Taxe sur les superdividendes : l’amendement Mattei fait son retour au Sénat dans une version modifiée
A la faveur de l’examen du budget 2023 au Sénat, le sénateur Modem Jean-Marie Vanlerenberghe a redéposé l’amendement du patron du groupe Démocrate de l’Assemblée, Jean-Paul Mattei, dans une version qui exclut les entreprises de taille intermédiaire. Il prévoit d’augmenter « la flat tax » de 30 à 35 %. Une taxe exceptionnelle limitée à 2023, mais à laquelle le gouvernement s’oppose.

Taxe sur les superdividendes : l’amendement Mattei fait son retour au Sénat dans une version modifiée

A la faveur de l’examen du budget 2023 au Sénat, le sénateur Modem Jean-Marie Vanlerenberghe a redéposé l’amendement du patron du groupe Démocrate de l’Assemblée, Jean-Paul Mattei, dans une version qui exclut les entreprises de taille intermédiaire. Il prévoit d’augmenter « la flat tax » de 30 à 35 %. Une taxe exceptionnelle limitée à 2023, mais à laquelle le gouvernement s’oppose.
François Vignal

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Ne pas clore le débat. Le Modem ne lâche pas l’affaire sur les superdividendes. Le président du groupe Démocrate de l’Assemblée, Jean-Paul Mattei, avait défendu un amendement, lors de l’examen du budget 2023, pour augmenter la flat tax de 30 à 35 %. On connaît la suite : le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a mis tout son poids politique pour s’y opposer, au nom de la politique pro entreprise du gouvernement et de sa volonté de ne pas augmenter les impôts.

A la faveur de l’arrivée du projet de loi de finances au Sénat, dont l’examen a commencé jeudi 17 novembre, le Modem remet une pièce dans la machine. Le sénateur Jean-Marie Vanlerenberghe a déposé de nouveau l’amendement. « Cet amendement, qui n’a pas toujours été compris, a un grand mérite, celui de favoriser, d’inciter les entreprises à investir, plutôt qu’à distribuer. Elles ne manquent pas de sujets pour ça, notamment la transition énergétique », défend le sénateur Modem du Pas-de-Calais. Concrètement, « si les bénéfices dépassent 20 % de la moyenne des cinq dernières années, on prélève 5 % de plus. Cela ne s’applique que pour 2023 », précise l’ancien rapporteur du Budget de la Sécurité sociale au Sénat, qui salue le « beau travail » du président du groupe Modem sur le sujet.

« Les plus grosses » entreprises visées

Jean-Paul Mattei, justement, explique de son côté avoir « un peu modifié » son amendement, en lien avec le sénateur. « On a relevé un peu le seuil des entreprises concernées. On était à 750 millions de chiffre d’affaires, là on est à 1,2 milliard. Ça toucherait moins d’entreprises. L’idée était de sortir les ETI, les entreprises de taille intermédiaire. C’est essentiellement les plus grosses », explique le député des Pyrénées-Atlantiques. « Il y a aussi des clauses pour ne pas pénaliser les entreprises qui, traditionnellement, ne versent pas de dividendes. Si elles ne le font pas depuis 5 ans, et se mettent à distribuer, elles sont exclues » de la taxe exceptionnelle, ajoute le président du groupe Démocrate.

Dans un contexte d’inflation galopante, une telle mesure paraît plus que nécessaire pour les deux parlementaires. « Pour moi, la politique, c’est aussi un langage des signes. C’est un signe qui est donné à ceux qui n’ont pas la chance d’avoir ces possibilités d’accroître leurs revenus. Il faut montrer que tout le monde est solidaire », avance Jean-Marie Vanlerenberghe. Et « ça ne met pas en difficulté les entreprises, car ça ne vise que les actionnaires », insiste Jean-Paul Mattei.

« Bruno Le Maire a une doxa de tout faire pour l’entreprise. Curieusement, il n’a jamais travaillé en entreprise… »

Reste que le gouvernement s’opposera encore, à n’en pas douter, à l’amendement Modem, comme il l’a fait à l’Assemblée. Dans un entretien aux Echos jeudi, la première ministre Elisabeth Borne affirme qu’un nouvel amendement serait « contre-productif », préférant laisser les partenaires sociaux discuter. Un dogmatisme de l’exécutif et du ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, qui hérisse Jean-Marie Vanlerenberghe. « Bruno Le Maire a une doxa de tout faire pour l’entreprise. Curieusement, il n’a jamais travaillé en entreprises… Moi j’ai travaillé dans différentes entreprises, je peux en parler. Ça ne me paraît pas confiscatoire », lance le sénateur Modem du Pas-de-Calais.

Lire aussi » Superdividendes : le parti Renaissance remet une pièce dans la machine et lance sa réflexion

Jean-Marie Vanlerenberghe ne se fait guère d’illusion sur le devenir de son amendement. D’autant que les sénateurs de son groupe Union centriste préfèrent soutenir leur amendement sur la taxe sur les superprofits. Le sujet sera en effet abordé dans la foulée, avec également des amendements des groupes PS, communistes et écologistes. Mais sur le papier, ils ne devraient pas non plus trouver de majorité.

Jean-Paul Mattei ne devrait pas pouvoir redéposer son amendement à l’Assemblée

Alors que le parti Renaissance a confié à Pascal Canfin une mission de réflexion sur le partage de la valeur, la discussion au Sénat permettra de « montrer que le débat continue », confirme Jean-Paul Mattei. Il ne devrait en revanche pouvoir se prolonger au Palais Bourbon. S’il comptait redéposer son amendement sur les superdividendes lors du retour du texte à l’Assemblée, le président du groupe Modem risque de ne pas pouvoir. « Techniquement, j’ai un problème pour le faire, dans la mesure où il a été enlevé, dans le cadre du 49.3 ». La règle dite de « l’entonnoir », qui veut que ne restent en discussion que les points faisant l’objet d’un désaccord, limite le droit d’amendement après la commission mixte paritaire. Les portes risquent en effet de se refermer. Le gouvernement, en revanche, n’est lui pas concerné et peut toujours déposer des amendements à tout moment. De quoi lui permettre, on ne sait jamais, de changer d’avis.

Partager cet article

Dans la même thématique

Bourgoin-Jallieu  demonstation against sexual violence targeting women and children
6min

Politique

Loi intégrale contre les violences sexuelles : « Que le gouvernement aborde l'examen de ce texte avec humilité et en ayant en tête son bilan », enjoint Laurence Rossignol

Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé l'inscription de la proposition de loi « intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles comme premier texte de l'ordre du jour de l'Assemblée nationale lors de la reprise de la session ordinaire, début octobre. Ce texte de 69 articles est inspiré des 140 propositions élaborées par une coalition d'associations féministes et de défense des droits des enfants. Le meurtre dramatique de la jeune Lyhanna avait mis la pression sur l'exécutif, poussé par l'opposition de gauche et le bloc central, à aborder les violences sexuelles et sexistes dans une approche systémique.

Le

PARIS: REF 2026, Rencontre des Entrepreneurs de France 2025 du Medef – Présidentielle 2027 : suivez le premier débat de la campagne entre sept candidats réunis par le Medef
7min

Politique

Présidentielle 2027 : une multitude de candidats mais combien seront-ils réellement sur la ligne de départ ?

À huit mois de l’élection présidentielle, la course à l’Élysée donne l’impression d’une compétition sans limite. Une trentaine de personnalités, déclarées, pressenties ou envisagées, ambitionnent déjà de se présenter. Mais entre les primaires, le financement des campagnes et surtout les 500 parrainages d’élus nécessaires, la liste devrait rapidement se réduire.

Le

Photo illustration collage affiches election presidentielle de 2027
5min

Politique

Présidentielle : et si les électeurs français étaient moins indécis qu’on ne le pense ?

Une étude de Terra Nova en partenariat avec Cluster 17 sortie ce mercredi étudie la structure de l’électorat français à quelques mois de la présidentielle. Elle décrit des électeurs répartis en cinq blocs politiques. Si la porosité entre eux est possible, elle est plus probable entre blocs voisins. Si aucune majorité ne se dégage des estimations du premier tour, au second, le modèle prédit une victoire de Marine Le Pen dans tous les cas.

Le

Paris: The senate vote on an amendment of a government plan to enshrine the « freedom » to have an abortion in the French Constitution
11min

Politique

« La disparition de François Patriat nous ressoude encore plus » : confiant sur son maintien lors des sénatoriales, le groupe RDPI face à l’après Macron

Avec le décès de François Patriat, qui dirigeait le groupe macroniste depuis sa création en 2017, le RDPI, dont plus de la moitié des membres est renouvelable, aborde les sénatoriales dans des conditions très spéciales. Mais la disparition du fidèle d’Emmanuel Macron vient aujourd’hui resserrer les liens. Des questions se poseront plutôt après la présidentielle, où la « recomposition au centre » pourrait concerner le groupe, qui va avant se trouver un nouveau président. Plusieurs noms circulent.

Le