A Lyon, la guerre de succession est déclarée
Qui va à la chasse, perd sa place? Parti au gouvernement puis revenu à Lyon, Gérard Collomb pensait y avoir assuré ses arrières....

A Lyon, la guerre de succession est déclarée

Qui va à la chasse, perd sa place? Parti au gouvernement puis revenu à Lyon, Gérard Collomb pensait y avoir assuré ses arrières....
Public Sénat

Par Pierre PRATABUY

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Qui va à la chasse, perd sa place? Parti au gouvernement puis revenu à Lyon, Gérard Collomb pensait y avoir assuré ses arrières. Mais son ancien lieutenant David Kimelfeld est désormais son concurrent déclaré pour les élections de 2020.

Au printemps 2017, c'est à lui que le ministre de l'Intérieur avait confié la présidence de la métropole, véritable siège du pouvoir lyonnais - le fauteuil de maire revenant à Georges Képénékian, autre fidèle. Dix-huit mois plus tard, M. Collomb quittait Paris pour rallier ses terres, avec la ferme intention d'y régner encore quelques années.

Pour l'heure, le baron est redevenu maire mais n'a pas souhaité retrouver sa place à la tête de l'agglomération. Officiellement, l'ex-ministre a voulu devancer l'application de la loi, qui interdira le cumul des postes au prochain mandat. En réalité, sa réélection était loin d'être acquise dans l'hémicycle métropolitain, où il s'est fâché avec des alliés historiques.

De quoi donner des ailes à son remplaçant? "Je ne suis pas un intermittent, ni un intérimaire", martelait M. Kimelfeld au retour de son mentor. La confirmation est venue mardi sur le plateau du "Talk" du Figaro: il sera "bien sûr candidat" à sa succession en 2020.

Interrogé mercredi par le site d'information Salade lyonnaise, en marge de l'audience de rentrée du tribunal de commerce, M. Collomb a jugé cette annonce "un peu prématurée". "Aujourd'hui, on voit bien que nous ne sommes pas en campagne, nous avons à gérer une situation difficile au niveau du pays. Le moment venu, je dirai ce que j'en pense", a ajouté celui qui avait déclaré ses propres intentions dès l'automne - sans choisir officiellement, à ce stade, entre la ville et la métropole.

Depuis, les relations entre les deux hommes sont devenues glaciales. "La situation est extrêmement tendue", confiait en décembre l'entourage de M. Kimelfeld. A un journaliste qui comparait la politique lyonnaise à une tragédie grecque, l'ex-ministre - ancien professeur de lettres classiques - a répondu en citant les Atrides, famille maudite de la mythologie dont la destinée est marquée par l'infanticide et le parricide.

- Rapport de forces -

Faudra-t-il "tuer" le père - ou le fils - pour la capitale des Gaules ? Il y a trois ans, MM. Collomb et Kimelfeld s'étaient entendus sur un partage du pouvoir: en 2020, sous réserve de succès électoral, le premier aurait la métropole, le second la mairie. Mais la parenthèse gouvernementale a bouleversé l'ordre des choses.

De son propre aveu, "Gégé", comme on le surnomme entre Rhône et Saône, n'a jamais coupé le cordon avec "sa ville" et l'ambiance de travail à la métropole, où deux de ses proches contrôlaient le cabinet de Kimelfeld, s'est envenimée au fil des mois. "Il y a des gens ici qui montaient place Beauvau avec des dossiers sous les bras, il n'est jamais vraiment parti", juge un élu écologiste.

Pour affirmer son indépendance, l'ex-dauphin devenu rival a fait le ménage autour de lui et pas une semaine ne passe sans qu'une anecdote - nomination à un poste clé, problème de protocole, course aux inaugurations, accès d'autoritarisme - ne vienne illustrer le rapport de forces.

Plus jeune (57 ans contre 71), moins connu mais plus enclin au dialogue, David Kimelfeld, ex-infirmier devenu chef d'entreprise, ancien socialiste passé lui aussi chez LREM, incarne un nouveau style et insiste sur les enjeux climatiques et sociaux quand Gérard Collomb se focalise sur l'attractivité économique de Lyon.

Reste que la majorité que chacun aspire à rassembler, du centre-droit à la gauche en passant par les Verts, est la même et il n'y aura pas de place pour deux, sauf à conclure un nouveau pacte: à Kimelfeld la métropole et à Collomb la mairie ? Pas sûr que celui-ci s'en contente.

"La question est de savoir si l'on va éviter le drame d'une deuxième liste", souligne un animateur local d'En Marche. Le parti tranchera-t-il au moment des investitures ? Pour un proche du maire, "personne ne décidera à la place de Collomb, même si à la fin tout le monde doit perdre".

Partager cet article

Dans la même thématique

FRA – ASSEMBLEE – QUESTIONS AU GOUVERNEMENT
7min

Politique

Affaire Lyhanna : après un rapport accablant de l'inspection, la responsabilité politique est-elle écartée ?

L'inspection générale de la gendarmerie nationale et de la justice déclenchée par la mort de la jeune Lyhanna a pointé, ce lundi, une série de dysfonctionnements suite au dépôt de plainte pour viols sur mineure de moins de 15 ans déposée en août 2025 contre Jérôme Barella. Sébastien Lecornu indique que « la puissance publique ne se défaussera pas » face à « une vérité d'une extrême gravité » et promet des mesures, sans évoquer la proposition de « loi intégrale » sur la lutte contre les violences sexistes et sexuelles.

Le

France Extreme Weather Heat
8min

Politique

Canicule : le congé climatique fait monter la température politique

Face à une nouvelle vague de chaleur, les Écologistes proposent la création d’un « congé climatique » de cinq jours par an. Une mesure qui est déjà mise en place en Espagne depuis 2024. Entre urgence sanitaire, coût économique et adaptation de la société, la mesure attise les débats bien au-delà du thermomètre.

Le

The left-wing groups give a press conference on Bill of Finance
6min

Politique

Sénatoriales 2026 : les communistes visent « la stabilité », voire gagner des sièges « si toutes les planètes sont alignées »

Avec seulement 4 sénateurs renouvelables sur 18, le groupe CRCE-K (communiste) du Sénat aborde les élections sénatoriales de septembre prochain avec une certaine sérénité. Il espère conserver les sièges de ses quatre sortants. C’est surtout le scrutin de 2029, où 14 siègent seront remis en jeu, qui s’annonce plus ardu.

Le

Lyhanna Case – Funerals and Last Tribute.
4min

Politique

Affaire Lyhanna : « Pertes de temps, défaillances et absence de suivi de procédure », pointe le  pré-rapport d’inspection

Trois semaines après la découverte du corps de la jeune Lyhanna, l'inspection générale de la gendarmerie nationale et de la justice a présenté un premier rapport destiné à faire la lumière sur les dysfonctionnements et les erreurs individuelles qui ont conduit à cette affaire qui a ému la France entière. Devant la presse, les deux inspecteurs généraux de la justice et de la gendarmerie, ont confirmé que la plainte pour viols sur mineure de moins de 15 ans déposée en août 2025 contre Jérôme Barella n'avait « pas été traitée comme une procédure prioritaire », par les services d'enquête et le parquet du Gers.

Le