. J’aimerais que cela ne soit plus », a-t-elle demandé.

Sur le fond, c’est l’article 18 tel qu’amendé par la commission des lois qui a été adopté au grand dam du groupe socialiste. « Nous ne comprenons pas […] Comme pour l’article 24 de la loi précédente, comme cet article 18, pour nous, il y a une ligne. On ne peut pas porter atteinte à la liberté de la presse […] Nous ne pourrons pas voter ce texte », s’est désespéré le sénateur PS, Jean-Pierre Sueur.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Séparatisme : le Sénat adopte l’article « Samuel Paty » qui sanctionne la mise en danger d’autrui par la diffusion d’informations personnelles
3min

Politique

Charlélie Couture : « Je suis revenu en France car j’avais le sentiment de ne plus comprendre l’Amérique qui venait d’élire Donald Trump »

Si la liberté artistique avait un visage, ce serait le sien. Charlélie Couture ne s’est jamais contenté de pratiquer un seul art, cela ne lui aurait pas suffi. Alors il chante, sculpte, dessine et même photographie. Pour lui, la création est une nécessité, si bien qu’il était parti vivre cette aventure en Amérique, la tête remplie de rêves mais qui se sont peu à peu dissipés en raison du contexte politique. Son dernier livre, Manhattan Gallery (éd. Calmann-Lévy) retrace cette histoire à travers le portrait de 50 personnes rencontrées dans sa galerie new-yorkaise. Invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, il revient sur sa carrière, ses engagements et ses innombrables projets.

Le

Séparatisme : le Sénat adopte l’article « Samuel Paty » qui sanctionne la mise en danger d’autrui par la diffusion d’informations personnelles
4min

Politique

Déserts médicaux : « Il existe des différences d’espérance de vie entre les départements » alerte Karine Daniel sénatrice socialiste de Loire-Atlantique

Au Clos-Toreau, quartier populaire du sud de Nantes, les habitants se battent depuis deux ans pour obtenir l’ouverture d’un centre de santé. A l’approche des élections municipales, la question des déserts médicaux s’impose dans la campagne comme un sujet de préoccupation récurrent, comme en témoigne cet habitant de Nantes dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le