Sophie Taillé-Polian : « Je quitte le PS et rejoins Génération.s »

Sophie Taillé-Polian : « Je quitte le PS et rejoins Génération.s »

La sénatrice du Val-de-Marne, Sophie Taillé-Polian, annonce à publicsenat.fr sa décision de quitter le PS pour rejoindre le mouvement de Benoît Hamon. « Le PS ne se met pas en situation de reconstruire la gauche » explique la sénatrice. « On n’arrive pas à faire sereinement le bilan » de François Hollande, dénonce Sophie Taillé-Polian, qui parle de « déni ». […]
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

La sénatrice du Val-de-Marne, Sophie Taillé-Polian, annonce à publicsenat.fr sa décision de quitter le PS pour rejoindre le mouvement de Benoît Hamon. « Le PS ne se met pas en situation de reconstruire la gauche » explique la sénatrice. « On n’arrive pas à faire sereinement le bilan » de François Hollande, dénonce Sophie Taillé-Polian, qui parle de « déni ». Elle reste cependant membre du groupe PS du Sénat. Entretien.

Vous décidez de quitter le Parti socialiste. Pour quelles raisons ?
J’ai adhéré en 1995. Aujourd’hui, je quitte le PS parce que j’ai le sentiment qu’après la période politique difficile qu’on a vécue, le PS ne se met pas en situation aujourd’hui de reconstruire la gauche, notamment parce qu’au niveau national, on n’arrive pas à faire sereinement le bilan de l’expérience passée au gouvernement, sous François Hollande. Sans cette base là, il serait très difficile pour le PS de redevenir le pivot au centre de la gauche pour sa recomposition. C’est une sorte de nouveau déni qui se prépare. Ce n’est pas la première fois, c’était comme ça en 2002 et après le référendum sur l’Europe. Malheureusement, car je le regrette, les conditions risquent de ne pas être réunies pour que le PS soit le ferment de la recomposition de la gauche.

Le retour de François Hollande précipite-t-il votre décision ?
La possibilité que François Hollande réapparaisse, c’est lié à cette absence de bilan. Un ancien président a la légitimité à intervenir dans le débat, mais on aimerait un peu plus de hauteur. Le fait qu’il intervienne en coupant l’herbe sous le pied du premier secrétaire montre que le PS aura bien du mal à s’en remettre.

Quelle est justement la responsabilité d’Olivier Faure dans  la situation actuelle ?
Les hommes c’est important, mais les situations politiques sont plus importantes que le tempérament des hommes. Le problème d’Olivier Faure, c’est qu’il a représenté le plus petit dénominateur commun. Au congrès, il a proposé de faire le bilan du quinquennat à la rentrée, ce qui est trop tard et infaisable. Il fallait créer les conditions du débat avant.

Le PS a arrêté une ligne marquée à gauche pour la campagne des européennes. N’était-ce pas un gage suffisant ?
Au PS, on dit depuis fort longtemps qu’on veut une Europe sociale. Mais là non plus, on n’a pas fait le bilan de l’action du gouvernement socialiste avec son Président au sein de l’Europe pour réorienter la construction européenne. Je ne claque pas la porte, mais je fais un constat. Si on ne fait pas cela, ce bilan, le PS ne retrouvera pas de crédibilité auprès des Français.

Allez-vous rejoindre un autre parti ?
J’ai décidé de rejoindre Génération.s (le mouvement créé par Benoît Hamon, ndlr). C’est le bon chemin pour deux raisons : depuis la présidentielle, beaucoup de débats ont été posés par Benoît Hamon et Générations.s. Ces propositions, il faut les faire vivre. C’est aussi le germe du renouveau à gauche. A Génération.s, il y a un souhait très fort de pratiques nouvelles à mettre en place, une ouverture vers les citoyens. Ce sont deux choses qui me donnent envie.

Avez-vous pensé suivre l’initiative d’Emmanuel Maurel et de la sénatrice PS Marie-Noëlle Lienemann qui se préparent à créer un nouveau mouvement avec le MRC (Mouvement républicain et citoyen), en vue d’un rapprochement avec la France insoumise pour les européennes ?
Non. Ça n’a pas été une piste pour moi. Il n’est pas souhaitable aujourd’hui, même s’il y a de fortes aspirations à l’union de la gauche au sein du peuple de gauche, de rechercher l’alliance avec la France insoumise pour les européennes. Car il faut poser sur la table des propositions positives et pro européennes. Il ne faut pas attendre de sortir des traités pour réformer l’Europe. C’est ce discours pro européen qui est fondamental pour moi. Donc il n’est pas souhaitable d’entrer dans une discussion avec la France insoumise. J’ai aussi des difficultés à comprendre la position de la France insoumise sur les migrants. C’est un élément important.

Allez-vous quitter le groupe PS ?
Non. J’ai demandé à mes collègues sénateurs socialistes de pouvoir continuer à travailler avec eux. L’ambiance du groupe est constructive, de travail, dans le respect mutuel. Ce matin, le groupe PS a accepté ma demande. Je ne suis pas dans un état d’esprit d’aigreur, de vouloir claquer porte. Je ne pense pas non plus que le PS ne sera pas présent dans les années à venir. Dans mon territoire, je soutiens les élus locaux du PS et je les soutiendrai. Je ne souhaite pas affaiblir le PS, je souhaite construire la gauche.

Partager cet article

Dans la même thématique

Sophie Taillé-Polian : « Je quitte le PS et rejoins Génération.s »
2min

Politique

Municipales 2026 : « On ne peut pas critiquer la vie politique si on n’y participe pas », estime Albane Gély, primo-votante

Les élections municipales qui auront lieues le 15 et 22 mars prochains seront pour certains la première occasion de voter. Invitée dans l’émission Dialogue Citoyen, Albane, étudiante en droit et philosophie, témoigne de l’importance pour elle de voter, une exception chez les 18-25 ans qui n’étaient que 30% à s’être déplacés lors des dernières élections municipales. Une élection organisée juste avant la période de confinement.

Le

Sophie Taillé-Polian : « Je quitte le PS et rejoins Génération.s »
3min

Politique

Alain Duhamel : « Les Français sont dans un état de défiance que je trouve totalement disproportionné »

Il a connu Pompidou, interviewé Valéry Giscard d’Estaing, mis sur le grill François Mitterrand et, pour ainsi dire, vu naître politiquement tous les autres présidents de la Cinquième République. Voilà cinquante ans qu’Alain Duhamel ausculte la politique française avec une tempérance devenue sa marque de fabrique. La retraite ? Impensable pour l’éditorialiste qui publie Les Politiques, portraits et croquis (éditions de l’Observatoire) dans lequel sont scrutées 63 personnalités politiques avec beaucoup de franchise. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde un regard, il revient sur les souvenirs marquants de sa carrière et analyse le climat politique des dernières années.

Le

6min

Politique

Royaume-Uni : Keir Starmer face à « la défiance » de son propre camp, après de nouvelles révélations entre Jeffrey Epstein et l’ancien ambassadeur britannique à Washington

Le Premier ministre essuie les conséquences de sa décision de nommer Peter Mandelson en tant qu’ambassadeur à Washington en 2024, alors que ses liens avec Jeffrey Epstein étaient déjà connus. Après la publication de nouveaux fichiers sur le financier américain, la pression s’accentue contre Keir Starmer, déjà fragilisé depuis le début de son mandat.

Le

Municipales 2026 : la décision du ministère de l’Intérieur de classer la France insoumise à l’extrême gauche peut-elle être fondée ?
8min

Politique

Municipales 2026 : la décision du ministère de l’Intérieur de classer la France insoumise à l’extrême gauche peut-elle être fondée ?

Le ministère de l’Intérieur a déclenché les foudres des Insoumis en classant ce mouvement pour la première fois à l’extrême gauche, dans une circulaire adressée aux préfets en vue de la catégorisation des candidats et des listes. Ce n’est pas la première fois que la place Beauvau est critiquée pour ses choix.

Le