A Marseille, une « mini-France » tirée au sort pour l’acte II du grand débat
"Pour une fois que je gagne quelque chose au tirage au sort !" : comme 92 citoyens désignés au hasard, Daniel Mollard participe à...

A Marseille, une « mini-France » tirée au sort pour l’acte II du grand débat

"Pour une fois que je gagne quelque chose au tirage au sort !" : comme 92 citoyens désignés au hasard, Daniel Mollard participe à...
Public Sénat

Par Francois BECKER

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

"Pour une fois que je gagne quelque chose au tirage au sort !" : comme 92 citoyens désignés au hasard, Daniel Mollard participe à Marseille au lancement des "conférences citoyennes" régionales, l'acte II du grand débat voulu par le président de la République.

Médecin, technicien, agente de la Caisse d'allocations familiales (CAF) ou encore architecte, ils ont tous reçu ces derniers jours un appel ou un SMS pour participer à cette conférence, présentée par ses organisateurs comme les débuts d'une expérience démocratique participative jamais tentée à cette échelle.

Habitants de grandes villes ou de petits hameaux se retrouvent à des tables rondes, nappes blanches et chaises pliantes, dans une salle municipale. Inscrits ou non sur les listes électorales, ils ont été tirés au sort par un institut spécialisé, et triés pour former une "mini-France" la plus représentative possible.

"Quand on m'a appelé, je n'ai pas cherché à comprendre, j'ai tout de suite dit oui, le jeu en vaut la chandelle !", se réjouit derrière ses lunettes de soleil Doudou Sylla, Français né au Sénégal, à la retraite après une quarantaine d'années dans le bâtiment.

"Ca se passe mal dans mon pays, la France, et je veux apporter ma pierre à l'édifice", ajoute cet homme qui se sent "plus Macron que +gilets jaunes+".

- "On vit très bien à Monaco" -

L'objectif de la conférence ? Fournir après deux jours de délibérations et de confrontations des propositions plus construites que celles qui ont pu émaner des grands débats organisés jusque-là, ou des contributions individuelles sur internet.

Ici, des "facilitateurs" veillent à ce que chacun ait voix au chapitre - sur tous les sujets doit régner une "présomption de compétence", explique l'un des animateurs. "Le but, ce n'est pas que vous soyez d'accord sur tout, mais que l'on comprenne les arguments".

Ca tombe bien, de premières divergences éclatent autour d'une table ronde sur l'écologie. "Les Français achètent moins de diesel, c'est positif", se réjouit Gabriel. Aussitôt démenti : "C'est pas bien ça, c'est une connerie !", lui rétorquent Pascal et Christophe, assurant avec aplomb que le gasoil est le carburant le moins polluant.

A une autre table, on planche sur la fiscalité et les services publics. "On vit très bien à Monaco ou en Suisse, et là bas, il n'y a pas d'impôts", lance Marc, coupé par Bernard : "J'ai passé 13 ans en Afrique, et ici, c'est pas mal, il faut relativiser".

"Nuages de mots" inscrits sur des post-it pour lancer la discussion, "dialogue thématique", "partage d'information", les ateliers se succèdent pour les participants, qui seront défrayés de leurs frais d'hôtel et de transport.

"On voit bien que c'est une autre population qui s'exprime" que dans les débats organisés jusque-là, et qui n'a pas forcément l'habitude de donner son avis, souligne Jean-Paul Bailly, l'un des cinq garants du grand débat, qui a fait le déplacement.

Parmi les 92 citoyens ayant répondu à l'appel à Marseille, seuls une dizaine avaient en effet participé au premier acte du grand débat, sur la plateforme en ligne pour la plupart.

Ces conférences citoyennes régionales, organisées d'ici fin mars dans toute la France, sont "un moment vraiment important, le plus inclusif et délibératif" du grand débat, ajoute-t-il.

A l'ouverture des travaux, Benjamin, militant CGT à la Sécurité sociale de Marseille, blouson de cuir et catogan, reste dubitatif : "Je suis toujours preneur de débat, même si on risque de nous dérouler le programme de Macron".

Il ne sera pas démenti par Catherine Rousseau, comptable à la CAF. Une électrice de Marine Le Pen qui compte bien mettre le sujet de l'immigration sur la table, "que ça plaise ou non". Elle porte une veste jaune poussin - un pur hasard, sourit-elle, même si elle se sent d'accord avec les "gilets jaunes", dont la mobilisation a conduit le gouvernement à lancer le grand débat.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Deputes dans la salle des quatre colonnes
7min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : dénonçant sa place sur la liste de Renaud Muselier, Valérie Boyer se lance de son côté

La sénatrice LR sortante, qui avait obtenu l’investiture à la troisième place d’une liste d’union UDI-Renaissance-LR, demandait la première place. Après avoir dénoncé un accord déséquilibré et se sentant « en décalage politique », Valérie Boyer décide de lancer sa liste dissidente. Renaud Muselier « regrette qu’elle ait cassé l’accord ». De quoi amener une dose d’incertitude de plus dans le scrutin.

Le

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le

Montrouge: Entretiens politiques sur l energie avec Terra Nova
9min

Politique

Présidentielle : devant ses amis réunis à la questure du Sénat, François Hollande se prépare et met en garde contre les « candidatures de témoignage »

L’ancien chef de l’Etat, qui aspire à la redevenir, a réuni ses fidèles mercredi soir à la questure du Sénat. François Hollande, qui sortira un livre début septembre, planche sur « quelques grandes idées ». S’il n’est pas encore déclaré, il espère être en situation pour pouvoir se lancer. Mais pour lui, l’éventuel retour à l’Elysée ne passera pas par la case primaire.

Le

Paris: Questions au Gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Interdiction du voile : en envisageant la piste d'un référendum, Marine Le Pen met la pression sur le Conseil constitutionnel

Mesure phare du programme de Marine Le Pen depuis de nombreuses années, l'interdiction du voile dans l'espace public nourrit quelques divisions au sein du RN. Selon les informations du Monde, la candidate à la présidentielle privilégierait désormais la piste du référendum pour faire passer cette réforme qui, sur le principe, serait contraire à la Constitution. Une voie qui permettrait d'éviter une censure a posteriori du Conseil constitutionnel. Le rôle des Sages serait toutefois déterminant en amont de la consultation des citoyens. Explications

Le