Sophie Cluzel : « L’individualisation de l’allocation adultes handicapés réduit à néant le fondement de notre solidarité »
Auditionnée ce matin au Sénat, la secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées a confirmé qu’elle était contre la proposition de loi visant à individualiser l’allocation aux adultes handicapés des revenus du conjoint. Votée par les députés, cette PPL sera examinée par les sénateurs le 9 mars, grâce à une pétition qui a permis d’accélérer le calendrier parlementaire.

Sophie Cluzel : « L’individualisation de l’allocation adultes handicapés réduit à néant le fondement de notre solidarité »

Auditionnée ce matin au Sénat, la secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées a confirmé qu’elle était contre la proposition de loi visant à individualiser l’allocation aux adultes handicapés des revenus du conjoint. Votée par les députés, cette PPL sera examinée par les sénateurs le 9 mars, grâce à une pétition qui a permis d’accélérer le calendrier parlementaire.
Public Sénat

Par Antoine Comte

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Le Sénat a lancé il y a un an la possibilité de déposer et de signer des pétitions pour tenter de faire bouger les lignes législatives. La condition ? Récolter 100 000 signatures minimum en six mois. C’est justement le cas de la pétition pour « individualiser l’allocation aux adultes handicapés (AAH) des revenus du conjoint et supprimer la majoration de son plafonnement ». Car, on ne le sait pas forcément, mais cette indemnité de 902 euros mensuelle est calculée actuellement en fonction des revenus du ménage. Or, si le plafond des revenus du couple dépasse très précisément 19 607 euros par an, cette allocation n’est plus versée à la personne conjointe handicapée. Une « injustice » dénoncée dans cette pétition déposée sur le site du Sénat en septembre par une citoyenne très engagée, et qui pourrait donc enfin devenir de l’histoire ancienne.

En fait pas si sûr. Auditionnée ce matin devant la commission des affaires sociales, Sophie Cluzel, la secrétaire d’Etat en charge des personnes handicapées, a rappelé qu’elle n’était « pas favorable » à cette proposition de loi qui propose également dans son article 4 de reporter la barrière d’âge de 60 ans pour solliciter le bénéfice de la prestation de compensation du handicap.

« En supprimant toute notion au plafond et le principe même d’allocation, la présente proposition de loi fait sortir du droit commun 1,2 million de bénéficiaires de l’allocation adulte handicapés. En adoptant cette proposition de loi, nous les excluons de fait de cette notion de partage des ressources, et en individualisant une allocation sans condition de ressources, nous réduisons à néant le fondement même de notre solidarité : soutenir ceux qui en ont le plus besoin », a lancé la ministre en rappelant que si ces nouvelles dispositions venaient à être adoptées, elles représenteraient pas moins de « 20 milliards d’euros de dépenses nouvelles ».

Un constat donc très critique sur cette PPL dont le sénateur Philippe Mouiller est le rapporteur. Pour l’élu LR des Deux-Sèvres, le problème est d’abord la définition que l’on fait de l’allocation handicapée. « On est sur une allocation avec deux jambes. A la fois considérée comme un minima social, mais aussi en même temps comme une compensation par rapport à des gens très éloignés de l’emploi. Donc, deux approches complètement différentes qu’il faut clarifier, et c’est justement très bien que nous ayons ce débat de fond le mois prochain au Sénat ».

« L’individualisation de l’AAH serait un acte fort »

Plusieurs sénateurs ont aussi expliqué à la secrétaire d’Etat pourquoi, selon eux, l’individualisation de cette allocation handicapés (AAH) était très importante à leurs yeux notamment pour lutter contre les violences physiques et économiques que vivent les personnes handicapées. « Des associations nous font remonter des témoignages qui viennent confirmer que cette allocation ne revient pas toujours à la personne qui est handicapée et est malheureusement l’enjeu de violences au sein du couple. Donc cette individualisation serait un acte fort de reconnaissance et de la dignité de la personne handicapée », a expliqué la sénatrice Michèle Meunier.

Cette proposition de loi qui sera examinée le 9 mars prochain en séance publique au Sénat devrait donc donner lieu à de vifs débats entre pro et anti individualisation de cette allocation pour adultes handicapés que de nombreuses associations réclament depuis de nombreuses années aux gouvernements successifs.

Partager cet article

Dans la même thématique

Sophie Cluzel : « L’individualisation de l’allocation adultes handicapés réduit à néant le fondement de notre solidarité »
3min

Politique

Evelyne Bouix : « Il y a encore beaucoup plus de rôles d’hommes que de femmes, c’est une évidence »

Après avoir joué « Fallait pas le dire ! » avec son mari Pierre Arditi, Evelyne Bouix remonte sur scène mais cette fois sans son partenaire de cœur pour la pièce « On ne se mentira jamais » au théâtre de Paris. L’actrice, décidément adepte des comédies autour du mensonge, est aussi un visage bien connu du cinéma français avec une filmographie qui donne le vertige. Humilité, discrétion et audace, voilà le secret d’une carrière plus que réussie. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, elle revient sur son parcours artistique et sur sa vie personnelle intimement liée au 7ème art.

Le

Heat wave at Ehpad in Bordeaux
3min

Politique

Ehpad : « Ça s’est un peu amélioré, mais on est loin du compte. » alerte la sénatrice Anne Souryis

Le placement de personnes âgées en Ephad est toujours une étape redoutée par les familles. Les principaux intéressés ne veulent pas quitter leur domicile et l’entourage craint toujours une mauvaise prise en charge. Des craintes amplifiées depuis l’enquête de Victor Castanet dans son livre « Les Fossoyeurs » en 2022 qui a révélé un système privilégiant le rendement au détriment du bien être des patients. Depuis, les politiques se sont emparés du sujet, mais les moyens déployés sont-ils suffisants ? La prise en charge s’est-elle améliorée ? Et quelles sont les alternatives ? La sénatrice écologiste Anne Souyris et le gériatre Jean-Pierre Aquino en débattent dans l’émission Et la santé, ça va ? présentée par Axel de Tarlé.

Le

France Militant Killed
5min

Politique

Marche en hommage à Quentin Deranque : quelles sont les règles pour interdire une manifestation ?

La marche prévue samedi à Lyon en hommage à Quentin Deranque, l’étudiant nationaliste frappé à mort il y a une semaine dans cette ville, fait craindre au maire écologiste Grégory Doucet « la présence de militants d’extrême droite » et demande son interdiction. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez a indiqué que l’évènement était autorisé. Quelles sont les règles en la matière ?

Le