39h dans la fonction publique : confusion dans le camp Fillon
Des fonctionnaires aux 39 heures payées 37 heures ? Ou 39 heures ? En réalité, ce qui apparaît comme un manque de clarté est une proposition qui sera soumise à négociation dans le futur.

39h dans la fonction publique : confusion dans le camp Fillon

Des fonctionnaires aux 39 heures payées 37 heures ? Ou 39 heures ? En réalité, ce qui apparaît comme un manque de clarté est une proposition qui sera soumise à négociation dans le futur.
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Après un mois de décembre marqué par des attaques concentrées sur son projet de réforme de la sécurité sociale, François Fillon va devoir convaincre et expliquer, pour l’emporter au-delà de sa propre famille politique, ses projets de réforme de la fonction publique. Car au sein même de son camp, plusieurs versions circulent parfois.

Sur RTL ce matin, le maire LR de Tourcoing Gérald Darmanin s’est quelque peu emmêlé les pinceaux en affirmant que François Fillon souhaitait faire passer les fonctionnaires des 35 heures aux 39 heures payées 39 heures. Avant de se reprendre, en s’appuyant sur de meilleurs traitements par des « heures supplémentaires » et des « revalorisations de carrière ».

À une heure d’intervalle, sur l’antenne de France Info, Éric Woerth, lui aussi membre de l’équipe de campagne, tenait un discours parfaitement inverse :  « cela ne peut pas être 39 payées 39, il faut évidemment l'assumer […] Sinon cela ne sert à rien ».

Que dit le programme ? Si le retour aux 39 heures pour la fonction publique est  très clairement énoncé depuis des mois, le montant de la compensation salariale n’est, lui, indiqué nulle part.

« Politique salariale de revalorisation »

Le programme en ligne de François Fillon indique simplement qu’une partie des économies dégagées avec la suppression de 500 000 postes permettra de financer cette hausse du temps de travail : « augmenter le temps de travail de 35h à 39h, tout en recyclant une partie des économies réalisées dans une politique salariale de revalorisation ».

Au chapitre Collectivités, le candidat affirme vouloir compenser les 39 heures par une « compensation financière partielle et de meilleures perspectives de carrières ».

La proposition avait été énoncée dans des termes similaires dès septembre 2014 dans un manifeste publié par son mouvement Force Républicaine, avant d’être reprise dans son ouvrage Faire.

François Fillon n’a en revanche jamais caché sa préférence pour l’expérience de l’usine Smart de Hambach (Moselle). Un site, où à la suite d’un référendum organisé en 2015, les salariés sont retournés aux 39 heures, sur la base de 37 heures rémunérées.

« Ça ne se fera pas, j’en prends le pari », prédisait Alain Juppé

Durant le débat de l’entre-deux tour de la primaire, le 24 novembre, François Fillon avait à nouveau défendu le cas de l’usine Smart, en indiquant cela ne pouvait intervenir que « dans le cadre d'un accord » :

« Je veux une négociation qui soit un partage des gains entre la puissance publique et les salariés. 37 heures, c’est un exemple que j’ai cité en pensant à l’entreprise Smart en Lorraine, où les salariés ont accepté de travailler 39 heures payées 37 ».

Ces déclarations avaient même donné lieu à une vive réponse de la part d’Alain Juppé, convaincu qu’une telle réforme ne serait « pas juste » :

« Ça ne se fera pas, j’en prends le pari […]Un salarié qui travaille 39 heures sera payé 39 heures. On ne peut pas demander aux fonctionnaires de travailler plus pour gagner moins ».

Alain Juppé : "On ne fera pas une réforme dans la fonction publique 39h payées 37"
01:08

Deux lieutenants de Fillon appuient sur le 39h payées 37h

39 heures payées 37 heures ne seraient donc qu’un « exemple ». Toutefois, des annonces en novembre venues de l’équipe rapprochée de François Fillon ont contribué à alimenter le flou sur ce point controversé du programme. Le 15 novembre, sur l’antenne de Public Sénat, le patron des sénateurs Les Républicains (désormais coordinateur de la campagne de François Fillon), indiquait dans L’Épreuve de Vérité (à partir de 9:00) :

« Ce que propose François Fillon, c’est qu’on puisse passer avec une rémunération de 37 heures et qu’il y ait une négociation qui puisse s’engager pour qu’on puisse accompagner les carrières dans la fonction publique »

Invité : Bruno Retailleau - L'épreuve de vérité (15/11/2016)
44:17

Des propos semblables avaient été aussi tenus par Florence Portelli au lendemain du premier tour de la primaire, au micro de France Inter (à partir de 36:05). La réorganisation du travail des fonctionnaires est « un sujet assez complexe », confessait la future porte-parole de François Fillon. Interrogée sur la rémunération d’une durée de travail portée à 39 heures, elle lâchait : « pas 39, ça c’est sûr ». Et de préciser : « 37 a priori ».

« 39 heures payées 39, cela ne gérerait aucune économie »

La marge de manœuvre semble étroite, entre d’un côté des économies trouvées – l’objectif affiché de réduire de 500 000 le nombre de postes dans la fonction publique – et de l’autre de nouvelles dépenses à assumer : rémunérer davantage des fonctionnaires dont la durée de travail se retrouverait augmentée. Sensible politiquement, le montant de la rémunération des 39h dans la fonction publique fera l’objet de « négociations ».

Ainsi le 23 novembre, dans Le Monde, Serge Grouard, responsable du projet de François Fillon, expliquait que « si les 39 heures étaient payées 39, cela ne gérerait aucune économie », précisant que des « négociations s’ouvriraient » pour fixer le montant de la compensation salariale.

En avril 2016, François Fillon déclarait dans une interview-fleuve au Figaro : « Ce ne sera pas 39 heures payées 39, ni 39 heures payées 35. Il faudra un compromis, comme chez Smart où les salariés ont voté 39 heures payées 37 ».

La responsabilité aux administrations et syndicats

Plus récemment, le 18 décembre, en pleine absence médiatique de François Fillon, son conseiller spécial Jérôme Chartier récusait dans le Grand Jury formellement l’idée répandue dans les médias de 39 heures payées 37 :

« Ce n’est pas vrai. Pourquoi il ne l’a pas dit ? Simplement parce que les négociations syndicales ça existe, parce que les responsables des administrations et les autorités territoriales ça existe. Et donc, ce sont elles, comme à l’époque du passage du 35 heures par Madame Aubry, ce sont elles qui prennent les responsabilités ».

Une façon de se dédouaner d’un dossier potentiellement risqué électoralement, à droite comme à gauche. D’autant qu’une récente étude du Cevipof montre que les fonctionnaires forment un électorat qui se droitise, abandonnant de plus en plus les candidats de gauche au cours des derniers mois.

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