A Lyon, les « gilets jaunes » face aux violences entre groupes radicaux
Depuis un mois, des affrontements opposent militants d'extrême gauche et d'ultra-droite dans les cortèges des "gilets jaunes" à...

A Lyon, les « gilets jaunes » face aux violences entre groupes radicaux

Depuis un mois, des affrontements opposent militants d'extrême gauche et d'ultra-droite dans les cortèges des "gilets jaunes" à...
Public Sénat

Par Alexandre GROSBOIS, Sandra LAFFONT

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4 min

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Depuis un mois, des affrontements opposent militants d'extrême gauche et d'ultra-droite dans les cortèges des "gilets jaunes" à Lyon, forçant ces derniers à ébaucher des plans pour juguler ce phénomène qui ternit le mouvement.

Samedi dernier, la bataille rangée qui a brièvement opposé des dizaines de militants des deux bords, près des quais du Rhône, a marqué les esprits. Des témoins se sont dits choqués des violences, à coups de poings, de bâtons ou de ceinturons.

Souvent cagoulés ou masqués, des militants d'ultra-droite sont régulièrement visibles. L'implantation de leurs groupuscules à Lyon, de l'Action française au Bastion Social en passant par Génération Identitaire, n'est pas nouvelle. L'ouverture d'une école par Marion Maréchal en septembre a renforcé cette image de carrefour des droites extrêmes.

Depuis janvier, des rixes les opposent quasiment chaque samedi aux "antifa", eux aussi traditionnellement bien représentés dans les cortèges lyonnais, y compris parmi les syndicalistes. Des incidents favorisés par un service d'ordre invisible parmi les "gilets jaunes".

"Ça a commencé le 12 janvier, c'était du dix contre dix. Jusque-là, ils se +reniflaient+ mais sans affrontement. La semaine d'après, il y a eu une bagarre plus importante, entre 30 et 50 de chaque côté, ça n'a pas duré longtemps car on est intervenu mais c'était violent", raconte à l'AFP une source policière, pour qui l'affrontement de samedi dernier avait des airs de revanche.

"Les gilets en ont marre de cette guéguerre. Ces bagarres dégradent les manifestations et ça nous fait une mauvaise pub, les gens ne veulent plus venir", déplore Fabrice, membre de la coordination régionale des "gilets jaunes". "Il faudrait virer les deux" bords, renchérit Guillaume, "gilet jaune" de la périphérie lyonnaise.

A défaut, un "service de sérénité" est en gestation, avec des volontaires formés par des professionnels de la sécurité. "Ils ne seront pas là dès ce samedi, ça va prendre du temps à se mettre en place. Mais on va prendre les choses en main", assure Fabrice.

De son côté, la préfecture se borne à assurer de sa "vigilance toute particulière à l'ultra-droite et l'ultra-gauche", en prônant "une extrême fermeté".

- A qui la faute ? -

Dans chaque camp, on se rejette la responsabilité.

"C'est une vieille tactique : j'attaque et après je viens chouiner... qu'ils assument leurs actes", estime Steven Bissuel, ex-leader national du Bastion social. "Les antifascistes sont extrêmement nuisibles, n'ont pas d'intérêt pour la lutte sociale, ils agissent par intérêt idéologique, alors que l'essentiel est le pouvoir d'achat, la fiscalité et l'immigration", estime-t-il.

Marine Le Pen, de passage à Lyon jeudi, a dénoncé "la prise en main par des mouvements d'extrême gauche" des manifestations, où ils "importent la violence" selon elle.

"Les gens de l'extrême gauche ne viennent pas à ces manifestations pour se bastonner avec des fascistes", rétorque Camille, militant de la Confédération nationale du Travail (CNT), soucieux que la situation ne "casse" pas le mouvement des "gilets jaunes".

Romain Lapierre, membre du syndicat Solidaires dans le Rhône, était présent, lui aussi, à la manifestation du 9 février derrière la banderole "Fâché.e.s mais pas facho". "Ce n'est pas une guéguerre entre l'extrême droite et l'extrême gauche. Il y a d'un côté des agressions fascistes et de l'autre certaines pratiques d'auto-défense", soutient-il.

"On ne peut pas mettre les deux choses sur le même plan. Il y a l'extrême droite fasciste et le reste du monde. Et on fait partie de ce reste du monde", poursuit Éric Beynel, délégué général de Solidaires, qui participait cette semaine à une journée intersyndicale contre l'extrême droite à Lyon.

Selon Camille, les militants d'extrême droite s'en prennent aux "antifa" identifiés mais aussi aux "personnes de couleur" ou même à des jeunes qui écoutaient le groupe de rap IAM un samedi. Face à ces menaces, "soit on n'y va pas, soit on y va en groupe", dit-il. Au risque de favoriser de nouveaux heurts.

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