Vaccins : la Haute autorité de santé prévoit « 3 ou 4 millions de doses » début 2021
Les membres de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) ont auditionné ce mardi matin la professeure Elisabeth Bouvet, présidente de la commission technique des vaccinations de la Haute autorité de santé (HAS), et Michèle Morin-Surroca, cheffe du service « Évaluation économique et santé publique » de la HAS.

Vaccins : la Haute autorité de santé prévoit « 3 ou 4 millions de doses » début 2021

Les membres de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) ont auditionné ce mardi matin la professeure Elisabeth Bouvet, présidente de la commission technique des vaccinations de la Haute autorité de santé (HAS), et Michèle Morin-Surroca, cheffe du service « Évaluation économique et santé publique » de la HAS.
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Par Pierre Maurer

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Éviter un nouveau fiasco. Après les manques criants de stocks de masques pendant la première vague de Covid-19 et l’échec de la stratégie de tests, le gouvernement communique tambour battant autour des nouveaux vaccins disponibles a priori à partir de janvier. Reste encore à organiser une stratégie vaccinale efficace et adaptée aux contraintes de ces vaccins développés à vitesse grand V.

En guise d’indication et de socle national, la Haute Autorité de la santé (HAS) a dégainé un plan de vaccination en cinq phases, priorisant les personnes les plus à risques et les personnels soignants. Stratégie que se sont chargées de détailler ce mercredi matin la professeure Elisabeth Bouvet, présidente de la commission technique des vaccinations de la HAS, et Michèle Morin-Surroca, cheffe du service « Évaluation économique et santé publique » de l’organisme public indépendant, devant les parlementaires de l’OPECST.

Vaccins en quantité limitée

Contraints par le peu de données disponibles et fluctuantes, les membres de la HAS ont « essayé de travailler en prenant en compte au fur et à mesure les informations qu’on avait », a expliqué en préambule Elisabeth Bouvet. S’offraient deux possibilités : « Soit se dire qu’on peut vacciner un nombre suffisamment important de personnes. Soit agir et protéger les personnes qui sont les plus vulnérables face au virus ». En bref, soit agir sur l’immunité collective, soit agir sur les personnes les plus à risque. La seconde option a finalement été retenue car « pour raisonner en termes d’immunité collective, il faut que l’on ait des données et la certitude que les vaccins agissent bien sur la transmissibilité du virus », ce qui fait défaut jusqu’ici pour les deux vaccins « ARN » annoncé par Pfizer et Moderna. Au rayon bonnes nouvelles, la HAS n’a pas détecté à ce stade de contre-indications « pour les vaccins ARN ».

En sus, « l’âge est le facteur principal de mortalité et de risque » selon les données de Santé Publique France et « 15 % des clusters sont survenus dans les Ehpad, ainsi qu’un tiers des décès. » « Ce qui nous a permis de prioriser et de définir les populations les plus vulnérables à l’infection », ajoute la professeure. « Par principe de réciprocité, d’exemplarité, et le souci de préserver le système de santé », il a également semblé important et prioritaire à la HAS « d’associer la vaccination des personnels de santé aux premières vaccinations ». Une fois les vaccins candidats connus, la HAS a réalisé des modélisations pour étudier leur impact. Enfin, la quantité limitée de vaccins disponibles dans un premier temps a convaincu la HAS d’opter pour la stratégie par phases. « On s’attend à avoir dans les premiers mois de 2021 au maximum 3 ou 4 millions de doses », a dévoilé Elisabeth Bouvet. « C’est dans ce contexte de mise à disposition progressive des doses que nous avons élaboré cette stratégie », complète Michèle Morin-Surroca. Pour rappel, la France a annoncé avoir précommandé près de 90 millions de doses de vaccins.

Logistique contrainte

Les questions des parlementaires se sont focalisées sur la logistique de cette stratégie vaccinale. Elisabeth Bouvet n’a pas caché que le conditionnement du premier vaccin Pfizer est assez contraignant. « Il se conserve à - 70 / - 80 degrés, et l’on dispose de 5 jours pour l’utiliser ». Sont donc installés « en ce moment » des congélateurs à -80 degrés « un peu sur tout le territoire national dans les lieux de santé », a-t-elle affirmé. Et de détailler : « Les Ehpad vont faire savoir le nombre de personnes qu’ils ont à vacciner et les pharmacies vont préparer les doses. Les EHPAD auront une semaine pour vacciner leurs résidents ». Le vaccin de Moderna, qui arrivera après celui de Pfizer « aura des conditions de conservation beaucoup moins difficile. Le AstraZeneca aussi », a-t-elle assuré.

Qui pourra vacciner les résidents de ces établissements lors de la première phase ? « Ce sera sous la responsabilité du médecin. Il y aura forcément une consultation médicale. » L’administration du vaccin sera ensuite réalisée par « des médecins ou des infirmiers ». Le consentement à la vaccination des personnes âgées se fera par oral. « Si la personne n’est pas en état de donner son consentement au vaccin, c’est sa famille qui sera interrogée », a-t-elle expliqué. Le consentement par écrit a été écarté par la HAS, car susceptible de « faire soulever une certaine défiance vis-à-vis du vaccin ».

Pour les phases ultérieures de vaccination, la HAS souhaite « que d’autres professionnels puissent vacciner », comme les pharmaciens ou les sages-femmes. Faudra-t-il vacciner plusieurs fois ? « On ne sait pas pour le moment. Le temps passant, on aura un peu plus de recul, et on espère avoir une immunité qui dépasse 6 mois, mais nous ne sommes pas encore sûrs », a répondu Elisabeth Bouvet. En outre, un certificat de vaccination sera délivré à chaque personne vaccinée. Concernant un éventuel passeport vaccinal, elle estime qu’il est un « peu tôt pour se prononcer ». La HAS travaillera en tout cas de concert avec le comité formé autour du nouveau « Monsieur vaccin » du gouvernement, Alain Fischer, qui sera auditionné ce jeudi au Sénat. « C’est un comité ad hoc centré sur la communication et la mise en œuvre de la stratégie », a précisé la professeure. « Nous avons établi des principes généraux sur la stratégie de vaccination. Mais cela n’a pas vocation à définir la logistique précise sur le terrain. C’est à la main du ministère », a tenu à clarifier Michèle Morin-Surroca. La stratégie vaccinale sera débattue au Sénat le 17 décembre prochain.

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